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Continuer la lectureLes journalistes fuient Capital pour éviter de rejoindre CNews et le JDD
La quasi-totalité des rédacteurs du site web du mensuel vont faire jouer leur clause de conscience. Ils ne souhaitent pas déménager dans les locaux des autres médias de la galaxie de Vincent Bolloré.
L’histoire se répète. Après la rédaction du Journal du Dimanche décimée pour s’être opposée à la nomination de Geoffroy Lejeune à leur tête en juin 2023, c’est au tour d’un autre titre de la galaxie Bolloré de connaître le même sort. Alors que le mensuel économique Capital édité par Prisma Media doit...
Tout semble avoir été mis en place pour faire fuir les troupes. La nouvelle direction nommée en septembre avec Gérald-Brice Viret, par ailleurs DG de Canal+ et Serge Nedjar, directeur général de CNews, a été claire sur les synergies à développer avec la chaîne d’info en continu. Et les journalistes récalcitrants ont été invités à partir en activant la clause de conscience. Ouverte le 28 novembre, elle leur permet de toucher une indemnité légale améliorée (1,25 mois par année d’ancienneté) et quatre mois de salaire en plus s’ils se décident avant le 17 décembre. « Ils devront aussi signer des avenants à leur contrat de travail pour intervenir sur la chaîne », ajoute Emmanuel Vire.
Selon nos informations, la quasi-totalité des équipes du site internet va prendre cette clause, soit une dizaine de personnes sur 13. Seulement deux l’ont déjà fait. « Il ne restera plus que les alternants », pronostique un rédacteur. Du côté du print, l’avenir est moins clair même si quelques départs se dessinent également. Une soirée est déjà programmée le 17 décembre avec tous les partants pour tenter de se changer les esprits.
Car les dernières semaines ont été éprouvantes. Missionné par les élus dans le cadre du déménagement de Capital, le cabinet AddHoc Conseil fait état d’une rude reprise en main du titre comme le montrent les verbatims recueillis sous couvert d’anonymat. Tous les sujets sont désormais validés par Serge Nedjar en personne : « il décide et tout le monde se tait. », souffle un journaliste. Et hors de question d’égratigner des entreprises clientes de Havas, l’agence de communication du groupe : en septembre, un article sur le lobbying de Philippe Morris a ainsi été réorienté. « La rédactrice en chef apparaît comme une secrétaire. Aujourd’hui, elle note les sujets que les journalistes proposent. La directrice [Élodie Mandel] valide. La liste est épluchée et nettoyée par le directeur des rédactions [Serge Nedjar], et ça redescend », détaille un salarié.
La dernière couverture voulue par Serge Nedjar sur la gabegie de l’audiovisuel public a été commandée en externe auprès d’un journaliste du JDD. Personne en interne n’avait voulu traiter ce sujet, connaissant la guerre idéologique livrée par CNews contre France Télévisions. « On assiste aujourd’hui à une forme de dépossession éditoriale », témoigne une plume. « On sent le despotisme dans leurs pratiques » ajoute une autre. Une troisième renchérit : « un sentiment de terreur s’est emparé de la rédaction. » Sans compter que « les interventions tardives sur la ligne, ça implique par exemple que des papiers arrivent le jour du bouclage (...) Donc nécessairement, le travail dans l’urgence, ça impacte sur l’intensité du travail. »
De fait, le rapport pointe des risques psychosociaux liés à l’intensification de la charge de travail et une perte de qualité. Le tout générant « des insomnies et des cauchemars ». « J’ai rêvé de Serge Nedjar », avoue un salarié, « j’ai vu les collègues craquer dans les toilettes », déplore un autre. « C’est inédit à Prisma un management qui traumatise à ce point », conclut l’un d’eux. Pressés de tourner cette page, certains élus ont pris une posture radicale. Ils ont annoncé publiquement ne plus vouloir s’occuper des salariés une fois partis rejoindre les locaux de CNews. « Il faut couper la branche gangrenée », a même lâché l’un d’eux préférant se concentrer sur les autres titres restants. Pour eux, une fois installés dans le 15e arrondissement, les effectifs restant de Capital devraient être gérés par les représentants du personnel de CNews, du JDD…
Contacté, le groupe Prisma Media n’a pas souhaité faire de commentaire.
Voici, Télé Z, Femme Actuelle… toutes les rédactions veulent se doter d’une SDJ
La crise chez Capital suscite une levée de boucliers dans toutes les autres rédactions du groupe Prisma. Pour la première fois, plusieurs d’entre elles sont en train de se doter d’une société des journalistes, organisme destiné à défendre l’indépendance éditoriale et à s’opposer contre les ingérences éventuelles de l’actionnaire. Pour l’instant, seuls Capital, Géo, Ça m’intéresse et Néon s’en étaient dotés lors du rachat par Vivendi. Le pôle féminin avec Prima, Femme Actuelle, Dr Good, Flow, Femme Ac’Jeux vient de nommer un bureau commun avec un président tout comme le pôle télé avec Télé Z, Télé Loisirs… Ces derniers ont dû faire récemment la promotion des programmes de Canal+ société sœur, Femme actuelle a publié un entretien du cardinal François Bustillo sur deux pages et Voici une interview de Christine Kelly, la présentatrice de CNews, sur sa foi… « Devant la crainte d’une perte d’autonomie avec ce que l’on a vu à Capital, nous avons voulu réagir et créer un collectif », indique un de ses membres. Enfin, le magazine Voici doit élire d’ici peu le bureau de sa SDJ.