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Grande conso

Lactalis tente (encore) de torpiller la nouvelle version du Nutri-Score

Le géant du lait conteste devant le Conseil d’État la modification du mode de calcul de ce système d’étiquetage, qui va pénaliser une partie de ses produits. Avec quelques arguments.

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LOIC VENANCE / AFP

L’évolution attendue du Nutri-Score donne des maux de tête à certains industriels depuis le 14 mars 2025. Ce jour-là était publié un arrêté modifiant les règles de calcul de cet étiquetage nutritionnel pour prendre en compte l’évolution des connaissances scientifiques et encourager les fabricants à améliorer leurs recettes. Un délai de 2 ans a été fixé aux entreprises pour mettre leurs emballages à jour, puisque 30 à 40 % des produits vont voir leur score (échelonné de A à E) changer.

Mais le groupe Lactalis, géant mondial du lait et du fromage, déjà pas vraiment fan du Nutri-Score 1.0, est encore moins emballé par cette nouvelle version qui pénalise un peu plus ses gammes. Le lait demi-écrémé, auparavant A, est désormais classé B par exemple, et d’autres boissons lactées, notamment riches en sucres, voient leur note dégringoler. Remonté, le groupe de Laval (Mayenne) cherche à faire annuler l’arrêté et les dispositions spécifiques sur les boissons.

L’industriel a d’abord adressé une demande de recours gracieux auprès du ministère de l’Agriculture. Sans succès. Le propriétaire des marques Président, Lactel ou Galbani (31,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires dans le monde en 2025) s’est ensuite tourné vers le Conseil d’Etat, qui a étudié le dossier ce jeudi, pour une décision attendue ces prochaines semaines. Si le groupe dirigé par Emmanuel Besnier assure soutenir l’approche des pouvoirs publics sur la nécessité de promouvoir une alimentation saine, équilibrée et diversifiée et de mieux informer les consommateurs, il estime que « le dispositif Nutri-Score et ses dernières évolutions d’algorithme ne semblent pas garantir une information juste et équilibrée pour les consommateurs puisqu’ils ne prennent pas en compte la portion couramment consommée du produit considéré, ni, à leur juste mesure, les nutriments d’intérêt apportés par le lait (notamment les apports en calcium). » En clair, comme de nombreux fabricants, Lactalis reproche notamment au dispositif de baser ses calculs sur des portions de 100 grammes ou 100 ml de produit, des quantités parfois bien supérieures à celles réellement consommées par les clients.

Devant le conseil d’Etat, l’industriel s’est interrogé sur la légalité du Nutri-Score vis-à-vis des exigences européennes, et notamment du règlement dit INCO (information des consommateurs sur les denrées alimentaires). Si plusieurs points soulevés par la multinationale ont été rapidement balayés par le rapporteur public, ce dernier n’en a pas moins rappelé que les questions d’interprétation des textes européens posées par le Nutri-Score, identifiées de longue date, n’avaient à ce jour reçu aucune réponse claire dans la jurisprudence européenne.

Ce qui pourrait offrir une opportunité à Lactalis. Car pour éclaircir ces difficultés d’interprétation et trancher le litige, le rapporteur public, dont les conclusions sont généralement suivies, a, selon nos informations, invité le Conseil d’Etat à poser une question préjudicielle en deux parties à la Cour de justice de l’Union européenne. Il s’agirait de savoir si un État membre est en droit de recommander l’ajout sur l’emballage d’une représentation (en l’occurrence le Nutri-Score) complémentaire au classique tableau nutritionnel obligatoire « ne distinguant pas la valeur nutritionnelle et les quantités de nutriments », et si un État membre est en droit de recommander l’usage d’une représentation graphique complémentaire exprimant de manière simple et synthétique la valeur nutritionnelle globale des denrées alimentaires.

En fonction de la réponse de la CJUE, il y aurait de quoi remettre une pièce dans la machine, alors que la bataille dure depuis que le dispositif du Nutri-Score a été adopté en France en 2017, en se basant sur les travaux de l’équipe du professeur Serge Hercberg, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP).

Un lobbying soutenu sur le sujet

Selon les registres de la HATVP, qui recensent les actions de lobbying auprès des décideurs, Lactalis n’a eu de cesse de rencontrer parlementaires et membres de cabinets ministériels pour les « sensibiliser à l’impact du projet Nutri-Score sur la filière des produits laitiers » (en 2021) ou pour promouvoir ou suggérer un étiquetage nutritionnel européen harmonisé (en 2022, 2023 et 2024). En 2025, une autre action était menée pour « discuter et informer de la position sur le Nutri-Score », c’est-à-dire « transmettre aux décideurs publics des informations et expertises dans un objectif de conviction »