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Continuer la lectureKonbini : la directrice de la rédaction s’en va, sur fond de reprise en main musclée
Depuis son rachat par l’éditeur de jeux vidéo Voodoo, le média lifestyle a perdu ses principaux dirigeants et revu sa ligne éditoriale.
À la machine à café, les discussions chez Konbini sont désormais bien moins légères qu’un Small Talk, le format phare du média vidéo. Depuis le rachat du site le 12 mai dernier par Alexandre Yazdi, patron de l’éditeur de jeux vidéo Voodoo, les départs s’enchaînent dans les locaux du nord-est parisien...
À la rédaction, il ne reste déjà plus que huit journalistes sur les 15 présents avant le rachat, alors qu’une clause de cession court encore jusqu’au 31 octobre prochain. Selon nos informations, la directrice de la rédaction, Camille Thebault, a elle-même choisi de faire ses cartons, pour un nouveau projet. L’intéressée n’a pas souhaité commenter mais son départ s’ajoute à ceux des principaux cadres du média, le directeur général adjoint Amir Bendjaballah et la directrice des productions Adelaïde Samani, révélés par Libération. Avec deux rachats successifs, en deux ans, l’entreprise est passée de 150 salariés à 87, tous services confondus.
Sans doute faut-il y voir un lien avec l’importante réorganisation du travail prévue par le nouveau propriétaire. Selon des documents internes consultés par L’Informé, des petits groupes de salariés seront constitués en « squad », avec un « squad leader » afin de développer des nouveaux concepts vidéos de manière indépendante. Chaque cellule se voit attribuer des objectifs ambitieux. Le coût du fonctionnement mensuel doit être « d’environ 25 000 € par squad » avec pour objectif en première année « au moins 500 000 euros » de chiffre d’affaires par équipe « avec une marge d’exploitation cible de 60 % minimum » L’entreprise compte évaluer la réussite des projets durant plusieurs points d’étapes : après un mois (appelé Gate 1), après trois mois (Gate 2) et après six mois (Gate 3). Le système se rapproche à s’y méprendre de celui utilisé par Voodoo pour développer des jeux mobiles en masse.
« La vidéo, ce n’est pas comme un jeu vidéo, tacle un bon connaisseur des pratiques de Konbini. Un format, il faut le laisser s’installer. Ils vont killer des projets qui pourraient s’installer sur la durée. » Selon cette source, ce type de fonctionnement pourrait, qui plus est, nuire aux autres contenus. « S’il y a un format qui crée un bad buzz, les invités ne voudront plus venir pour les autres. C’est cela que beaucoup questionnent. »
Les « bad buzz » justement, la nouvelle direction veut absolument les éviter. Les contenus produits doivent être « brand safe » afin de maximiser les revenus publicitaires, le média demeurant gratuit. « Les annonceurs n’aiment pas quand tu parles de génocide ou de viols, décrypte un salarié de Konbini. Ils veulent accentuer le côté divertissement. » « Ses deux modèles, c’est Legends de Guillaume Pley et Hot Ones, présenté par Kyan Khojandi, complète un journaliste. Que des longs formats avec de nombreux extraits pour les réseaux sociaux. »
Interrogée, la direction de DC Company (la maison mère de Konbini acquise par Alexandre Yazdi) nous a répondu vouloir « construire un leader de l’entertainment digital ». Et d’ajouter : « Le rôle du groupe est de construire la machine - production, acquisition d’audience, données, technologie, régie publicitaire - pour que le créateur se concentre uniquement sur la création, et grandisse plus vite qu’il ne le ferait seul, sans interférence éditoriale. Konbini (...) est un média de référence sur les tendances, la pop culture, la création, pas sur la géopolitique. Nous assumons tout à fait de concentrer nos forces là où nous sommes pertinents. Nous n’avons pas d’agenda politique, mais un agenda industriel et une vision du marché. Nous faisons attention à nos équipes, à créer un climat de travail exigeant mais bienveillant, et à accompagner humainement les départs nécessaires. »