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Continuer la lectureSWI Capital, l’autre vie d’Arnaud de Puyfontaine loin de Vivendi
Le dirigeant a accepté de devenir président d’un fonds immobilier moyennant une généreuse rémunération.
Arnaud de Puyfontaine n’a plus tout à fait les mêmes responsabilités qu’avant. Président du directoire de Vivendi depuis 2014, il a vu son groupe se métamorphoser. Depuis 2024, l’ancien conglomérat, autrefois géant du CAC40, est éclaté en quatre entités distinctes : Canal+ Havas, Louis Hachette Group...
Président d’honneur de la French-American Foundation et président du comité de gouvernance d’une start-up californienne, Innit, le dirigeant est surtout devenu, dernièrement, président non exécutif de SWI Capital, une holding qui détient une participation de 80 % dans le fonds immobilier suisse Stoneweg. SWI possède aussi une filiale, Aionx, regroupant cinq projets de data centers en Europe. Doté de 3,3 milliards d’actifs à son bilan, SWI est entrée en Bourse à Amsterdam en février, sur une valorisation de 1,6 milliard d’euros, presque autant que le nouveau Vivendi (1,94 milliard d’euros).
Pour cette nouvelle mission, Arnaud de Puyfontaine bénéficie de coquets émoluments. Il touche 250 000 euros par an de jetons de présence, et a reçu un golden hello (prime de bienvenue) d’un million d’euros en actions SWI. Il est aussi payé pour ses précieux conseils, quand il « joue un rôle important ou fait les présentations dans une transaction ». Ce carried interest (comme on l’appelle dans le jargon financier) lui sera versé via la société Itasia Ltd, dont il détient 5 %. Enfin, il recevra aussi des actions en cas d’introduction en Bourse de la filiale Aionx.
SWI explique dans son prospectus que cette générosité permet « d’aligner les intérêts de M. de Puyfontaine avec ceux de la société ». En outre, son profil et ses responsabilités chez SWI « ont un caractère exceptionnel » : il « supervisera la stratégie et représentera la société au plus haut niveau ». Enfin, son recrutement a « une importance stratégique », et « apporte une visibilité, une crédibilité, et une valeur stratégique significatives à SWI, notamment un accès privilégié à un réseau de haut niveau, à des investisseurs institutionnels et à des partenaires stratégiques. »
Immatriculé à Singapour, SWI a pour patron fondateur Max-Hervé George, un autodidacte français de 37 ans, résident à Londres après l’avoir été en Suisse. Il est le principal actionnaire avec 71 % du capital, détenus en direct et via des sociétés basées aux îles Caïmans, ce qui lui confère une fortune de 1,9 milliard d’euros, selon Challenges. « M. de Puyfontaine et M. George se sont rencontrés il y a plusieurs années lors d’un évènement consacré aux data centers », indique le porte-parole de SWI.
Le principal fait d’armes de Max-Hervé George est d’avoir fondé en 2012 Ultima Capital, une société d’hôtellerie de luxe immatriculée à Zoug (Suisse) et introduite à la Bourse helvète en 2019. Entre 2023 et 2024, il a gagné plusieurs centaines de millions d’euros en revendant ses parts à une filiale de la fondation hongroise PADME, créée en 2014 par la banque nationale du pays pour « soutenir la recherche et la formation ». Dans une enquête parue l’an dernier, Glitz expliquait que le cours d’Ultima Capital avait chuté après cette vente, et donc que la Banque centrale hongroise avait perdu la moitié de la valeur de son investissement. Selon la lettre spécialisée, « face à une telle déconfiture, la Cour des comptes hongroise, Állami Számvevőszék, a lancé un audit à la fin de l’année 2024 et, sur la base des résultats, a déposé plainte en mars 2025 devant le procureur de Budapest, qui a immédiatement ouvert une enquête. »
Maitre Yves Mauchle, conseil de Max-Hervé George, assure à l’Informé que « les enquêtes ou procédures pénales en cours en Hongrie n’ont aucun lien avec M. George, avec l’une de ses entités affiliées ou avec Ultima Capital. Ni M. George ni Ultima Capital ne sont mis en cause, visés ou parties à de telles procédures. Aucune procédure civile, pénale ou autre, n’est en cours ou envisagée à l’encontre de M. George, de l’une quelconque de ses entités affiliées ou d’Ultima Capital en lien avec ces questions ». Selon l’avocat, la vente des parts de Max-Hervé George dans Ultima fin 2023 a fait l’objet d’« un accord transactionnel global ». À la suite du rapport de la Cour des comptes hongroise, « un nouvel accord transactionnel amiable a été conclu entre la nouvelle direction de l’investisseur hongrois, M. George et les actionnaires minoritaires d’Ultima Capital. Cet accord a expressément et définitivement confirmé qu’aucune réclamation ne subsiste entre les anciens et les actuels actionnaires d’Ultima Capital. » Ce nouvel accord a fait l’objet d’un communiqué sur le site de la filiale de la fondation PADME.
Interrogé sur le fait qu’Arnaud de Puyfontaine avait connaissance - ou non - de cet épisode avant d’accepter son nouveau poste, le porte-parole de Vivendi assure qu’il « a pu faire procéder aux vérifications requises » sur la vente des parts de Max-Hervé George dans Ultima. De plus, Yannick Bolloré, interrogé par un petit actionnaire lors de la dernière assemblée générale du conglomérat, a répondu que les fonctions d’Arnaud de Puyfontaine chez SWI étaient parfaitement compatibles avec celles occupées chez Vivendi.
Une rémunération qui ne connaît pas la crise
L’heure n’est pas aux réjouissances chez Vivendi, où près de 60 postes sont en train d’être supprimés au siège, comme l’a révélé l’Informé. Lors de la dernière assemblée générale, Arnaud de Puyfontaine expliquait aux actionnaires : « nous avons un objectif de baisse des coûts avec une organisation afin d’écrire la suite de l’histoire ». Mais dans cette opération Jivaro, les émoluments du président du directoire ne sont pas concernés, son salaire est resté le même : un fixe de 2 millions d’euros, plus un bonus pouvant atteindre le même montant. L’enveloppe de ses actions gratuites a même quadruplé : elles pourront désormais atteindre 4 millions d’euros par an, contre un million d’euros précédemment. Cela a été mis en application immédiatement, avec l’octroi l’an dernier d’un million d’actions valorisées 2,74 millions d’euros…
Un actionnaire s’en est d’ailleurs ému lors de l’AG 2026, sous les applaudissements des petits porteurs. Yannick Bolloré, président du conseil de surveillance, lui a répondu qu’« on ne peut pas baisser les rémunérations en France. Mais celles payées au global en 2026 seront en baisse, puisque le taux d’atteinte du bonus est inférieur, a expliqué le patron. Vivendi a beaucoup de chance d’avoir M. de Puyfontaine, il a une expérience extrêmement forte dans différents médias. Arnaud est même dans la partie basse des rémunérations par rapport à ses homologues ». Dans son rapport annuel, Vivendi justifie ces émoluments élevés par une « étude comparative » menée sur les dirigeants de sociétés en réalité bien plus grosses : Publicis, WPP, MediaForEurope, ITV, RTL Group, Pearson, Thomson Reuters, Wolters Kluwer, Reed Elsevier. Autre argument avancé par le rapport annuel : « le renforcement de son implication permanente dans la définition de la stratégie de Vivendi et de la création de valeur pour le groupe. » Cette implication renforcée n’a donc pas empêché notre homme de trouver d’autres occupations…