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Continuer la lectureAlpine F1 : Otro Capital reçoit une dizaine de marques d’intérêt pour reprendre ses parts
Depuis plusieurs mois, le fonds américain cherche à obtenir le maximum des 24 % du capital de l’écurie de Renault qu’il a acquis en 2023. Après avoir échoué à les céder à Mercedes au prix fort, il espère convaincre d’autres acteurs à l’automne.
« C’est la guerre ouverte entre eux, tous les coups sont permis désormais », constate un observateur régulier des relations entre Renault et Otro Capital, actionnaire minoritaire dans l’écurie de Formule 1 Alpine. Depuis mai, et l’échec des négociations entre Mercedes et le fonds, qui souhaite vendre...
La version du différend initial diverge totalement du côté de Renault, où on estime aujourd’hui que « cela ne marchait pas dès le début avec Otro, avant même l’arrivée de Flavio Briatore. » Pour le reste, le groupe au losange tente, avec une certaine maladresse jusqu’à présent, de garder la main en imposant l’acheteur qui lui convient le mieux. Le directeur général du groupe François Provost, qui gère en direct le dossier, martèle depuis le départ que Renault conservera quoi qu’il arrive sa part majoritaire dans Alpine (76 %). « Je veux être sûr, a-t-il ajouté auprès du site The Race, qu’avec le nouvel actionnaire minoritaire nous partagerons une intimité, un but commun et un intérêt commun. »
Le dirigeant français a, en fait, choisi son nouveau partenaire : il s’agit du groupe Mercedes le fournisseur depuis le début de la saison des moteurs des bolides au A fléché. Il y voit deux intérêts : d’une part, sécuriser par un investissement capitalistique le maintien à long terme du constructeur allemand comme partenaire industriel, alors que ce dernier entend fournir son moteur à deux écuries contre trois aujourd’hui (Alpine, McLaren et Williams) ; et d’autre part, s’assurer de son implication maximale dans l’intégration du moteur au châssis pour que son A526, le modèle actuel en Grand Prix, puisse avoir les meilleurs résultats.
Sauf que rien ne s’est passé comme prévu. Fin mai, le constructeur de Stuttgart rompt les négociations avec Otro Capital, jugeant trop onéreux le ticket d’entrée exigé par l’américain pour céder ses parts. Son fondateur, Alec Scheiner, qui vient de lever un record de 1,2 milliard de dollars pour son fonds d’investissement dans le sport, sait qu’il a l’ascendant dans la négociation. Il met en avant un marché de la F1 en plein boom, le rebond d’Alpine au classement des constructeurs et un contrat de sponsoring record signé avec Gucci pour la saison prochaine. Le financier ne craint donc pas d’annoncer un prix de 631 millions d’euros pour ses 24 %, soit une valeur d’entreprise de 2,6 milliards d’euros (3 milliards de dollars). Cela reviendrait à tripler sa mise de 2023. Refus net de Mercedes qui juge, de son côté, que la valorisation de l’écurie française, déficitaire, ne peut pas dépasser beaucoup plus que 2 milliards d’euros.
L’échec des négociations provoque la fureur de Renault, qui se retrouve dans l’incertitude sur son attelage en Formule1. « François Provost est fâché, concède aujourd’hui un cadre au fait du dossier à Boulogne-Billancourt. Otro a été trop gourmand. » Fin juin, lors du Grand Prix de Monaco, Flavio Briatore, le directeur de fait de l’écurie française, qui détient parallèlement les chaînes de restaurants chics Billionaire ou Crazy Pizza, fait part de sa déception à Skysports : « Je sais que beaucoup de gens parlent de ces 24 %, mais le prix est complètement fou pour moi. (…) C’est beaucoup trop élevé. » Ajoutant : « Toto [Wolff, le patron autrichien de Mercedes AMG F1] était très correct, je crois. Je ne pense pas que les gens d’Otro sont corrects ». Un coup de pression pour obtenir une baisse de prix et conserver Mercedes dans le jeu qui est relayée publiquement par François Provost. « Otro n’a aucun droit, ni aucune valeur ajoutée, à nous aider à fonctionner, déclare le directeur général à The Race. Le partenariat avec Otro n’a pas été fructueux. »
Face à tant d’adversité, Otro Capital et ses investisseurs s’abstiennent de répondre publiquement et attendent leur heure : ce sera en septembre prochain, échéance du pacte de trois ans qui voit tomber l’interdiction de céder ses parts sans l’accord express de Renault. Alec Scheiner aurait déjà reçu plus d’une dizaine de propositions d’achat, indiquent plusieurs sources. Elles proviendraient de hedge funds de Wall Street et de milliardaires qui diversifient leurs investissements dans le sport business. L’ancien patron de l’écurie Red Bull, Christian Horner, pourrait aussi revenir dans la course, après une première offre refusée cet hiver par Renault. « Ce sont d’énormes fortunes individuelles, qui n’hésitent pas à dépenser des centaines de millions pour acquérir des franchises de basket ou de baseball, observe un conseiller. Ils sont nombreux car les montants à investir dans Alpine ne leur font pas peur et les opportunités d’entrer en Formule 1 sont rares. Mais ils n’ont pas, pour autant, envie de voir leur investissement leur échapper : ce sont des professionnels beaucoup plus agressifs qu’Otro, des investisseurs qui ont l’habitude d’être minoritaires et de se faire entendre. Ils n’hésiteront pas à envoyer des activistes au board d’Alpine et des armées de comptables éplucher les comptes de l’écurie à Enstone (en Angleterre, ndlr). »
Le fonds new-yorkais, qui prévoit de lancer un processus d’enchères en septembre, est confiant dans sa capacité de récupérer un beau multiple pour son investissement. « Il reste seulement quelques semaines à attendre », sourit une source proche. Mais Renault n’a pas dit son dernier mot et compte exploiter les garanties contenues dans le pacte d’actionnaires signé en 2023. « Même en septembre, Otro ne pourra pas vendre à qui il le souhaite, assure un cadre au fait du dossier. La vente ne se fera que dans un processus qui reste très encadré, où Renault disposera toujours de droits de veto partiel. » Concrètement, le constructeur estime que s’il ne pourra pas refuser tous les candidats proposés par son partenaire, il restera en droit d’en écarter certains, les plus agressifs ou les plus éloignés de ses intérêts. Actionner un tel levier pourrait toutefois déclencher une belle bataille juridique. « Personne ne sait comment cela va se terminer », concède un proche de François Provost.