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Grande conso

Carrefour va fermer une plate-forme d’e-commerce alimentaire, 206 postes supprimés

Confié au sous-traitant Stef, le site d’Aulnay-sous-Bois est victime de l’évolution du secteur, où les commandes sont de plus en plus préparées en magasin.

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JEAN-MARC BARRERE / Hans Lucas via AFP

Le 10 avril, 2018, tout sourire, Alexandre Bompard coupait le cordon d’inauguration de la PPC d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Cette « plateforme de préparation de commandes » de 26 000 m2, dont l’exploitation a été confiée au logisticien Stef pour le compte de Carrefour, devait répondre à l’appétit alors grandissant pour l’e-commerce alimentaire. La mission des 300 employés visés en rythme de croisière ? Réceptionner les marchandises, et préparer les commandes de produits alimentaires destinés aux clients des magasins et drive Carrefour de centre-ville de la région. Les ambitions étaient grandes. Grâce à l’automatisation, le site devait passer de 3 500 à 8 000 commandes traitées par jour. Mais les temps changent. Les commandes sont de plus en plus préparées directement en magasin. De quoi rendre l’outil inutile. Selon nos informations, sa fermeture a été actée pour le mois de mai, et 206 postes doivent être supprimés. L’annonce a déjà été faite aux salariés du site en début d’année.

Selon un document interne du groupe Stef, la situation économique du site d’Aulnay-sous-Bois est devenue « durablement insoutenable » compte tenu de son modèle d’exploitation, qui ne fonctionne qu’avec un seul client. Contacté, le logisticien nous a confirmé l’arrêt de son deal avec Carrefour Supply Chain France. « Malgré un travail actif et conjoint avec le donneur d’ordre sur l’identification des mesures permettant d’assurer une continuité de service, il n’a pas été possible de faire évoluer les termes du contrat de manière à garantir sa viabilité à long terme » nous a indiqué Stef.

En conséquence, un plan de sauvegarde de l’emploi est envisagé pour les 206 salariés concernés, mais l’opérateur s’est dit « confiant dans sa capacité à offrir des reclassements internes, en Île-de-France ». Avec 25 000 collaborateurs dans 8 pays européens, pour un chiffre d’affaires de 5,1 milliards d’euros en 2025, Stef est un poids lourd du transport et de logistique dédiés aux produits alimentaires. Il vient paradoxalement de communiquer sur sa volonté de recruter 3 400 personnes en France en 2026, dont la majorité en CDI.

Carrefour compte à ce jour 3 PPC. Les deux premières, détenues en propre à Saint-Quentin-Fallavier en Isère et au Plessis-Pâté en Essonne (cette dernière étant equipée d’un système automatisé Exotec), ne sont pas concernées à date par une fermeture. Avant d’envisager celle d’Aulnay-sous-Bois, différents scénarios ont été étudiés, dont un nouvel appel d’offres auquel Stef avait répondu. Mais Carrefour s’est finalement décidé à internaliser cette activité au sein de ses propres entrepôts et magasins. Interrogé par l’Informé, Emmanuel Grenier, directeur supply chain, e-commerce, data et transformation digitale de Carrefour, explique qu’aujourd’hui « le modèle qui l’emporte dans les zones urbaines très denses est la préparation en magasin. D’abord car cela permet de proposer le large assortiment du magasin. Ensuite, parce que la commande est disponible pour le jour J. Et enfin, car le magasin est un actif déjà amorti. »

Le 18 février, lors de la présentation de son plan stratégique pour Carrefour à horizon 2030, le PDG du distributeur Alexandre Bompard a résumé l’évolution de la doctrine maison en matière d’e-commerce : « nos magasins sont désormais des centres de logistique et de données au cœur de notre stratégie de croissance dans l’e-commerce. (…) Nous accélérons notre croissance avec deux leviers. Nous améliorons la préparation en magasin, la conformité de nos commandes et notre taux de commande J pour J. Nous augmentons la taille des assortiments. Carrefour Drive proposera en France 100 % de l’offre alimentaire du magasin, soit le double du reste du marché ».