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Médias - Culture

Le gros chèque mis sur la table par CMA CGM pour s’offrir Brut

L’armateur marseillais, en passe de racheter RMC Sport, a acquis l’an dernier la plateforme de vidéos en ligne. Prix de vente, chiffre d’affaires… L’Informé dévoile les données financières du média.

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Blondet Eliot / Blondet Eliot/ABACA

Pour le 77e congrès mondial de l’Association des éditeurs de presse (WAN-IFRA), Elsa Darquier a fait le déplacement la semaine passée à Marseille. Invitée à s’exprimer devant un parterre de patrons de médias réunis au centre de formation de CMA CGM, partenaire de l’événement, la directrice générale d...

Selon nos informations, CMA CGM a déboursé un peu plus de 200 millions d’euros pour acquérir le solde du capital de Brut, qui s’ajoutent aux 43 millions d’euros déjà versés en 2023 pour prendre plus de 15 %. « C’est un prix exorbitant au regard des performances de Brut, estime un proche du dossier. Et surtout, pour le moment, on ne voit aucune passerelle avec les autres médias du groupe, même si cela va sans doute arriver. » En réalité, la coupe du monde de football va être le premier grand test : Brut va produire des contenus depuis les fan zones aux côtés des autres équipes de RMC sur le terrain, tous logés dans la tour de l’armateur à New York. « On s’attend aussi à une reprise en main de la régie jusqu’ici gérée par France Télévisions », ajoute un concurrent.

La start-up a été acquise sur une valorisation de 246,65 millions d’euros, un montant en forte hausse par rapport à celui retenu lors de la levée de fonds de 2021 (189 millions) mais en légère baisse par rapport à celui de 2023 (270 millions d’euros). Au total, plus de 140 millions d’euros ont été réunis depuis les débuts de la plateforme en 2016, auprès notamment de Bpifrance, Red River West (famille Pinault), Blisce (Alexandre Mars), Cassius Family (Emmanuel Seugé), Tikehau Capital, James Murdoch (via son fonds Lupa Systems), Xavier Niel (actionnaire de l’Informé) ou encore Orange Ventures et l’américain MoonPay (services financiers).

Le nouveau propriétaire a conservé à la direction générale Elsa Darquier, promue à ce poste en septembre 2023. À la présidence, il a envoyé la patronne de ses activités médias, Claire Léost, en remplacement de Guillaume Lacroix, cofondateur de Brut devenu « conseiller » pour assurer la transition, tout comme un autre cofondateur, Renaud le Van Kim. Le troisième créateur de la jeune pousse, Laurent Lucas, est parti en décembre. « Je suis maintenant sur d’autres projets et je n’ai rien à dire sur ce rachat », nous a indiqué ce dernier. Les managers (Renaud Le Van Kim, Guillaume Lacroix, Elsa Darquier, Paulina Celerier, Maxime Darquier) détiennent encore 1,5 % du capital, le reste étant aux mains de l’armateur marseillais.

L’été dernier, dans un document interne que nous nous sommes procurés, Brut tablait sur un chiffre d’affaires de 44,2 millions d’euros pour l’exercice 2025, en progression de 13 %. Et l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) devait pour la première fois être positif à 1,05 million d’euros, porté par une forte croissance en Inde et en Afrique. La start-up a donc été acquise pour cinq fois et demie le revenu attendu l’an passé. Des perspectives optimistes après une baisse constatée de 5,5 % des revenus au premier semestre, à 20 millions d’euros, selon la même note.

Dans le détail, les activités de brand content (contenus payés par les annonceurs) ont représenté près de la moitié du chiffre d’affaires semestriel soit plus de 9 millions d’euros, devant la publicité (4,7 millions) et enfin la production (4,2 millions d’euros). Ce dernier poste comprend, par exemple, le contrat passé avec France Télévisions pour la couverture du Festival de Cannes. « Nous bénéficions d’une indépendance éditoriale : les équipes qui produisent du contenu d’information ne sont pas celles qui produisent du contenu pour nos partenaires commerciaux, a précisé Elsa Darquier lors de son audition au Sénat en mars dernier. Par ailleurs, nous sommes indépendants vis-à-vis des autres activités de CMA Média ».

TikTok et Instagram restent les deux moteurs de la croissance de Brut, qui indique avoir cumulé 8,6 milliards de vues au deuxième trimestre 2025. Selon le dernier classement du Digital News Report de Reuters, la plateforme de vidéos apparaît en 7e position en France devant Le Parisien mais derrière BFM. En 2024, elle était classée numéro un.

De tels résultats l’ont rendu incontournable pour les hommes politiques souhaitant toucher un jeune public. Les douze candidats à l’élection présidentielle de 2022 ont été interviewés à l’époque. Et plus récemment, les journalistes de Brut ont pu suivre Emmanuel Macron lors de son déplacement à la Maison Blanche ou en Inde. Ces derniers jours, Gabriel Attal tout comme Jean-Luc Mélenchon ont été interviewés par le reporter Rémy Buisine dans le cadre de la campagne 2027.

Malgré cette popularité, la société a dû licencier des salariés en 2022, notamment aux États-Unis, pour réduire ses pertes. Les bureaux de New York (une soixantaine de personnes) et ceux de Mexico ont même dû être fermés. Les effectifs, de plus de 350 salariés en 2022, sont tombés à environ 250 collaborateurs, dont 200 dans l’Hexagone. Désormais, elle vise à se déployer dans d’autres zones géographiques, notamment le Moyen-Orient prévu cette année. Contacté, CMA CGM n’a pas souhaité faire de commentaire.