L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLes boulangeries Poilâne placées en redressement judiciaire
Fragile depuis plusieurs années, l’entreprise a été plombée par la fermeture temporaire de son atelier de fabrication pour raisons d’hygiène.
Une grande marque de la boulangerie tricolore se retrouve à nouveau dans le pétrin. Selon nos informations, la maison Poilâne, bien connue pour ses pains au levain, vient d’être placée en redressement judiciaire par le tribunal des activités économiques de Paris. Un triste rebondissement deux ans après avoir validé un plan de sauvegarde : en mars 2024, la société déjà en difficulté, avait obtenu l’abandon d’une partie des créances et l’étalement de ses dettes bancaires et sociales sur 5 à 6 ans, comme l’Informé l’avait révélé. Tout semblait repartir sur les bons rails, mais l’entreprise familiale a pâti d’un nouveau coup dur l’été dernier : la fermeture administrative de son atelier de fabrication de Bièvres (Essonne)
Lors d’une inspection le 28 mai, les services de la préfecture avaient découvert sur place une situation déplorable en matière d’hygiène et de sécurité alimentaire (présence de déjections de rongeurs, de cadavres d’animaux et d’insectes, niveau de saleté alarmant). L’usine, qui fournit trois des cinq boulangeries Poilâne et plusieurs enseignes de la grande distribution, avait alors été bouclée du 30 mai au début du mois de juillet, sans que d’autres lieux de production ne puissent compenser intégralement. Plombée par la perte de chiffre d’affaires engendrée, la société dirigée par Apollonia Poilâne s’est retrouvée en cessation de paiements en janvier selon le commissaire à l’exécution du plan de sauvegarde.
Une relance avec le soutien éventuel d’un partenaire
Désormais en redressement, ce qui gèle ses dettes, la direction entend maintenant présenter un plan de continuation, « avec éventuellement le soutien d’un partenaire ». Elle prévoit de poursuivre le programme de réduction des coûts et de relance des ventes en BtoB, déjà en œuvre. Sur l’exercice clos en mars 2024, l’entreprise avait réussi à diminuer ses pertes à 2,16 millions d’euros (contre 2,53 millions en 2023) pour un chiffre d’affaires de 10,5 millions. Elle espérait sortir de l’ornière en se diversifiant dans le snacking, ou dans les pains surgelés pour toucher des clients mal desservis par ses boutiques. Cela n’aura visiblement pas suffi.
Dans notre précédent article, Bernard Boutboul, expert du secteur de la restauration et fondateur du cabinet Gira pointait les faiblesses de l’entreprise dont la première boulangerie a été ouverte par Pierre Poilâne en 1932 rue du Cherche Midi (6e arrondissement). « Poilâne n’a pas pris le virage des réseaux sociaux, et s’est fait piquer la place par des concurrents comme Landemaine, Kayser, Liberté ou Christophe Michalak, des marques plus sexy, instagrammables, avec un sens de la mise en scène. Les plus de 45 ans connaissent Poilâne. Mais si l’on interroge les 25-35 ans, qui sont les clients de demain, ils vont vous demander de qui il s’agit ! ». L’entreprise, jointe par l’Informé, n’avait pas répondu à nos questions au moment de la publication.