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Transports - Auto

Daniel Kretinsky se positionne sur l’activité fret de la SNCF

L’homme d’affaires tchèque est candidat à une prise de participation dans Rail Logistics Europe aux côtés de l’entreprise publique. CMA CGM et un industriel allemand sont aussi sur les rangs.

Daniel Kretinsky
Daniel Kretinsky JOEL SAGET / AFP

C’est un dossier que Jean Castex espère boucler d’ici la fin de l’année. L’ex-premier ministre, aujourd’hui patron de la SNCF, saura bientôt qui est vraiment intéressé par les activités de fret du groupe ferroviaire public. Ce dernier s’est mis en quête - contraint et forcé par Bruxelles - d’un acteu...

Si la SNCF prévoit de garder une courte majorité des parts, la compagnie publique - conseillée par Lazard et Indosuez Advisory - promet un co-contrôle de la gouvernance. Un schéma qui n’a pas l’air de refroidir CMA CGM, positionné, comme La Lettre ou Le Monde l’ont déjà évoqué. L’entreprise pilotée par Rodolphe Saadé a dépêché plusieurs banques sur le sujet, ce qui traduit, à tort ou à raison, une volonté affirmée d’avancer ses pions. Elle a ainsi mobilisé BNP Paribas et la banque d’affaires américaine Perella Weinberg - où l’associé David Azéma - ex-numéro 2 de la SNCF et ancien patron de l’agence des participations de l’Etat - se charge du dossier. Les motivations de l’armateur marseillais - que l’on dit surtout intéressé par Geodis - seraient avant tout politiques, selon plusieurs observateurs. « L’arrivée de CMA-CGM pourrait retirer une épine du pied à la SNCF et à l’exécutif, tout en facilitant la sanctuarisation de la taxe au tonnage qui permet à l’armateur d’éviter de payer l’impôt sur les sociétés », persifle un connaisseur du dossier. D’autres voient mal un Rodolphe Saadé très « hands-on » vouloir partager les pouvoirs avec la SNCF, comme celle-ci le propose aux candidats.

Mais le transporteur n’est pas le seul à s’être manifesté. Selon plusieurs sources, Daniel Kretinsky s’intéresse lui aussi activement au sujet. Et il prévoit bel et bien de remettre une offre. Le très francophile homme d’affaires tchèque ouvrirait donc un nouveau front en France après son OPA sur la Fnac et la renégociation en cours de la dette de Casino, qu’il avait sauvé en 2023. Le serial investisseur n’est pas un novice dans l’univers transport-logistique. En 2025, il a racheté International Delivery Solutions (IDS), la maison mère de la Royal Mail britannique et du livreur néerlandais GLS. Il détient aussi une participation dans Post NL, opérateur postal des Pays-Bas.

D’autres acteurs industriels sont également attendus. Le nom d’une entreprise allemande revient avec insistance, celui de Rhenus. Ce logisticien fort de plus de 8 milliards de chiffre d’affaires est déjà implanté en France, même si sa présence est encore limitée. Son actionnaire, le conglomérat familial Rethmann, est, lui, de plus en plus présent dans l’Hexagone. C’est lui qui a pris le contrôle de Transdev auprès de la Caisse des dépôts et consignations en 2025 : sa participation initiale de 34 %, qu’il s’était adjugée en 2016, est montée à 66 %.

Plusieurs observateurs s’attendaient à voir débarquer sur ce dossier le danois Maersk ou l’italo-suisse MSC. Mais des problématiques de concurrence pourraient compliquer une combinaison avec RLE. La piste des fonds de private equity n’est pas à exclure, même si certains experts en doutent. « Pour des acteurs purement financiers, créer de la valeur dans le fret ferroviaire, qui plus est en France avec une composante sociale non-négligeable, n’est pas quelque chose d’évident, juge un banquier d’affaires. Le fret ferroviaire est très dépendant de l’activité industrielle, qui n’est pas très en forme - sans parler de son poids qui n’a de cesse de se réduire au profit des services dans l’économie française. »

À la SNCF, l’opération est pilotée par le grand argentier du groupe, Laurent Trevisani, et Frédéric Delorme, le PDG de RLE. Ce dernier a réussi à redresser les finances de sa holding : en 2025, l’Ebitda a progressé pour atteindre 260 millions d’euros pour 1,73 milliard de chiffre d’affaires. Mais la situation reste fragile : dans son dernier rapport annuel, la SNCF mentionne que l’amélioration du résultat est due à la hausse de la productivité, mais aussi (et surtout) à la prise en charge par la maison mère des surcotisations d’une partie des salariés (pour 19 millions d’euros) et à l’augmentation des aides perçues pour « wagon isolés » (pour 25 millions).

Les deux dirigeants du groupe public « font bonne figure même si ce dossier est difficile, rapporte un proche de l’opération. Ils se rendent compte qu’il est difficile d’attirer des fonds de private equity. Ils en sont arrivés à la conclusion qu’il serait préférable d’un point de vue social et politique d’avoir affaire avec un industriel de la logistique, intéressé par une entrée sur le marché du fret ferroviaire en prenant place au tour de table du leader du secteur. »

Interrogée, la SNCF indique « n’avoir aucun commentaire à faire sur ce processus de cession très encadré ». Les entourages de CMA CGM, de Daniel Kretinsky et de Rethmann n’ont eux non plus pas voulu s’exprimer.