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Médias - Culture

Le Journal du Dimanche enregistre de lourdes pertes

Boudée par les annonceurs, la publication dominicale accuse un déficit plus important que son jeune concurrent, la Tribune Dimanche. Reste un soutien de poids : LVMH.

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NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

Sourire en coin, yeux malicieux… Sur la scène du Casino de Paris, ce 5 mai 2026, Arnaud Lagardère ne résiste pas à une petite pique. « Le JDD, dont tout le monde pensait et espérait, en tout cas certaines mauvaises langues, qu’il allait disparaître, ne s’est jamais aussi bien porté. Beaucoup mieux que ses concurrents d’ailleurs », lance le dirigeant à ses actionnaires réunis lors de l’assemblée générale du groupe Lagardère. Le mérite en revient, selon lui, à l’écosystème développé depuis son entrée dans l’empire Bolloré. Comme dans un grand tout, les journalistes maison sont aujourd’hui amenés à intervenir dans le Journal du Dimanche (JDD), Europe 1, Europe 2 ou encore chez les « amis de CNews ». « Ça nous a profité, ça nous a changé la vie », se félicite le patron.

Mais en réalité, selon notre enquête, la santé du célèbre titre n’est pas au mieux. La publication dominicale affiche de lourdes pertes en 2025, a appris l’Informé. En témoignent les comptes de la société Lagardère Media News (LMN) dont l’activité tient au JDD, son unique titre depuis la cession de Paris Match en 2024 (LMN reçoit, seulement, en parallèle des juteuses commissions sur l’utilisation de la marque Elle). L’entreprise a perdu près de 15 millions d’euros l’an dernier. Un déficit supérieur de plus de 12 % à celui de son concurrent La Tribune Nouvelle : cette structure, éditrice de La Tribune Dimanche et de Latribune.fr, a enregistré des pertes de 13,9 millions d’euros en 2025, selon nos informations. Face à de tels résultats, Lagardère a même dû renflouer les capitaux propres de sa filiale de 40 millions d’euros en décembre.

Dans le détail, le chiffre d’affaires généré par la diffusion papier et numérique de l’hebdomadaire et de ses magazines (JDNews et le supplément féminin JDMag) s’est élevé à 12,9 millions d’euros l’an dernier. Selon l’ACPM, la version numérique a progressé de 7,5 % à 28 300 copies, mais les ventes en kiosque ont reculé de 7,1 % l’an dernier à 39 400 exemplaires en moyenne… alors même que la diffusion non payée (les exemplaires offerts) a, elle, bondi de 51 % à plus de 11 000 exemplaires. « On a toujours ce même problème de distribution dans certaines régions pour trouver le JDD », justifiait Arnaud Lagardère en avril 2025.

Côté pub, les recettes ont plafonné à 5,4 millions d’euros. Un montant qui s’explique largement par un soutien de taille : LVMH. Selon un recensement réalisé par le collectif Sleeping Giants, l’an dernier, le groupe de luxe - repreneur de Paris Match - a financé à lui seul entre un tiers et plus de la moitié des pages de publicité du JDD selon les numéros et davantage encore pour le JDNews (jusqu’à 57,6 %). Cette dépendance s’est même encore accrue cette année. « Sur le mois d’août, jusqu’à présent, LVMH était l’unique annonceur dans le JDNews alors qu’il représentait 78,5 % des pages en juillet, hors autopromotion et échanges publicitaires, indique un porte-parole du collectif d’activistes. On pensait qu’avec la vente de Paris Match cette relation aurait diminué progressivement. Le mouvement contraire nous a surpris, cela permet peut-être à Bernard Arnault d’occuper la sphère d’influence de Bolloré. »

Les autres annonceurs ont quasiment tous déserté l’hebdo depuis le changement éditorial opéré mi-2023 et la reprise en main par Vivendi (contrôlé par la famille Bolloré) devenu propriétaire du groupe. À l’époque, la quasi-totalité des journalistes du JDD avaient fait grève et étaient partis lors de l’arrivée contestée de Geoffroy Lejeune à la tête de la rédaction, en provenance de Valeurs Actuelles, titre marqué à l’extrême droite. « Il y a eu une opportunité à saisir qui s’appelle Geoffroy Lejeune, un journaliste jeune, talentueux et à l’aise avec le digital », s’était justifié Arnaud Lagardère dans le Figaro.

Le résultat ne s’était pas fait attendre. Selon Kantar, les recettes publicitaires du JDD s’étaient effondrées entre 2022 et 2024, tombant de 48 à 23 millions d‘euros bruts (des tarifs avant négociation, qui font souvent l’objet d’importantes remises). LVMH était le seul à maintenir son investissement, à environ 4 millions bruts par an. Pour remonter la pente, le groupe a, depuis, lancé successivement le JDNews en septembre 2024, puis le JDMag en mars 2025, qui ont affiché respectivement 25 et 10 millions d’euros de recettes pub l’an dernier (des montants bruts une fois encore).

Reste un autre sujet qui plombe les comptes : les procès ont connu une forte hausse. Lagardère News Media a dû provisionner la somme de 417 000 euros l’an dernier, en hausse de près de 66 % en un an. La publication dominicale a notamment été poursuivie par le parti présidentiel Renaissance l’an dernier pour diffusion « de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi » et de possible trouble à « la paix publique ». À quelques heures de la fin de la campagne des législatives de juillet 2024, le JDD avait affirmé que le gouvernement n’allait pas publier les décrets de la loi immigration. Malgré plusieurs démentis et quatre demandes de suppression de cette fausse information, l’article est resté en ligne bien que légèrement modifié. Et le parti Renaissance a décidé de saisir le procureur de la République selon Mediapart. Depuis, une partie des décrets ont pourtant bel et bien été publiés. Un litige qui n’a pas empêché le patron du parti, Gabriel Attal, d’accorder cet été un grand entretien à l’hebdomadaire.

Mais ces mauvais comptes ne seraient pourtant pas si graves pour le groupe, selon certaines sources internes. « Les résultats ne sont pas vraiment notre sujet, les titres sont avant tout un outil d’influence, souffle un cadre. Il suffit de voir le choix des Unes pour s’en rendre compte, certaines sont invendables auprès du public tant elles sont décalées avec l’actualité ou nuisent à notre image. » D’ailleurs, ce dimanche, une partie de cette Une était dédiée à Xenia Fedorova, ancienne directrice générale de la version française de la chaîne Russia Today, interdite de diffusion dans l’Hexagone depuis 2023, et actuelle chroniqueuse du JDNews et de CNews. Visée par un arrêté d’expulsion du territoire après avoir été qualifiée de « propagandiste patentée » par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, elle se dit victime d’une atteinte à la liberté d’expression. Le JDD a consacré une pleine page à sa réponse aux accusations d’ingérence.

Contacté, le groupe Lagardère Media News n’a pas répondu à nos sollicitations.

Article modifié le 25 août 2026 à 11h53 avec des précisions apportées aux comptes de La Tribune Nouvelle.