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Continuer la lectureBernard Charlès quitte définitivement Dassault Systèmes
Le dirigeant avait abandonné, en février dernier, ses fonctions de président du conseil d’administration. Il menait, depuis, une mission de conseil qu’Éric Trappier, le président du groupe Dassault, a décidé d’interrompre.
Il était redevenu un simple salarié de Dassault Systèmes. Depuis que Bernard Charlès a remis, en février, son mandat de président du conseil d’administration de la filiale du groupe Dassault après 43 ans de maison, il n’avait plus qu’une simple mission de conseil auprès du nouveau PDG de l’entreprise, Pascal Daloz. Âgé de 69 ans, il s’était mis « à la disposition de Dassault Systèmes pour l’aider à accélérer l’adoption des 3D UNIV+RSES », son logiciel de dernière génération entraîné à l’intelligence artificielle, qui crée des jumeaux numériques d’usines et de produits et qui est amené à devenir le nouveau relais de croissance, affirmait un communiqué de la société. Officiellement, Bernard Charlès était devenu chargé de recherche et développement pour Dassault Systèmes, avec le titre de « chief architect », selon le rapport annuel du groupe. Selon nos informations, confirmées par une porte-parole de l’entreprise, Bernard Charlès quittera toute fonction au sein de l’éditeur de logiciels industriels fin septembre et fera valoir ses droits à la retraite.
« C’était une fausse bonne idée du nouveau patron de mettre l’ancien président à ses côtés comme salarié », juge un proche de la famille Dassault qui contrôle l’éditeur de logiciels avec près de 40 % du capital et 53 % des droits de vote. Bernard Charlès faisait office de mentor pour son successeur, Pascal Daloz, qui souhaitait le conserver à ses côtés : entré en 1983 chez Dassault Systèmes, il a porté sans discontinuer le développement technologique et commercial de l’entreprise aux côtés de Charles Edelstenne, dirigeant emblématique du groupe Dassault (Dassault Aviation, Artcurial, le Figaro) qu’il a présidé de 2018 à 2025. Ensemble, ils ont été les architectes du succès du logiciel de modélisation 3D Catia, vendu aux industriels du monde entier. Venu du conseil, Pascal Daloz a, de son côté, rejoint en 2001 les équipes de Dassault Systèmes et a depuis gravi tous les échelons dans le sillon de Bernard Charlès, pour lui succéder comme directeur général en janvier 2024 et prendre, en plus, la présidence il y a quelques mois.
Selon nos informations, la décision d’exfiltrer Bernard Charlès a été prise, en accord avec la famille, par Éric Trappier, le nouveau président du groupe Dassault. Celui qui est aussi le dirigeant de l’autre branche, Dassault Aviation, n’est pas un proche de l’ex-président de Dassault Systèmes lequel avait lancé, en 2025, une candidature concurrente, et malheureuse, pour prendre la suite de Charles Edelstenne à la tête de la holding familiale. Selon le communiqué diffusé à l’époque par le groupe, Bernard Charlès, qui rapportait à Charles Edelstenne, avait obtenu de ne pas être placé sous la responsabilité du grand gagnant de la compétition, Éric Trappier. Il « rapportera directement au conseil de surveillance du groupe », où siègent les héritiers de Serge Dassault.
Une marque d’indépendance par rapport au nouveau patron qui n’a pas protégé Bernard Charlès quand, en début d’année, les perspectives de Dassault Systèmes, bousculé par l’émergence de l’intelligence artificielle, se sont avérées moins bonnes que prévu. La Bourse a sanctionné des prévisions de croissance pour 2026 ramenées entre 1 % et 3 % quand le chiffre d’affaires progressait de 4 % en 2025. Le cours de l’action a chuté de 20 % le 11 février lors de l’annonce des résultats annuels et le président annonçait quelques jours plus tard « se retirer pour raisons personnelles de ses fonctions de président du conseil d’administration et d’administrateur, à effet immédiat. » Selon nos informations, Pascal Daloz rapporte, depuis sa promotion comme PDG, directement à Éric Trappier.
« Bernard Charlès a fait un bon boulot avec Dassault Systèmes qu’il a très bien développé et beaucoup défendu, juge un expert des arcanes du groupe. Mais il s’est révélé, sans nul doute, pas très coopératif avec Éric Trappier, avec qui il s’entendait moins qu’avec Charles Edelstenne. » Il reste en revanche actionnaire de Dassault Systèmes avec 2,81 % du capital, ce qui le place comme troisième actionnaire après la famille Dassault et Charles Edelstenne (6 %). L’ancien dirigeant avait bénéficié de généreuses distributions d’actions en récompense des résultats dégagés et de la hausse du cours de Bourse : il avait reçu pour plus de 40 millions d’euros de titres Dassault Systèmes en 2021, 30 millions en 2022 et jusqu’à 43,8 millions pour l’exercice 2023, ce qui le propulsait comme le patron le mieux payé du CAC 40. Depuis qu’il avait lâché la direction générale au 1er janvier 2024, il percevait une rémunération fixe annuelle de 2 millions d’euros.