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Continuer la lectureVinci en piste pour être renouvelé sur l’aéroport de Nantes
Le gouvernement devrait attribuer une nouvelle fois au géant du BTP et des autoroutes la concession du 7e aéroport français. Et ce, alors que le contentieux avec l’État né de l’abandon du projet à Notre-Dame-des-Landes n’est toujours pas soldé.
Vinci poursuit sa conquête de l’Ouest. En février dernier, le géant du CAC entrait en négociations exclusives avec l’État pour la concession sur 35 ans du futur autoroute A154 entre Rouen et Orléans (en attente de la publication d’un décret au Journal officiel). Au début de l’été, il obtenait son ren...
Selon plusieurs sources, le ministère des transports et sa Direction générale de l’aviation civile (DGAC), dirigée par Chems Chkioua, vont désigner cet automne le groupement mené par Vinci comme concessionnaire pressenti, avant qu’un contrat en bonne et due forme ne soit signé d’ici mars 2027. Il s’agit d’un renouvellement car le groupe de BTP est déjà l’actionnaire majoritaire (85 %) du titulaire depuis 2010 de la concession d’exploitation, Aéroports du Grand Ouest (AGO), aux côtés de la CCI de Nantes et Saint-Nazaire (10 %) et d’une filiale de Spie-Batignolles (5 %). Seule cette dernière n’est pas associée au nouveau consortium. Initialement, le choix de l’État était attendu en 2021 mais l’appel d’offres avait été déclaré infructueux en 2023 et relancé. Compte tenu de la lourdeur du réaménagement prévu pour augmenter la capacité de l’aéroport et limiter les nuisances, la nouvelle concession devrait s’étaler sur 40 ans. La candidature de NGE est pour l’instant gardée en réserve au cas où la négociation avec Vinci n’aboutirait pas.
La décision de l’État de réattribuer le marché à Vinci n’avait rien d’évident car le contentieux entre eux sur le projet avorté de création d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’est toujours pas purgé et les sommes réclamées atteignent des sommets. Le groupe demande toujours 1,6 milliard d’euros à la puissance publique en réparation de l’annulation du projet en 2019. Il avait, à l’époque, été choisi pour construire et exploiter cette infrastructure censée répondre à la hausse du trafic à Nantes-Atlantique, proche de la saturation. Le tribunal administratif de Nantes a rejeté les demandes de Vinci en 2024, estimant que « la résiliation de la concession par l’État n’était pas fautive ». Il a toutefois remis à plus tard la détermination d’un manque à gagner (que la société AGO estime à 1,4 milliard d’euros), en attendant qu’un nouveau concessionnaire à Nantes soit désigné. Vinci n’entend toutefois pas lâcher l’affaire : selon nos informations, le groupe a fait appel de la décision. Il est aujourd’hui en attente du jugement.
Un autre litige a été porté devant le tribunal administratif : Vinci conteste parallèlement la modification par la DGAC en 2021 du cahier des charges de la concession qui empêche la société AGO de verser de dividendes à ses actionnaires. En fin de concession, les ressources d’AGO seront reversées à l’État ou, sur sa décision, au nouvel exploitant à Nantes. Mais le tribunal a jugé que la décision « ne bouleversait pas l’économie générale du contrat » et a rejeté la requête. En appel, la cour administrative de Nantes a, de la même façon, rejeté ses arguments fin 2025.
Renouveler Vinci sur la concession de Nantes-Atlantique dans un contexte judiciaire pareil en surprendra certains. « Le ministère des transports a fait la part des choses entre la nouvelle concession et les contentieux devant les tribunaux, observe un proche du dossier. L’État a semble-t-il préféré la sécurité en privilégiant l’exploitant sortant, qui a de très bons résultats avec un trafic revenu en 2025 au niveau record d’avant Covid, Il a dû aussi juger que le projet de réaménagement de l’infrastructure était trop complexe et trop coûteux pour NGE, qui fait figure de nouvel entrant dans un dossier nantais très tendu avec les riverains et qui dispose d’une surface financière moins large que celle de Vinci. »
Le développement rapide du trafic alors que l’aéroport est situé à proximité de zones habitées a provoqué de vives protestations chez les riverains, qui ont obtenu en 2022 l’instauration d’un couvre-feu entre minuit et 6 heures du matin. Un projet de réaménagement a été mis sur pied par l’État pour accompagner le développement futur de Nantes-Atlantique, où 8 millions de passagers sont attendus en 2030, mais aussi pour limiter les nuisances sonores. Il prévoit notamment une modernisation de l’aérogare, la réfection de la piste existante et la création de nouveaux postes de stationnements pour les avions. Le coût de l’ensemble des travaux est estimé à près de 900 millions d’euros par Vinci, affirment plusieurs sources. « Face à un tel montant, l’amortissement des investissements justifie d’allonger à 40 ans la durée de la concession », estime un expert du secteur.
Contactés, le ministère des transports, la DGAC et NGE n’ont pas souhaité commenter. Vinci n’a pas répondu à l’heure de la publication.