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Continuer la lectureCMA CGM se retire de l’ouverture de capital du fret de la SNCF
Le groupe ferroviaire public est contraint par Bruxelles de vendre 49 % du capital de Rail Logistics Europe, la filiale qui chapeaute ses activités de transport de marchandises.
Les processus de cession concernant d’anciens monopoles publics recèlent toujours quelques surprises. L’ouverture de capital à un investisseur privé de Rail Logistics Europe (RLE) n’échappe pas à la règle. Depuis 2024, la Commission européenne exige de la SNCF qu’elle cède sa holding de fret, l’accus...
Ce retrait, s’il est majeur, ne bloque de toute façon pas le processus. Car RLE et ses nombreuses filiales comme Hexafret et Technis, les entités issues de l’ex-Fret SNCF, mais aussi Viia, Captrain ou Forwardis, ont suscité suffisamment d’intérêts sur le marché. En effet, l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky et son groupe énergétique EPH, qui a investi dans Editis, Royal Mail, Casino et TotalEnergies, a remis une offre, de même que Rhenus, le groupe de logistique détenu par la famille allemande Rethmann (Remondis, Transdev). De plus, un troisième acteur se serait aussi décidé à remettre une offre indicative, selon nos informations. « Le contact a été établi avec des fonds de private equity mais aussi des industriels », relate un bon connaisseur du dossier. Les offres de second tour sont attendues à partir de septembre.
Les prétendants ont été confortés par les bons résultats de RLE au premier semestre : le leader du fret ferroviaire en France a vu son chiffre d’affaires progresser de 4 % à 948 millions d’euros et son Ebitda de 7 % à 118 millions d’euros. Ces chiffres n’ont, donc, toutefois pas convaincu CMA CGM de remettre une offre. « RLE ne fait pas partie de nos priorités d’investissement », ajoute un porte-parole de l’armateur marseillais. Le groupe préfère réinvestir ses profits (3 milliards de dollars au premier semestre) dans des opérations de croissance externe portant sur les terminaux portuaires (via la joint-venture qu’il vient de créer avec le fonds Stonepeak), la logistique (les activités américaines de FedEx) ou le transport du dernier kilomètre (Paack Iberia, Paack France).
Mais ces arbitrages stratégiques ne sont sans doute pas les seules raisons du retrait de CMA CGM. Plusieurs sources extérieures estiment que le groupe n’aurait pas accepté de disposer seulement d’un co-contrôle sur RLE, et de partager le pouvoir avec la SNCF présidée par l’ex-premier ministre Jean Castex. Ce schéma de gouvernance pourrait en revanche mieux convenir à Daniel Kretinsky, habitué des négociations avec des co-actionnaires, ou à Rethmann, qui a par exemple patienté neuf ans avec seulement 34 % du capital de Transdev avant d’en prendre le contrôle en 2025. « Rodolphe Saadé et CMA CGM servent souvent de lièvre sur les opérations de M&A compliquées : ils reçoivent beaucoup de dossiers et ils en renferment beaucoup aussi, observe un proche du dossier. La vérité est qu’ils préfèrent investir dans leurs capacités dans le transport de conteneurs qui reste le cœur de métier du groupe et c’était insuffisamment le cas en l’occurrence pour RLE. »
Contactée, la SNCF n’a pas souhaité apporter de commentaires.