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Continuer la lectureLeboncoin : marges plantureuses mais climat social tendu
Alors que le site de petites annonces continue de voir son chiffre d’affaires augmenter, les tensions grandissent en interne depuis son rachat par des fonds.
Un disque vinyle rare des années 70, un service à café, une voiture, un logement, un emploi… Leboncoin est devenu le site où l’on peut tout dénicher ou presque. Une montagne de petites annonces… qui génère de gros profits. Sortie de la Bourse en 2023, la maison mère du portail, Adevinta, également pr...
Dans le détail, Leboncoin et ses filiales françaises ont généré 516 millions d’euros grâce aux frais de mise en avant des annonces et aux commissions sur les ventes, et 98 millions grâce aux différents frais prélevés sur des services de livraison et de facilités de paiement proposés par des tiers. La publicité a quant à elle rapporté 53 millions d’euros.
Et pourtant, malgré ce contexte économique plutôt favorable, les crispations se sont multipliées au sein de l’entreprise en France depuis son changement de propriétaire. En janvier, le Comité social et économique (regroupant les sociétés Leboncoin, Adevinta France et SCM Local) évoquait avec la direction un niveau de risques psychosociaux (RPS), stress et mal être très élevé, nécessitant des actions immédiates de prévention. La mise en application d’une nouvelle charte réduisant le nombre de jours de télétravail (une pratique très utilisée par les salariés) intervenait dans un environnement « déjà fortement dégradé » selon le CSE qui craignait de voir s’aggraver les atteintes à la santé mentale des salariés. L’instance dénonçait aussi, pêle-mêle, le non-remplacement durable de nombreux départs, une intensification de la charge de travail pour les salariés restants, des réorganisations successives, et plus globalement une perte de sens au travail. Pour la première fois de l’histoire de Leboncoin en France, un appel à la grève a été lancé en mars par l’intersyndicale. Autant dire que Kieren Cooney, nouveau CEO en poste dans l’Hexagone depuis la fin juin, arrive dans un climat social tendu. Hasard du calendrier, le 2 juillet, quelques jours après sa prise de fonction, le tribunal judiciaire de Paris annulait - à la demande de la direction - le recours à une expertise pour « risque grave » validé en février lors d’une réunion extraordinaire du CSE. Selon l’analyse des juges, l’existence de ce risque « grave, avéré et actuel » allégué par les représentants du personnel n’était pas justifiée.
Avec le passage de 2 à 3 jours de présentiel pour les équipes au premier juillet, « ce qui redevient la norme dans notre secteur » selon un connaisseur de l’entreprise, le CSE craignait une dégradation des conditions de travail en raison du recours au « flex office » et de l’insuffisance des espaces de travail disponibles au sein du siège parisien. Mais en réponse, la direction met à disposition depuis quelques jours un deuxième site de coworking offrant 158 postes supplémentaires, situé à 10 minutes à pied des locaux. Le bilan des effectifs 2025 épluché par les juges n’a pas non plus traduit la forte baisse évoquée par le CSE, le nombre de CDI étant resté très stable (1 158 en janvier, 1 158 en octobre et même 1 209 salariés en décembre suite à l’intégration de 67 salariés d’une autre filiale). Enfin, si l’instance représentative du personnel craignait une hausse des départs, le taux de turnover est lui aussi resté stable entre 2024 (13,44 %) et 2025 (13,41 %), inférieur au taux national estimé à 15 %, et à celui du secteur de la tech. Contacté, Leboncoin n’a pas souhaité faire de commentaires.
Les vrais chiffres de la filiale espagnole
Le 21 juillet 2025, Adevinta annonçait la cession de sa branche espagnole (propriétaire des sites de petites annonces Milanuncios, Fotocasa, Habitaclia, InfoJobs, coches.net et motos.net) au fonds suédois EQT. Si la presse rapporte, de sources proches du dossier, un montant de 2 milliards d’euros pour la transaction, un rapport interne au groupe que nous avons pu consulter évoque un ebitda d’environ 105 millions d’euros pour la division ibérique et un gain de 1,1 milliard d’euros dans cette opération.