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Continuer la lectureHachette, Editis et Overlord se disputent l’éditeur Eilean Books
Ce spécialiste parisien des livres de fantasy, de science-fiction et de manga (Sabran, De Saxus…) est en redressement judiciaire depuis juin.
L’éditeur parisien Eilean Books fait des envieux. Connue pour son important catalogue de fantasy et de romance (sous les labels Sabran, Ellipsis, De Saxus..) et ses mangas Komikku, la maison a enregistré une forte croissance de son activité ces dernières années, avec 750 000 exemplaires vendus en 2025. Mais des difficultés de trésorerie l’ont stoppée net dans sa croissance : l’indépendant a été placé en redressement judiciaire par le tribunal des activités économiques de Paris le 24 juin dernier. Depuis, quatre repreneurs se sont déjà positionnés pour reprendre l’affaire.
À commencer par Editis, dirigé par Denis Olivennes et détenu par Daniel Kretinsky. Le groupe a pour lui un argument de poids, qu’il pousse bien sûr dans son dossier de reprise : il « assure d’ores et déjà la diffusion et la distribution des ouvrages d’Eilean Books (...), via sa filiale Interforum. Rien ne changera pour les libraires, les enseignes ni les lecteurs », avance le prétendant. Il propose 500 000 euros pour acquérir le catalogue et le stock de titres de fantasy et de science-fiction, mais ne souhaite pas conserver la collection de mangas Komikku, un marché de la bande dessinée en recul en France. Il maintiendrait 6 des 25 salariés, tous rapatriés dans ses propres locaux, avenue de France, à Paris.
Toutefois, Editis pose deux conditions à son offre : pouvoir racheter la marque De Saxus directement à Sami Rioult, le gérant d’Eilean Books, qui en est le fondateur et propriétaire à titre personnel, et obtenir l’accord des auteurs et éditeurs nord-américains et anglais du catalogue. La maison s’est en effet construite sur l’acquisition de droits étrangers et leur adaptation au marché français, en s’ouvrant à des succès éditoriaux dans la romance et la romantasy, des segments très dynamiques actuellement.
Mais Editis compte un concurrent de taille : Bragelonne. Présidée par Isabelle Magnac, cette filiale d’Hachette Livre (groupe Lagardère), déjà active sur les marchés d’Eilean Books, a déposé une « offre préliminaire et à parfaire ». Elle dit attendre plus d’informations de l’administratrice judiciaire, Catherine Poli, pour préciser sa proposition qui est, pour l’instant, symbolique : 1 euro et 1 poste de travail.
Les deux poids lourds de l’édition sont convaincus d’une chose : si Eilean Books se retrouve en redressement judiciaire, c’est plus à cause d’une crise de croissance que d’une désaffection des lecteurs. Son chiffre d’affaires est passé de 4,4 millions d’euros en 2022 à 11,6 millions d’euros à fin mars 2025 (pour un exercice financier de 15 mois). Ses meilleures références répondent à la demande : le premier tome de L’Ombre d’Adeline a dépassé 117 000 exemplaires vendus nets. Mais l’accélération de sa production s’est accompagnée d’une forte hausse des retours sur les nouveautés, qui, corrélée à une augmentation de sa masse salariale, a pesé sur sa trésorerie. Résultat, si la société était encore bénéficiaire en 2022 et 2023, avec environ 600 000 euros de profit net par exercice, elle a vu ses comptes tomber dans le rouge ensuite, avec une perte de 722 000 euros entre le 1er janvier 2024 et le 31 mars 2025.
Face à Editis et Bragelonne, deux autres acteurs se sont manifestés. D’une part, le Japonais Kadokawa Corp, qui souhaite reprendre la marque de manga Komikku uniquement, pour 90 000 euros. D’autre part, le groupe Overlord, qui, pour l’instant, met sur la table 5 000 euros seulement pour racheter la totalité des actifs, sans aucune dette, et avec seulement 3 salariés.