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Immobilier

L’espoir renaît pour l’hôtel Émeraude, le projet maudit de Saint-Barth

Le chantier de cet établissement de luxe, porté par le groupe Champagne Hospitality, est bloqué depuis près de dix ans.

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Unsplash / Natasha

C’est l’histoire d’un hôtel maudit dans un p’tit coin de paradis… Depuis 2019, l’Émeraude est censé voir le jour sur les ruines d’un ancien établissement détruit par la tempête Irma, sur la magnifique île de Saint-Barth. Mais il n’en est toujours qu’à l’état de projet. Tour à tour attaqué par les défenseurs de l’environnement, puis par les établissements concurrents, ce concept ultraluxe, porté par le groupe Champagne Hospitality (propriété du couple d’investisseurs américains, Denise Dupré et Mark Nunnelly) a vu ses permis de construire systématiquement bloqués par les tribunaux. Mais le vent est en passe de tourner. Une dernière décision rendue ce 7 juillet par le Conseil d’État donne enfin un peu d’espoir au groupe hôtelier, déjà propriétaire de plusieurs adresses premium en France (Le Royal Champagne et le Château la Commaraine en Bourgogne, le Barthélémy Hôtel à Saint-Barth).

Retour sur sept années d’enlisement administratif. Dès son origine, l’Émeraude, prévu en bord de mer sur la baie de Saint-Jean, s’est attiré les foudres de l’association de défense de l’environnement local « Saint Barth Essentiel ». Cette structure très active sur l’île a rapidement dénoncé les risques d’érosion, de pollution des eaux ou encore d’exposition aux tempêtes cycloniques que pouvait entraîner le nouvel ensemble de style caribéen, composé de villas et de cases. À ses missives se sont ajoutées celles de deux établissements voisins : l’emblématique hôtel Eden Rock, exploité par le groupe Oetker (L’Apogée Courchevel, Le Bristol Paris…) et le restaurant de plage Lil’ Rock Beach (Nao beach). Durant des années, les deux concurrents n’ont eu de cesse de contester les incidences que pourrait avoir le futur complexe sur la circulation… et leur propre taux d’occupation. Des attaques qui ont d’ailleurs conduit dès 2021 à une première annulation du permis de construire de l’hôtel par le tribunal administratif de Saint-Barthélemy.

Un projet hôtelier de 38 chambres en bord de plage

Refroidis, les propriétaires de l’Émeraude ont alors mis de l’eau dans leur vin… revoyant même leur copie de fond en comble. En août 2024, un permis de construire modificatif, issu d’une médiation avec l’association Saint Barth Essentiel, a ainsi permis de ramener la surface de construction souterraine du projet de 5 341 à 2 800 mètres carrés. Dans sa dernière mouture, l’hôtel de luxe de la baie de Saint-Jean ne compte plus que 38 chambres, contre 50 initialement, et son restaurant ne propose que 60 couverts, contre 90 auparavant. Pour favoriser une meilleure intégration à l’environnement, le cabinet d’architecte AW2 a imaginé un ensemble pavillonnaire sur plage quasi entièrement en rez-de-chaussée.

Des aménagements qui ont permis au groupe hôtelier d’écarter les attaques des défenseurs de l’environnement… mais pas celles des établissements rivaux. Particulièrement imaginatifs en matière de droit de l’urbanisme, les propriétaires de l’Eden Rock ont même dégainé une cartouche originale pour bloquer leur futur voisin, arguant que le permis de construire avait été obtenu frauduleusement. Pour appuyer leur démonstration, ils ont fait valoir que le groupe Champagne Hospitality avait sciemment trompé l’administration en déposant des droits à construire sur un terrain… incluant une partie dont il n’avait pas la jouissance. L’espace où doit s’installer l’Émeraude est mis à disposition via un bail, qui stipule en effet qu’une parcelle reste réservée à son propriétaire : deux bâtiments y sont implantés et ne peuvent être démolis. Retenant que cette fameuse clause n’avait pas été communiquée à l’administration, la Cour d’appel de Bordeaux a donné raison aux opposants et fait une fois encore annuler le permis en avril de l’an dernier.

Mais revirement de situation : les magistrats du Conseil d’État viennent de désavouer les juges de Bordeaux considérant qu’ils avaient commis une erreur de droit et dénaturé les pièces du dossier. Dans sa dernière décision, la haute juridiction a rappelé que l’établissement avait bien respecté la procédure en déposant son permis de construire sur l’ensemble du terrain formant un même bloc de propriété (l’unité foncière), peu importe ce que stipulait le bail. Pour appuyer leur raisonnement, le Conseil d’État a ajouté qu’au vu des « pièces du dossier soumis aux juges du fond », l’hôtel Émeraude avait, par ailleurs, bel et bien précisé, dans sa demande à l’administration, l’espace constructible auquel elle avait droit, « tenant compte de la surface des bâtiments dont la démolition était contractuellement interdite. »

Cette affaire est désormais renvoyée devant la cour administrative d’appel de Bordeaux. « La fraude étant désormais écartée, nous espérons que la situation s’éclaircisse et que le permis puisse enfin être validé », explique l’avocat du groupe hôtelier, Xavier de Lesquen du cabinet Lacourte Raquin & Associés.

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