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Ladurée : la famille Holder réclame à Stéphane Courbit l’argent du Covid

Le producteur télé (Nagui, Hanouna, Koh-Lanta…) avait racheté le célèbre pâtissier en 2021 à la famille nordiste, qui lui demande aujourd’hui de rembourser les aides qu’il a touchées pendant la pandémie.

Marechal Aurore /ABACA

Être associé en affaires avec Stéphane Courbit n’est pas toujours une sinécure. La route du redoutable self-made-man est en effet pavée de conflits. Florilège… Le Drômois a eu maille à partir avec Endemol, son premier associé dans la production audiovisuelle, avec la famille Bettencourt qui avait investi dans sa société et avec la famille Saxe à qui il avait racheté un chalet à Courchevel. Il faut désormais ajouter à ce tableau de chasse la famille Holder, propriétaire des boulangeries Paul. En 2021, le pape de la télé-réalité lui avait racheté les pâtisseries Ladurée pour un montant estimé à 90 millions d’euros (hors dette). Selon nos informations, un procès les oppose aujourd’hui suite à cette cession. La famille nordiste lui réclame 4,2 millions d’euros supplémentaires. Elle a saisi le tribunal de commerce de Paris - aujourd’hui tribunal des activités économiques -, qui lui a donné raison fin 2023. Le patron de Banijay s’est alors pourvu devant la cour d’appel de Paris, qui a ordonné une médiation, actuellement en cours.

Le litige porte sur les aides de l’État accordées au titre du Covid. Les 4,2 millions d’euros au cœur du conflit ont été octroyés pour la période avant la vente, mais ont été versés à Ladurée après la cession. Une clause de l’accord prévoyait que Stéphane Courbit reverse ces sommes-là aux Holder. Mais le producteur de Koh Lanta, Star Academy et Secret Story a refusé de le faire, malgré une mise en demeure, d’où le procès.

Le tribunal, pour donner raison aux Holder, s’est appuyé sur un résumé de l’accord rédigé juste avant la signature, qui était clair sur l’objectif : « Sur les aides sociales, on prévoirait une clause qui permettrait à Holder de demander post closing pour le compte de Ladurée (pour la période où Ladurée était sous Holder jusqu’au closing), toutes les aides auxquelles Holder peut avoir le droit et qui n’ont pas été faites ».

Pour se défendre, le groupe Financière Lov de Stéphane Courbit a exhumé un point de l’accord de cession, qui stipule que ces remboursements doivent remplir une condition : « que ces aides et ces demandes d’aides n’empêchent pas Financière Lov et ses filiales de bénéficier de ces aides, ou ne mettent pas Financière Lov et ses filiales en danger en termes de seuils maximums ». Il a argué que son groupe avait « déjà perçu le montant maximum des aides Covid (1,8 million d’euros) à la date de cession » de Ladurée. Il a conclu qu’il fallait donc demander « une confirmation formelle » à Bercy, et que le gouvernement serait donc « susceptible de remettre en cause les aides versées à Ladurée », et « pourrait potentiellement réclamer la restitution de tout ou partie des aides ».

Mais le tribunal a jugé cet argument absurde : « Si les aides gouvernementales perçues par Ladurée [avant la vente] devaient rester propriété de Ladurée, comme le réclame aujourd’hui Financière Lov, ces aides viendraient s’ajouter aux autres aides perçues par Financière Lov, ce contre quoi Financière Lov s’est opposée depuis l’origine des discussions ». En outre, « Financière Lov ne verse pas aux débats de preuve que le montant des aides gouvernementales perçues au nom de Ladurée [avant la cession] aient fait dépasser le plafond d’aides gouvernementales autorisées au niveau du groupe Financière Lov, ce qui était la seule condition pour que Financière Lov ne rembourse pas à Holder les aides perçues par Ladurée ».

Le tribunal a aussi relevé que, dans un premier temps, Stéphane Courbit avait proposé de reverser 1,8 million d’euros aux Holder, « reconnaissant ainsi le principe du remboursement des aides perçues ».

En retour, Stéphane Courbit demandait que les Holder lui versent 15 000 euros pour « procédure abusive », en raison de « la légèreté et l’évidente mauvaise foi de leur demande ». Mais il a été renvoyé dans ses buts par les juges consulaires, pour qui les Holder « n’ont fait que demander l’application de bonne foi du contrat signé, et n’ont aucunement fait dégénérer son droit d’ester en justice en un quelconque abus ».

À noter qu’après la cession, l’ancien patron de Ladurée, David Holder, avait conservé plusieurs casquettes : il était toujours président de Lov & Sweet (la holding de Stéphane Courbit détenant le réseau de pâtisseries) et administrateur président de Ladurée International (la filiale détenant les entités à l’étranger). Sans que l’on sache si cela a un lien avec le litige, l’héritier Holder a quitté ces deux postes en février : il a démissionné du premier et a été révoqué du second

Quant à Stéphane Courbit, il a réorganisé le portefeuille de boutiques. En 2023, il a cédé le fonds de commerce de celles de Megève et de la rue Cler à Paris pour 250 000 euros. Toujours à Paris, il en a ouvert aux Galeries Lafayette et au jardin du Luxembourg (où le rachat du fonds de commerce lui a coûté un million d’euros). Fin 2023, le réseau comptait 139 magasins dont 67 succursales exploitées en propre et 72 exploitées en franchise.

Contactés, les porte-parole de Stéphane Courbit n’ont pas répondu, tandis que l’avocate du groupe Holder, Nathalie Morel, s’est refusée à tout commentaire sur une affaire en cours.

Luxembourg, Suisse… les Holder, grands adeptes des paradis fiscaux

En 2023, le groupe Holder a engrangé un bénéfice net de 6 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de 323 millions d’euros (provenant à 85 % des boulangeries Paul). Comme l’année précédente, l’impôt sur les bénéfices n’a pas été une charge, mais un produit d’un million d’euros. Cela s’explique par les pertes passées du groupe, mais aussi par le montage mis en place pour les filiales à l’étranger (qui représentent un quart du chiffre d’affaires). Paul International (ex-Holder International), la holding détenant ces structures, a d’abord été installée au Luxembourg (de 1998 à 2014), avant d’être relocalisée en Suisse. Elle reçoit des managements fees de la part de ces entités. Ainsi, en 2023, la filiale britannique Paul UK Ltd lui a versé à ce titre 2 % de son chiffre d’affaires.

Pareillement, Ladurée International était aussi installée au Luxembourg avant de déménager en Suisse en 2005. Elle recevait elle aussi des royalties des filiales à l’étranger. Ainsi, en 2014, Laduree UK Ltd lui avait versé 4 % de son chiffre d’affaires. Étrangement, la filiale britannique effectuait aussi d’importants achats auprès de Ladurée Monaco, représentant 40 % du coût des produits vendus. Toutefois, Stéphane Courbit, après avoir racheté le fabricant de macarons en 2021, a rapatrié Ladurée International en France l’an dernier.

Mais ce n’est pas tout. Les enfants Holder apprécient aussi les paradis fiscaux à titre personnel. Véritable globe-trotter, David (directeur général du groupe et ancien patron de Ladurée) a été résident à Monaco jusqu’en 2009, puis en Suisse jusqu’en 2017, ensuite en Grande-Bretagne jusqu’en 2024, et depuis en Belgique. Maxime (qui dirige Paul) s’est exilé en Grande-Bretagne en 2012. Enfin, Élisabeth s’est installée aux États-Unis en 2013. Comme l’avaient révélé Mediapart puis Complément d’enquête, les trois enfants Holder ont créé chacun une structure au Luxembourg, qui détient tout ou partie de leur participation dans le groupe. Leurs parents, Francis et Françoise, avaient déclaré à l’époque « n’être impliqués dans aucun schéma d’optimisation fiscale et ne détenir aucun compte à l’étranger. »