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Continuer la lectureLa guerre larvée entre Carrefour et son plus important franchisé Provencia
Le distributeur vient de renouveler son partenariat avec ce réseau très présent en Rhône-Alpes. Une union de façade qui cache de nombreux désaccords.
Ce 4 mai, Carrefour a pu officiellement souffler : le distributeur a annoncé le renouvellement de son contrat de franchise avec l’entreprise Provencia, à compter de juillet 2026. Un accord clé pour le groupe d’Alexandre Bompard : à lui seul, ce partenaire - le plus important en France avec 7 hypermar...
Pas un mot ne laisse imaginer de frictions entre les deux partenaires… Et pourtant ! Depuis deux ans, la tension montait entre les commerçants. S’estimant lésé à bien des égards, Provencia multipliait les reproches à son franchiseur, avec en toile de fond une rentabilité qui s’érode. Le 13 février, lors du conseil de direction du groupement savoyard auquel participaient les deux coactionnaires de l’entreprise à 50 % (les Rosnoblet, la famille fondatrice, et Carrefour), mais aussi une commissaire de justice, un avertissement sur résultats pour l’exercice 2025 a même été inscrit à l’ordre du jour, a appris l’Informé. L’entreprise n’étant pas cotée, cette communication financière n’avait rien d’obligatoire et laisse donc deviner les tractations intenses qui étaient en cours pour renouveler le partenariat.
Il faut dire que les chiffres sont clairs. En 2022, le résultat net de Provencia s’établissait à 24 millions d’euros, son niveau standard, avant d’entamer une décrue régulière pour tomber à 19 millions en 2024, avant de remonter à seulement 21 millions en 2025. De quoi afficher une rentabilité de 2,3 %, un taux dans la fourchette du secteur mais qui s’est dégradé… et ne satisfait visiblement pas le clan Rosnoblet.
Ces deux dernières années, le franchisé a soulevé de nombreux points de crispation, avec des centaines de milliers voire des millions d’euros de taxes, ristournes et aides non remboursées ou avec retard, un manque répété de visibilité sur des indicateurs chiffrés essentiels, des outils d’analyse économique supprimés… Mais surtout, le commerçant s’est à plusieurs reprises ému des tarifs pratiqués par la centrale d’achats de Carrefour : le groupement estimait être pénalisé dans la guerre des prix en raison de ces tarifs trop élevés, qui viennent grignoter ses marges sans permettre pour autant de batailler face à Leclerc, Intermarché et U. En novembre dernier, le conseil de direction ajoutait un nouveau grief à la liste : il s’énervait d’un possible - et important - manque à gagner lié à la non-restitution des marges arrières sur les marchandises achetées pour ses hypermarchés. Carrefour reversait jusqu’ici ces avantages différés (les sommes payées par les fournisseurs en échange de la mise en avant d’un produit par exemple) sans sourciller, mais Provencia a soupçonné son franchiseur de ne pas lui rendre tout son dû. Il a même songé à réclamer officiellement la transmission des fichiers de Carrefour pour vérifier ligne par ligne que le compte y était. Une première, car ces données étaient jusqu’ici mises à disposition sans problème.
Un jeu de dupes pour rénogocier au mieux de ses intérêts ?
Remonté, Provencia a fini par résilier, l’an dernier, différents contrats existants avec Carrefour (contrats de franchise et leurs avenants, contrat d’approvisionnement, etc.) et à partir à la recherche d’autres partenaires de jeu. Son directeur général, Emmanuel Pic avait déjà commencé à sonder le marché il y a un an et demi. En janvier, nos confrères de la Lettre indiquaient que l’entreprise « avait ouvert ses comptes à au moins trois concurrents dans le but de changer d’enseigne », reprochant notamment à Carrefour de lui vendre ses produits trop cher. Ces contacts nous ont été confirmés par un acteur approché, qui n’a pas été plus loin. « Les relations entre les Rosnoblet et Carrefour sont très fraîches depuis plusieurs années. Cela fait un moment que nous n’avons pas vu les représentants de la famille lors des réunions organisées avec les franchisés », confie un participant, pour qui le changement de génération à la tête de Provencia joue également, le patriarche - et cofondateur- Roger Rosnoblet ayant laissé les commandes à ses enfants Stéphane et Christelle.
Mais pour beaucoup, cette ouverture à la concurrence et ces plaintes répétées relevaient du jeu de dupes. « Cela ressemble à de la négociation dure pour obtenir de meilleurs avantages auprès de Carrefour, soufflait un observateur avisé il y a quelques mois. D’autant que Provencia ne peut pas réellement sortir complètement de l’écosystème Carrefour, qui est actionnaire à 50 %. Il faut la majorité pour décider de rompre les amarres. » Ce ne sera, en tout cas, pas pour tout de suite, avec le renouvellement du partenariat. Contactées, les deux entreprises n’ont pas répondu à nos sollicitations.