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Grande conso

Visé par de nouvelles procédures, Lactalis s’offre un ténor du barreau

Attaqué sur la sincérité de ses comptes, le géant des produits laitiers (Président, Lactel, Galbani…) vient de faire appel à un habitué des dossiers chauds. Et a décidé de riposter.

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LAETITIA NOTARIANNI / Hans Lucas via AFP

Serait-ce la goutte qui a fait déborder le tank à lait ? Le 28 août, Lactalis et son PDG Emmanuel Besnier ont, selon nos informations, formellement reçu deux citations à comparaître devant le tribunal correctionnel de Laval. La première citation, initiée par des salariés du groupe laitier, estime que...

Face à ce tir groupé, Lactalis, géant international de plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec ses marques Président, Lactel, ou Galbani, a visiblement décidé de rendre les coups. Marquant un changement dans sa stratégie, qui consistait jusqu’ici à faire plutôt le dos rond. Selon nos informations, l’entreprise vient de s’adjoindre les services d’Olivier Baratelli, un ténor du barreau habitué des dossiers compliqués. Avocat de Vincent Bolloré et de ses sociétés (dans le dossier de corruption du conglomérat breton au Togo par exemple), il est ou a été le conseil de Rachida Dati, de Jean-Charles Naouri (l’ancien PDG de Casino) ou de l’État du Maroc face à la France dans l’affaire d’espionnage du président Emmanuel Macron via le logiciel Pegasus.

De quoi intensifier encore les frictions entre l’industriel et les frères Renahy. Lanceur d’alerte, l’ancien analyste financier Maxime Renahy est « engagé de longue date pour la transparence financière et la justice fiscale » comme l’explique le site « Justice pour nos primes », l’association cofondée avec son frère et qui entend fédérer des salariés et ex-salariés de Lactalis pour tenter de récupérer de la participation. Car fin 2024, et notamment suite aux travaux de Maxime Renahy, le groupe laitier avait fini par verser 475 millions d’euros au fisc français via un protocole transactionnel pour « clore un différend portant sur des opérations internationales de financement ». Le cœur du dossier ? Des soupçons d’évasion fiscale via des filiales à l’étranger qui aurait minoré les bénéfices en France. Une affaire dans laquelle une enquête préliminaire du Parquet national financier est toujours en cours pour « blanchiment en bande organisée de fraude fiscale aggravée et fraude fiscale aggravée ».

Les récentes citations à comparaître ont visiblement fait monter la moutarde au nez de Lactalis. Selon nos informations, Olivier Baratelli a déjà engagé la contre-offensive. « Mon client a été trop patient, tranche l’avocat auprès de L’Informé. Il m’a donné mandat, au nom des 90 000 salariés du groupe, de ne plus rien laisser passer, notamment les tentatives de déstabilisation scandaleuses dont est victime le groupe, et d’agir désormais systématiquement en justice. » Et d’ajouter : « Il est important de rappeler que la société mère du groupe, visée par les accusations de l’association Justice pour nos Primes, n’est pas partie prenante au contrat-cadre de participation. La prétendue « action collective » affirmant que les bénéfices du groupe auraient été minorés par des impôts éludés – réduisant mécaniquement le montant des primes de participation - relève de manœuvres trompeuses et calomnieuses visant à déstabiliser le groupe et ses salariés, anciens et actuels. »

Sur ces aspects fiscaux, il reviendra à la justice de trancher, chacune des parties ayant sa propre analyse. Mais selon nos informations, une plainte pour dénonciation calomnieuse aurait déjà été déposée par l’industriel, et le signalement de ces actions aurait été fait auprès du Parquet National Financier alors que les pouvoirs publics ont été alertés de ce qui serait considéré par l’entreprise comme une tentative de chantage. D’autres actions judiciaires seraient par ailleurs en cours de rédaction.

Le combat est aussi musclé que l’enjeu important : les deux citations à comparaître, qui visent l’entreprise mais aussi son dirigeant Emmanuel Besnier, pourraient avoir de lourdes répercussions  médiatiques et financières. Concernant la participation qui aurait pu être minorée, « c’est un procès hors norme », explique l’avocat Renaud Portejoie, qui parle au nom des collaborateurs engagés dans la procédure et des frères Renahy, « car il est rare que les salariés osent attaquer leur employeur. S’il y a condamnation pénale, l’ordre de grandeur des conséquences financières pour le groupe sera de plusieurs centaines de millions d’euros ».

Ce volet du dossier avait déjà été évoqué dans la presse. Mais un second portant sur une nouvelle demande d’indemnisation par les frères Renahy sort lui de l’ombre. Il trouve son origine dans une autre procédure judiciaire. En début d’année, le duo avait exigé, comme la loi le permet, que Lactalis publie ses comptes consolidés, ce qu’il ne faisait pas jusqu’ici. Un oubli volontaire généralement sanctionné d’une amende de quelques milliers d’euros, une paille pour les grands groupes. Mais face aux fortes astreintes réclamées par les plaignants (200 000 euros par jour), et à la possibilité de perdre le procès devant le tribunal des activités économiques de Paris, l’industriel s’était finalement exécuté le 19 mars dernier. Les comptes avaient été déposés pile un jour avant la tenue de l’audience consacrée à ce sujet. De ce fait, la multinationale était visiblement dans les clous, et la procédure s’était arrêtée là.

Mais ce n’est pas la lecture des Renahy. Le point clé de leur argumentation ? Les comptes 2024 alors déposés n’ont pas intégré les 475 millions versés la même année dans le cadre de l’accord transactionnel. « Cette absence de régularisation rend les comptes infidèles, et même faux car cette démarche est délibérée, plaide maître Portejoie. En droit, cette manœuvre est ce que l’on appelle une escroquerie au jugement ». L’avocat  réclame le montant de l’astreinte sollicitée devant le tribunal des affaires économiques de Paris, à savoir 200 000 euros par jour. « Si Lactalis n’avait pas produit ce faux, il aurait été condamné à une astreinte qui court toujours, soit plus de 30 millions d’euros à ce jour », argue le conseil.

Une première audience, purement technique, est prévue le 5 novembre, mais les plaidoiries ne devraient pas démarrer avant la fin 2027 / début 2028. Contacté, Lactalis n’a pas souhaité faire de commentaires.