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La Caisse des dépôts réfléchit à une privatisation de Transdev

Le bras armé de l’État n’exclut pas de ramener sa participation dans le transporteur public sous les 50 %. Reste à savoir quelles seraient les intentions de l’allemand Rethmann, qui détient actuellement 34 % du capital.

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SVEN HOPPE / dpa Picture-Alliance via AFP

C’est un dossier de taille qui s’ouvre là : une privatisation de Transdev pourrait bientôt s’engager. Forte de plus de 9 milliards de chiffre d’affaires en 2023 et de 100 000 salariés, la compagnie de transports de voyageurs est actuellement contrôlée à 66 % par la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Mais les lignes pourraient bientôt bouger. Selon nos informations, le groupe financier public a initié des réflexions préliminaires sur l’évolution de sa participation sous la barre des 50 % du capital. Des sources mentionnent que la CDC a récemment entamé une phase de consultation auprès de plusieurs banques sur le sujet. Contactée par l’Informé, l’institution dirigée par Eric Lombard fait seulement savoir que « la Caisse des Dépôts est et reste au capital de Transdev et soutient sa stratégie ». Ce qui n‘exclut pas la possibilité de voir la CDC lâcher sa position d’actionnaire majoritaire, tout en conservant une grosse participation minoritaire.

Reste à savoir quel rôle compte jouer l’autre actionnaire de Transdev, le conglomérat allemand Rethmann. Ce dernier s’est emparé de 34 % du capital en 2018 en rachetant la participation de Veolia pour 340 millions d’euros et en apportant à l’entreprise française quelques-uns de ses actifs dans les transports publics de voyageurs en Allemagne. Le groupe familial - sans qui aucune décision à caractère stratégique ne peut être prise chez Transdev - ne verrait pas d’un mauvais œil une montée au capital, croient savoir des sources bancaires… « En investissant dans Transdev, Rethmann souhaitait compléter ses offres de services aux collectivités locales » rappelle un proche de la Caisse. L’Allemand est déjà présent dans la gestion des déchets et les réseaux d’assainissement via sa société Remondis, qui avait brigué en 2021 une prise de participation dans Suez. « Avec son important maillage international, Rethmann avait aussi la volonté d’aider Transdev à accélérer son développement à l’étranger », poursuit la même source.

Un autre scénario peut aussi émerger à côté d’une prise de contrôle de Transdev par Rethmann : l’arrivée d’un troisième actionnaire, minoritaire. Un fonds d’investissement pourrait ainsi entrer au capital, tout en permettant à la Caisse de rester le premier actionnaire du groupe. Un schéma politiquement plus acceptable. « S’il se confirme, le désengagement de la Caisse s’apparenterait à une privatisation, ce qui est toujours compliqué à gérer politiquement, juge un expert du secteur des transports. D’autant que les clients de Transdev sont avant tout les collectivités locales qui lui attribuent l’exploitation de leurs lignes de bus ou de trains, comme le Marseille-Toulon-Nice remporté en 2021 auprès de la région Paca. Elles pourraient s’inquiéter de confier leurs réseaux de transport à un opérateur sorti du giron public et encore plus s’il est contrôlé par un actionnaire étranger. » De fait, sur le marché français du transport local de voyageurs, les concurrents de Transdev sont tous contrôlés par l’État : Keolis, une filiale de la SNCF (70 %) et de la Caisse de dépôts et placement du Québec (30 %), et RATP Dev, filiale de la régie parisienne.

Les réflexions autour du capital de Transdev s’amorcent à un moment où l’entreprise accélère à l’étranger. Cette dernière a frappé un grand coup en rachetant début 2023 l’américain First Transit qui a contribué à hauteur de 1,18 milliard d’euros à son chiffre d’affaires l’an passé. L’opération a également porté à 25 % la part de l’Amérique du Nord dans les revenus de Transdev, tout en faisant du Français le premier opérateur de transport public dans cette zone. Cette acquisition permet ainsi à la compagnie - qui transporte 12 millions de passagers chaque jour dans le monde - d’avoir un relais de croissance bienvenu, alors qu’en France, elle déplore des marges de progression limitées par la concurrence de la SNCF et de la RATP. Elle a toutefois remporté l’an passé des contrats importants, comme ceux des transports en commun des communautés urbaines de Reims et du Havre ou du réseau Artois Mobilité dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Sa rentabilité, elle, ne décolle pas : son résultat net part du groupe ne s’est élevé qu’à 20 millions d’euros en 2023 et en 2022, soit 0,2 % de son chiffre d’affaires.