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Médias - Culture

Groupe Lagardère : les questions que pose la séparation de Jade et Arnaud

La rupture annoncée cet été par la mannequin soulève des interrogations sur l’avenir des biens du couple, notamment ses participations industrielles (Hachette, JDD, Europe 1, Relay…).

Arnaud et Jade Lagardere, à Cannes.
Arnaud et Jade Lagardere, à Cannes. LOIC VENANCE / AFP

Elle l’a annoncé au détour d’une story Instagram, le 23 juillet : « Arnaud et moi ne sommes plus en couple. » Interrogée par plusieurs abonnés sur sa situation maritale, Jade Lagardère précisait qu’elle restait mariée au chef d’entreprise et qu’ils continuaient à vivre sous le même toit. La raison ? ...

Un premier élément de réponse pourrait rassurer la place de Paris. L’héritier et la mannequin belge se sont mariés en 2013 sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, selon nos informations. Pas de contrat de mariage, donc. En cas de divorce, les biens acquis durant leurs années de mariage, excepté les biens reçus en donation ou en succession, devraient être partagés, de même que les revenus professionnels perçus pendant toutes ces années. Mais les biens détenus respectivement par Arnaud et Jade Lagardère avant leur union resteraient leur propriété personnelle. Or la holding Lagardère Capital, qui détient aujourd’hui les 8,7 % de Louis Hachette Group, est revenue à Arnaud Lagardère à la mort de son père Jean-Luc, en 2003, bien avant le mariage avec Jade Forêt : elle ne serait donc pas concernée par un éventuel divorce.

Qu’en est-il du reste des possessions de l’homme d’affaires ? La demeure des Hamptons aux États-Unis, achetée en 2008 pour 19 millions de dollars, ou la maison de 800 m2 dans la villa Montmorency du 16e arrondissement parisien, propriété d’Arnaud Lagardère depuis 2006, sont dans le même cas. La situation est, en revanche, plus complexe pour la maison dans le domaine ultra-select de la Zagaleta, sur les hauteurs de Marbella, achetée 9 millions d’euros en 2023. Dans un premier temps, la villa appartenait à la SCI Libellule, dirigée par Jade Lagardère, et détenue par une société immobilière appartenant à son époux, Cibbis, créée en 2005, soit avant le mariage du couple. Ensuite, Libellule a été liquidée en 2025, sans qu’on sache ce que sont devenus ses biens, dont la fameuse maison. Toutefois, la mannequin au million de followers présentait la résidence espagnole comme sa propriété dans sa FAQ Instagram : « Je n’ai pas déménagé en Espagne. J’ai acheté une maison là-bas en août 2023 et j’avais comme projet d’aller y vivre. » Un projet qui a été reporté pour des raisons de santé, mais qui reste à l’ordre du jour : « Je crois bien que dès que tout sera réglé, on s’en ira », concluait-elle.

L’impact d’un divorce serait sans doute douloureux pour le train de vie de Jade Lagardère. En effet, les revenus professionnels de la Belge sont faibles, « voire nuls », comme l’indiquait son mari auditionné dans le cadre d’une enquête pénale, en mars 2023. En 2011, elle avait immatriculé une société au Luxembourg, JF SA, qui n’a jamais enregistré de chiffre d’affaires et a été liquidée trois ans plus tard. Peu après, une filiale française, JF France, avait été créée, qui, selon ses statuts, voulait se lancer dans la mode, la décoration et les bijoux fantaisie. La structure a ensuite déposé la marque « Jade Foret » en 2012, mais celle-ci a expiré dix ans plus tard faute de renouvellement.

La jeune femme s’est surtout illustrée par son travail en tant que scénariste de bande dessinée. Elle a créé le personnage d’Amber Blake, une agent secret qui combat « la pédophilie, l’abus des enfants, la violence, la prostitution, l’esclavage », comme l’expliquait l’autrice en interview. Sortie en 2017, la première BD s’est vendue à 7 823 exemplaires selon Edistat, avec une abondante promotion dans les médias du groupe Lagardère - chez Europe 1 ou Paris Match par exemple, qui vantait « beaucoup d’action, pas mal de suspense, des identités doubles et une héroïne qui ne s’en laissera pas conter ». Le deuxième tome, sorti un an plus tard, s’est vendu trois fois moins. Un troisième volet a été publié en 2022. Au total, les trois opus se sont vendus à 20 000 exemplaires, selon l’éditeur.

Des ventes qui se sont traduites par de faibles droits d’auteur pour la scénariste. Jade Lagardère gérait ces revenus via JF France. En 2017, JF France enregistrait une perte de 463 000 euros, sans aucune remontée de chiffre d’affaires. « La mise en vente du tome 1 de la bande dessinée n’a pas permis de dégager le chiffre d’affaires et les résultats escomptés, précisaient les comptes de la société. Néanmoins, la commercialisation du tome 2 en juin 2018 devrait permettre de relancer l’ensemble des ventes sur les 2 tomes. » Cela s’est finalement révélé insuffisant : fin 2020, JF France cumulait 946 000 de pertes, obligeant sa dirigeante à réinjecter 938 000 euros au capital l’année suivante. Mais l’aventure n’est peut-être pas terminée.

La BD a été adaptée en réalité virtuelle à Europa Park, en Allemagne. Jade Lagardère a longtemps envisagé de l’adapter en série télé, et a même créé en 2022 une société baptisée Jade Productions. Parallèlement, la bande dessinée gagne peu à peu de nouveaux territoires : elle a été exportée aux États-Unis, où l’éditeur IDW a publié les deux premiers tomes en quatre volets, et devrait être publiée en Espagne « en fin d’année », si l’on se fie aux annonces de l’autrice sur Instagram.

Contactée, Jade Lagardère n’a pas répondu à nos sollicitations. L’avocat d’Arnaud Lagardère, Me Sébastien Schapira, n’a pas donné suite, tout comme le groupe Lagardère. Glénat n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

Le micmac Lagardère chez Glénat
En France, les aventures d’Amber Blake sont éditées par Glénat, une maison qui officiellement n’appartenait pas au groupe Lagardère. Mais en réalité, il en était secrètement actionnaire depuis les années 90. Selon nos informations, une filiale d’Hachette, baptisée Biblio Participations - aujourd’hui Mazarine - avait acquis 24 % de Glénat Entreprises et Développement, holding détenant l’éditeur grenoblois, pour 3,6 millions d’euros. En 2019, Biblio Participations est monté à 30 % pour 4,2 millions d’euros, avant de revendre tous ses titres deux ans plus tard pour 21,8 millions d’euros. De quoi lui permettre de dégager une plus-value de 14 millions d’euros.