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Continuer la lectureDominique Delport, ce proche de Bolloré et de Macron qui veut sauver les Girondins de Bordeaux
Après avoir été tour à tour journaliste, communicant, dirigeant et homme d’affaires, le quinquagénaire tente aujourd’hui de sauver le prestigieux club, au côté du financier anglais Jeremy Green.
Tous les sept ans, il tente une nouvelle aventure. Mais à 58 ans, l’homme de médias Dominique Delport se risque cette fois sur un terrain très glissant… Le football. Prêt à prendre les rênes des Girondins de Bordeaux, ce fan de Star Wars va devoir réaliser un tour de force pour sauver le club dont l’...
Ce serait le couronnement d’une intense campagne, entamée en août. Dès l’annonce de l’offre, ce communicant, très présent sur les réseaux sociaux, se pousse du col en listant « toutes les sociétés [qu’il a] dirigées (M6, Streampower, Havas, Vivendi, Vice Média...) » Ce diplômé de l’EM Lyon démarre sur la Six comme journaliste, d’abord à Lyon, puis à Lille, avant de diriger la rédaction de la chaîne, chapeautant le Six minutes, Zone interdite, Capital, etc. En cette fin des années 90, la bulle internet bat son plein. « La nouvelle économie me fascinait, je me suis dit : c’est le moment d’y aller et de démissionner. » Ironie de l’histoire, il quitte M6 au moment où le groupe rachète les Girondins. Il jette son dévolu sur Streampower, un pionnier de la diffusion de la vidéo en direct sur internet, créé en 1999 par Benoit Mennesson et Gil Machac. Ce dernier se souvient : « c’étaient les tout débuts des retransmissions en streaming, bien avant la naissance de YouTube. Nous étions peu à avoir les compétences à la fois informatiques et audiovisuelles en la matière, et Streampower a rapidement eu du succès, et beaucoup d’articles laudateurs. » Le duo avait levé 300 000 euros auprès d’un fonds de la famille Hottinguer immatriculé aux Bahamas. En mars 2000, Dominique Delport est recruté comme directeur éditorial, rémunéré 5 000 euros par mois, et achète parallèlement 5 % du capital. « Je me suis endetté pour investir », se souvient-il. Mais la bulle éclate un mois après… En novembre 2000, les deux fondateurs sont débarqués par le conseil d’administration, et remplacés par Dominique Delport : « les actionnaires avaient des doutes sur la stratégie et étaient déçus des résultats. Ils ont demandé aux deux fondateurs de partir, et m’ont demandé de devenir PDG. Un accord a été conclu avec les deux fondateurs, dont le départ s’est fait à l’amiable ». Gil Machac refuse de commenter l’épisode, mais un ancien salarié donne une version un peu différente : « Delport et les actionnaires ont fait un putsch ».
Sous la présidence de Delport, Streampower boucle une nouvelle levée de fonds de 386 000 euros, dont un tiers est apporté par Delport lui-même, le solde provenant d’une mystérieuse société off shore baptisée Burnel Enterprises Ltd. Le dirigeant décroche un contrat avec Endemol pour la diffusion sur le web de Loft Story après avoir croisé dans un aéroport le producteur Stéphane Courbit - celui qui le présentera plus tard à Vincent Bolloré. La consécration arrive en 2004, avec Cult, une émission interactive sur les cultures urbaines produite pour France 5, qui remporte l’International Emmy Award du meilleur programme interactif.
Mais c’est bien le Loft, phénomène du PAF à l’époque, qui attire l’attention du groupe Bolloré. Séduit, le milliardaire catholique rachète Streampower en 2001 pour 772 146 euros, soit à peu près la valorisation de la dernière levée de fonds. Toutefois, un mécanisme d’intéressement permet aux managers restés en place de toucher 1,75 million d’euros supplémentaires en 2006 (dont 1,1 million pour Dominique Delport). L’acquisition se base sur un plan d’affaires optimiste, qui voit le chiffre d’affaires quadrupler entre 2001 et 2004. Finalement les revenus doubleront à peine - la faute à l’éclatement de la bulle Internet selon Dominique Delport.
Pour le dirigeant, c’est le début d’un long compagnonnage avec Vincent Bolloré, qu’il tutoie. « Tu es mon frère », lui aurait même lancé le Breton. Sur sa chaîne Direct 8, le nouvel ami anime entre 2006 et 2008 8-Fi, une émission hebdomadaire sur la high-tech. Il y invite Marc Taieb, à la tête de la filiale du groupe Bolloré dans les réseaux wifi. « Dominique est quelqu’un de très créatif, une véritable boîte à idées, et je comprends que cet aspect ait séduit des pointures comme Vincent Bolloré, retrace cet autre fidèle du milliardaire. Il a un très bon fond, et une grande éloquence, avec une capacité peu commune à formuler des concepts de manière claire et simple. »
Quand Vincent Bolloré prend la tête de l’agence de communication Havas en 2005, Delport rejoint la branche chargée d’acheter des espaces publicitaires aux médias. Il en gravit rapidement les échelons : PDG France en 2008, puis de 2012 à 2017 directeur général du réseau mondial. « Pendant ces cinq ans, la part des clients internationaux dans les facturations de Havas Media Monde est passée de 10 % à 50 % », s’enorgueillit le patron.
Mi-2014, Vincent Bolloré prend la présidence de Vivendi, puis celle de Canal+ un an plus tard. Dominique Delport négocie alors le fameux contrat à 250 millions d’euros avec Cyril Hanouna, et retient l’animateur lorsque M6 lui fait une offre - c’est en tout cas la version des deux hommes. L’ambitieux se verrait bien prendre la tête de la chaîne cryptée. L’industriel breton lui préfère une solution interne, Maxime Saada, mais accorde toutefois une place chez Vivendi à son fidèle compagnon de route. Delport devient membre du conseil de surveillance (rémunéré 60 000 à 90 000 euros selon les années) et président de la filiale Vivendi Content (300 000 euros par an), qu’il définit comme « la cellule R&D du groupe ». Son principal fait d’armes est le lancement de Studio+, une offre de fictions courtes sur téléphone mobile… Un service fermé au bout d’un an et demi seulement, mais Dominique Delport ne regrette rien : « c’était une tentative d’innover, ce qui n’est jamais simple. Nous étions sans doute en avance sur le marché. Aujourd’hui, le format des séries mobiles courtes s’est imposé. En Chine, les Duanjus sont vues par plus de 600 millions de chinois chaque année, et génèrent 6 milliards de dollars de revenus » Quant aux pertes du projet (65 millions d’euros), il assume : « le budget était de 30 millions d’euros par an pour produire 30 séries internationales à un million d’euros. Cela représentait 1 % du budget de contenus de Canal+. À titre de comparaison, Quibi de Jeffrey Katzenberg a englouti un milliard de dollars en moins d’un an. »
Gros bosseur - il raconte dormir 3 ou 4 heures par nuit seulement -, Dominique Delport travaille toujours en parallèle chez Havas, dont il devient en 2017 chief client officer et global managing director. Malgré un beau salaire (1,45 million d’euros dont 700 000 euros de salaire fixe rien que chez Havas en 2017), il décide de quitter l’empire Bolloré en 2018, où il reste seulement membre du conseil de surveillance de Vivendi jusqu’en 2023. « Cela a été un grand plaisir de travailler avec Vincent Bolloré, une entente parfaite, même si nous n’avons pas les mêmes opinions politiques », dit ce fils de rocardien, dont le père Jean-Pierre fut maire adjoint d’Orléans et le frère, Bruno, a longtemps dirigé Radio Nova. « Quand j’ai eu un problème cardiaque, et que personne ne voulait me prêter d’argent pour acheter ma maison, Vincent Bolloré a accepté de se porter caution pour moi. Et il a toujours été impeccable avec moi. Mais quand je travaillais pour Vivendi, les enjeux n’étaient pas idéologiques, mais avant tout économiques, et stratégiques. »
Courtisé de longue date par son « vieux copain », Shane Smith, cofondateur et PDG du média américain Vice, le français le rejoint donc en 2018 comme directeur commercial et patron de l’international. « Je suis arrivé après les révélations du New York Times sur l’ambiance toxique régnant chez Vice et je voulais contribuer à changer la culture de l’entreprise. Et nous y sommes parvenus. » La nouvelle recrue se rend chaque semaine dans la Grosse pomme et laisse tomber le costume. « J’ai augmenté les recettes et diminué les pertes de 110 à 12 millions de dollars entre 2018 et 2021, en réduisant drastiquement les dépenses », se félicite Delport.
Pourtant, fin 2020, il quitte Vice, alors dans la tourmente pour ses relations d’affaires avec le pouvoir saoudien, et décide de renouer avec ses racines charentaises. Ce père de trois enfants rachète pour 1,16 million d’euros le château d’Ardenne, près d’Angoulême, classé aux monuments historiques et se lance dans l’exploitation d’un vignoble voisin pour produire du cognac. Parallèlement, il crée son cabinet de conseil en stratégie et marketing, Arduina. Il travaille pour les fonds souverains des pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Abu Dhabi, Koweït), une région qu’il connaît bien, et accompagne aussi dans la zone le constructeur chinois de voitures électriques Byd. Arduina prend également 20 % de l’agence britannique Reset Media, et investit dans Jetty Power, actif dans l’énergie solaire en Afrique. Arduina devient à partir de 2025 une banque d’affaires, conseillant notamment la startup Animaj pour sa récente levée de fonds. Il siège en parallèle au comité d’investissement du Saudi Cultural Development Fund.
Mais le fait d’armes le plus connu d’Arduina est la production en 2022 d’une série baptisée Le candidat, sur la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, diffusée et financée par le parti macroniste. « J’ai connu Emmanuel et Brigitte Macron dans un dîner privé chez Jacques Séguéla en 2016, explique Delport. J’ai été séduit par son énergie et sa modernité. » L’ancien journaliste avait déjà participé à sa première campagne de 2017, et même fait un don. « Je continue à le croiser dans un cadre professionnel avec Arduina : Je suis invité à chaque édition de Choose France, à des dîners d’État ou des voyages officiels au Moyen orient. Mais je ne fais pas de politique, je n’ai jamais été encarté dans aucun parti. Et je ne travaille pour aucun candidat actuellement ». Reconnaissant, le président lui a remis la légion d’honneur à l’Elysée en mai dernier, devant un parterre de célébrités : Jacques Séguéla, Stéphane Bern, Hugh Grant, Tarak Ben Ammar, l’ancien ministre britannique George Osborne… Invité, Vincent Bolloré a répondu être déjà pris. Sans doute n’avait-il aucune envie de croiser le président de la République avec qui les relations sont devenues notoirement mauvaises. Et ça, même l’entregent de Dominique Delport n’a rien pu y faire.
Ses bisbilles avec le fisc
Dominique Delport a eu un désaccord avec le fisc concernant son salaire perçu à l’étranger comme PDG de Havas Media. Selon les textes, ce salaire peut être exempté de double imposition s’il s’agit de « prospection commerciale pour un groupe français » dès lors que l’on exerce « plus de 120 jours par an hors du territoire national ». Dans un premier temps, Bercy a estimé que cela n’était pas démontré, et a réclamé 156 906 euros au titre de l’année 2013, ce qui a ensuite été confirmé en 2020 par le tribunal administratif. Finalement, Dominique Delport nous déclare « avoir fourni les preuves que mes fonctions étaient éminemment commerciales. Je passais ma vie dans les avions. Un nouveau client international gagné chaque trimestre par Havas Média pendant 4 années de suite sous ma direction, ça se remarque. Et c’est l’une de mes grandes satisfactions professionnelles. Les impôts ont donc annulé le redressement de 2013 mais ont également remboursé le trop-perçu fiscal de 2014 et de 2015. » Il conclut : « j’ai toujours été résident fiscal français, j’ai toujours tenu à payer mes impôts en France, même lorsqu’une bonne partie de mes revenus provenaient de l’étranger. »