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Transports - Auto

Privatisation de Transdev : comment la Caisse des Dépôts veut faire monter les prix

Déjà à la tête de 34 % du transporteur, le conglomérat allemand Rethmann vise la prise de contrôle et part favori. Mais la CDC a convié une quinzaine de fonds pour pimenter les enchères.

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SVEN HOPPE / dpa Picture-Alliance via AFP

Révélée dès avril par l’Informé, la volonté de la Caisse des Dépôts (CDC) de privatiser Transdev prend une tournure très concrète. L’investisseur public a reconnu son souhait de céder le contrôle de l’opérateur de transport public, en passant nettement sous la barre des 50 % du capital, contre 66 % aujourd’hui. Sans surprise, Rethmann, qui détient les 34 % restants, vient de se dire officiellement prêt à monter jusqu’aux deux tiers des parts. À défaut de disposer d’un droit de préemption sur tout ou partie des parts de la CDC, le conglomérat allemand actionnaire depuis 2019 semble archi-favori… et motivé. « Il adore Transdev, et c’est sans doute le seul acteur allemand qui a autant envie d’investir en France par les temps actuels », relève un banquier d’affaires un brin moqueur. Mais les jeux ne sont pas faits.

La CDC a envie de tirer le meilleur prix d’une privatisation. C’est ce qui l’a amenée selon nos informations à contacter une quinzaine de fonds d’infrastructures ou de private equity à se positionner sur le dossier, par l’intermédiaire de Crédit Agricole CIB, la banque mandatée pour piloter l’opération. L’avocat Antoine Gosset-Grainville (BDGS), d’ailleurs ancien directeur général par intérim de la Caisse - qui a animé au printemps les premières réflexions sur une privatisation - est aussi conseil de l’établissement public.

Pour attirer les fonds, « le modèle c’est la vente de l’entreprise d’ingénierie Egis, réalisée par la CDC il y a trois ans, indique un bon connaisseur du « bras financier de l’État ». Les dirigeants ont d’abord essayé de céder une part minoritaire, mais aucun acteur ne souhaitait se retrouver face à un co-actionnaire aussi puissant. Après ce premier échec, ils ont élargi la vente à une participation de contrôle ce qui a suscité beaucoup plus d’intérêts, dont celui de Tikehau qui a pris 40 % du capital. » C’est ce schéma qui serait aujourd’hui proposé aux investisseurs pour Transdev : la Caisse serait prête à céder le contrôle à un nouvel entrant et ne garder qu’une participation résiduelle de 10 % à 20 %.

Plusieurs sources témoignent d’un processus de vente au pas de charge. La dissolution de l’Assemblée nationale et la laborieuse mise en place d’un nouveau gouvernement ont d’abord retardé toute initiative. Mais la direction de la CDC a accéléré le rythme ces dernières semaines en obtenant un accord de Bercy et du ministère des transports. Le management de la Caisse a aussi tenu à rassurer les collectivités territoriales - des interlocuteurs clés de Transdev, puisqu’elles confient au groupe la gestion de leurs réseaux de transport. « Les dirigeants ont multiplié les appels aux grands élus pour leur rappeler que la Caisse restait au capital et que des engagements sur le maintien d’un siège en France et d’un management français pouvaient être ajoutés à l’opération financière », précise un proche du dossier. La Caisse aurait ensuite envoyé de la documentation aux investisseurs peu de temps après avoir officialisé son intention de privatiser. Des investisseurs français et étrangers ont été contactés. Ces derniers ont été soigneusement triés : « pas question de convier des investisseurs anglo-saxons pouvant apparaître comme trop avides », commente un connaisseur du dossier. Une référence à peine voilée aux débats houleux autour de la vente d’Opella (Doliprane) à l’américain CD & R. Les prétendants devront remettre des offres indicatives (non engageantes) dans le courant du mois de novembre.

Mais qui sera suffisamment motivé, chez les fonds, pour aller au combat ? Un chèque d’au moins un milliard d’euros serait nécessaire pour s’offrir un bloc plus ou moins supérieur à 50 % dans Transdev… Chiffre à comparer avec les 9,33 milliards de chiffre d’affaires 2023 du groupe pour seulement 169 millions de résultat opérationnel courant. Le métier des transports publics ne dégage pas des marges élevées car les clients restent des collectivités locales. « Les perspectives de croissance ne sont pas non plus infinies, relève aussi un professionnel du secteur. Cela reste un marché multi-local où l’on s’épuise à gagner des marchés tandis que beaucoup de métropoles ne sont pas prêtes à mettre leur régie de transports en concession. »

Si Transdev ne laisse pas indifférent, et a pu impressionner par sa capacité à boucler la grosse acquisition de l’américain First Transit en 2022, un certain nombre de financiers ont d’ores et déjà décidé de passer leur tour. « Des fonds d’infrastructures ont décidé de ne pas y aller parce que le profil de Transdev est trop éloigné de leur thèse d’investissement. » Même si les contrats de concessions apportent de la visibilité et une récurrence de revenus sur une période définie, Transdev n’est pas propriétaire des lignes et n’a pas beaucoup de marge de manœuvre sur les paramètres de gestion. « Il y a un besoin de restructuration du portefeuille d’activité dans le groupe, avec beaucoup de participations minoritaires diverses et des contrats non-rentables : cette caractéristique ne plaît pas à tout le monde », ajoute un connaisseur du monde des « infras ».

Chacun s’interroge pour savoir s’il s’agit d’un vrai processus concurrentiel ou plutôt un moyen de pousser Rethmann à augmenter son offre. « Aucun autre acquéreur stratégique que Rethmann n’a été mis dans la boucle », selon un financier. « Il n’y a eu qu’une seule banque d’affaires mandatée pour un processus de cette taille, la documentation envoyée aux investisseurs ne contient même pas d’audit stratégique, même s’il est détaillé sur d’autres points, juge sans fard un proche du dossier. Cette tentative de monter une compétition semble relever du cache-sexe. »

Ces vraies fausses enchères pourraient servir à convaincre la Commission des participations et transferts - l’organe de Bercy qui donne son avis sur les offres dans un processus de privatisation - qu’une vraie compétition a bien été menée pour maximiser la valorisation des actifs publics…

La perspective d’un ménage à trois avec l’Allemand se maintenant à 34 % laisserait aussi dubitatifs les investisseurs sur la future gouvernance. « C’est un repoussoir pour tout nouvel entrant, constate un banquier. Il y a déjà deux chambres occupées dans la maison que vous voulez acheter. » Le conglomérat dispose aujourd’hui d’un véto sur les décisions les plus importantes à prendre chez Transdev (budget, investissements, nominations…). « Rethmann pourrait faire valoir sa clause de ‘drag along’ lui permettant de céder ses parts dans les mêmes conditions que la Caisse », pointe un conseil.