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Grande conso

Pressée par ses créanciers, Lur Berri planche sur la vente de Labeyrie

Face à des banques menaçant de couper leurs financements, la coopérative basque a promis de céder avant le 31 juillet 2027 le producteur de foie gras et de saumon fumé, qu’il contrôle avec PAI.

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SERGE TENANI / Hans Lucas via AFP

Labeyrie a de grandes chances de devoir couper bientôt les ponts avec ses deux principaux actionnaires. Depuis 2014, le champion français du saumon fumé et du foie gras (900 millions de chiffre d’affaires) évolue sous le contrôle d’un attelage assez improbable formé par la coopérative agricole basque...

Lur Berri, spécialisée dans les semences agricoles, l’élevage et la transformation de viande (notamment de canard et de volaille), s’est lancé dans cette procédure de restructuration de ses crédits parce que ses prêteurs menaçaient de couper leurs financements, le nœud du problème résidant dans le lourd endettement de Labeyrie qui a fini par handicaper la coopérative. « Cette dette LBO a aujourd’hui un impact direct sur Coop Lur Berri au niveau bancaire, des établissements bancaires ayant dénoncé les lignes de découvert bénéficiant à Coop Lur Berri », relève le jugement d’homologation de l’accord de conciliation, qui pointe par ailleurs une « insuffisance de fonds de roulement », « une perte de financements court terme » et « une baisse des comptes courants adhérents ». Les négociations, auxquelles ont pris part le Ciri, la cellule de Bercy en charge des restructurations, et la quasi-totalité des groupes bancaires français concernés par le dossier (voir encadré), ont duré de longs mois.
Mais Lur Berri a finalement réussi à obtenir la clémence de ses prêteurs. En échange, la coopérative va devoir trouver 25 millions d’euros en procédant à des opérations de type « sale & lease back » ou la levée de financement sur stock. Surtout, elle a accepté le principe d’une cession de Labeyrie d’ici à l’été prochain, dont le produit « sera notamment affecté au remboursement des crédits conformément à la clé de répartition entre les parties ». Et si elle n’y arrive pas, Lur Berri a promis de trouver de l’argent ailleurs en cédant d’autres de ses actifs « afin de permettre au groupe de dégager des liquidités nécessaires à la poursuite de son activité en cours d’exécution du protocole. »

Même si les principales échéances financières du spécialiste du foie gras, du saumon et des produits festifs ont vu leur maturité repoussée de 2026 à 2029 lors d’une renégociation bouclée l’an dernier, sa dette reste effectivement élevée. Elle se compose aujourd’hui d’un prêt « term-loan B » (remboursable à l’échéance) de 445 millions d’euros, d’un crédit renouvelable de 65 millions d’euros et d’un peu plus de 200 millions d’euros de ligne subordonnée PIK (aux intérêts capitalisés). Dans une analyse crédit publiée début juillet, Moody’s tablait sur l’atterrissage de son ratio d’endettement à 7,5 fois l’Ebitda à fin juin, date de clôture de l’exercice 2025-2026. L’agence tablait sur une légère hausse par rapport à l’été 2025 (6,5 fois l’Ebitda). Labeyrie est cependant loin des niveaux de mi-2023, où la dette a grimpé jusqu’à presque 13 fois le résultat, toujours selon Moody’s. La société traversait alors une très mauvaise passe : les crises de grippe aviaire et le contexte d’inflation généralisée avaient fait reculer son Ebitda à 40 millions d’euros pour son exercice 2022-2023, pour un chiffre d’affaires d’environ un milliard d’euros.

Labeyrie a depuis mis en place un programme d’optimisation opérationnelle et bouclé quelques cessions d’actifs, notamment la vente du producteur de truites Aqualande fin 2023. Sur l’exercice 2024-2025, le chiffre d’affaires s’est établi à 900 millions d’euros pour un peu plus de 70 millions d’euros d’Ebitda. Si Moody’s tablait sur le même niveau de ventes sur 2025-2026, il prévoyait un Ebitda légèrement en baisse : il s’est élevé à 55 millions sur les neuf premiers mois de l’exercice sachant que la saison des fêtes de Noël, déjà passée, compte habituellement pour 55 à 60 % de la rentabilité. Labeyrie pâtit encore de la volatilité de ses prix d’approvisionnement, en particulier en poisson. « Même si l’entreprise parvient à répercuter la hausse de ses coûts dans ses négociations de prix annuelles avec la distribution, de nouvelles augmentations dans un climat d’inflation encore soutenue devraient se traduire par de nouvelles pressions sur les ventes alors que les consommateurs prennent leur distance avec les offres premium », juge Moody’s.

Contacté par l’Informé, Lur Berri confirme avoir conclu au printemps un accord avec ses partenaires bancaires destiné à sécuriser son financement et à accompagner son développement mais n’a pas souhaité commenter le détail de cet accord, ni les sujets relatifs à Labeyrie.

13 établissements bancaires engagés dans la procédure de conciliation

Pas moins de 13 banques, dont les principales, ont participé à la procédure de conciliation et sont impliquées dans les financements de la coopérative Lur Berri et de ses filiales.
Il s’agit des établissements suivants : Arkéa, Natixis, Crédit Lyonnais, Crédit Coopératif, CIC Sud Ouest, Crédit Mutuel, Banque Palatine, Banque Populaire Aquitaine centre Atlantique, Banque populaire Occitanie, BNP Paribas, Caisse d’épargne et de prévoyance Aquitaine Poitou-Charentes, Caisse régionale de crédit agricole mutuel d’Aquitaine, Caisse régionale de crédit agricole mutuel Pyrénées Gascogne.