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Continuer la lectureComment le BHV joue la montre pour repousser le règlement de ses impayés
Menacé de procédure en redressement judiciaire, le grand magasin multiplie les protocoles d’accords pour se donner un peu d’air. Mais beaucoup de fournisseurs refusent de transiger.
Le BHV a échappé de peu à une audience inconfortable. Mi-juin, alors que le grand magasin s’apprêtait à être cédé par Frédéric Merlin à Karl-Stéphane Cottendin et d’autres managers, il a reçu une missive assez peu agréable de la part de Onepoint. Fatigué de réclamer en vain le paiement de ses facture...
Sans compter que d’autres fournisseurs lassés pourraient utiliser la même stratégie que Onepoint… En théorie, le BHV encaisse le montant des ventes des différents stands de marque avant de leur rétrocéder après prélèvement d’une commission. Mais depuis le rachat du BHV en 2023 par la Société des Grands Magasins de Frédéric Merlin, certains choix commerciaux et stratégiques ont vidé les rayons, entraînant un effondrement du flux de clients et du chiffre d’affaires. Dans ce cadre, le grand magasin doit jongler avec des recettes très faibles qui, semble-t-il ne permettent pas de régler toutes les factures.
Depuis des mois, la direction fait tout ce qu’elle peut pour étaler les montants ou repousser les échéances de paiements des partenaires qui tapent à la porte du service comptabilité avec leurs factures impayées sous le bras, parfois depuis un an ou plus. Et se met à signer des protocoles transactionnels à tout va comme a pu le constater l’Informé. Bang & Olufsen a ainsi retiré sa plainte suite à la signature d’un accord. La note d’Henkel (produits ménagers et de bricolage), qui réclamait en justice plus de 75 000 euros d’impayés, a finalement été ramenée à 42 400 euros, payables en 6 mensualités de 7 071 euros le 5 de chaque mois. Le remboursement a démarré en juin, mais au moindre écart ou retard, le reste de la facture devra être acquitté en totalité.
Le BHV marche sur des œufs, car les condamnations à verser des provisions aux partenaires lésés ne se sont jamais taries depuis des mois. La marque de vêtements Gant a obtenu le 3 juillet la condamnation du magasin à lui verser les 43 951 euros dus. Le 13 juillet, rebelote, avec une provision de 183 000 euros à verser par le BHV à la marque Sandro. Procédure dans laquelle le magasin a tenté sans succès d’obtenir l’autorisation de payer sa dette sur douze mois. Mêmes causes, mêmes effets : Thankyou Analytics, un fournisseur de plateforme d’analyse des réseaux sociaux et de marketing a obtenu 26 500 euros et Bureau Véritas 3 000 euros.
En réactions aux différents articles relayant les difficultés du magasin, le BHV a indiqué que « 80 % de la dette (estimée entre 50 et 100 millions d’euros selon Libération) a d’ores et déjà été restructurée ces dernières semaines » et qu’un protocole doublé d’un échéancier avait été signé avec l’Urssaf pour le paiement des charges sociales.
La direction du BHV a également indiqué il y a quelques jours que le magasin « n’était pas en situation de cessation de paiement et qu’elle apporterait l’ensemble des éléments pour le démontrer s’ils nous sont demandés ». Ce qui pourrait être le cas, tant le mois d’août et la rentrée promettent d’être chargés pour les équipes du BHV. Suite au signalement effectué par l’inspection du travail, et à la saisine du parquet, l’enseigne va devoir présenter ses livres de comptes au tribunal des affaires économiques de Paris pour montrer patte blanche. Cela aurait même déjà dû être le cas, mais pour des raisons réglementaires la procédure est en suspens. Le 17 février, le siège social de la SEGM BHV, la société mère du BHV, a été transféré de Lyon à Paris. Or, selon le code de commerce, un délai de 6 mois est nécessaire avant que le tribunal du nouveau lieu d’implantation (Paris dans le cas présent) soit compétent et puisse s’emparer du sujet.
Contacté par l’Informé, le BHV n’avait pas répondu au moment de la publication et Onepoint n’a pas souhaité commenter nos informations.
Quand la SGM demande des facilités de paiement pour ses factures…
Si Frédéric Merlin et sa Société des Grands Magasins (SGM) ne sont désormais plus les propriétaires du BHV, cela ne les empêche pas d’avoir eux aussi quelques soucis de factures. Après l’annonce polémique de l’ouverture d’un espace Shein au BHV Marais fin 2025, un déploiement similaire était évoqué dans cinq des sept magasins Galeries Lafayette détenus et exploités hors de la capitale par la SGM. À Limoges, l’entreprise spécialisée L2A Agencement a créé un stand dédié à Shein, avec son lot de cabines d’essayages et de caisses, que les clients ont pu arpenter fin février. Mais les factures adressées fin 2025, d’un montant de 212 000 euros, n’ont toujours pas été payées par le magasin.
L’aménageur a saisi la justice, et obtenu fin juin une décision condamnant la filiale limougeaude de la SGM à régler, à titre de provisions, 197 000 euros pour ces travaux (une contestation étant en cours sur une facture complémentaire de 15 000 euros). La filiale a, dans sa plaidoirie, demandé à pouvoir payer cette somme en quatre fois. Ce qui a été refusé, compte tenu des délais de paiement déjà très larges accordés. De quoi imaginer une trésorerie tendue ? C’est ce que l’on pourrait croire en découvrant une partie des arguments utilisés pour éviter de régler des sommes accessoires dans ce dossier. Dans le jugement que l’Informé a consulté, l’avocat des Galeries Lafayette de Limoges n’a pas contesté le surplus de la somme réclamée, mais il a tenu à expliquer que la maison mère (la SGM) « a connu une période de croissance externe importante notamment avec le rachat du BHV Marais qui a entraîné une série de réorganisations internes et perturbé la gestion des flux financiers rendant difficile le règlement des échéances dans les délais impartis ». De ce fait, la filiale de Limoges a affirmé qu’un règlement intégral des sommes « la mettrait en difficulté ». Contactés, L2A Agencement n’a pas souhaité répondre à nos questions, alors que la SGM n’avait pas encore répondu à nos sollicitations au moment de la publication.