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Continuer la lectureKyutai, le labo IA à but non lucratif de Niel, Schmidt et Saadé, lance sa structure… commerciale
Lors de sa création en 2023, les trois cofondateurs avaient promis d’investir 300 millions d’euros d’ici 2027. Il est doté d’une trentaine de chercheurs.
L’annonce de cet attelage inédit avait surpris. Il y a près de trois ans, Xavier Niel, fondateur de Free (et actionnaire de l’Informé), Rodolphe Saadé, à la tête de l’armateur CMA CGM, et Eric Schmidt, ancien PDG de Google, annonçaient la création d’un laboratoire de recherche en intelligence artific...
Le principe aura tenu deux ans… Selon nos informations, Kyutai vient d’ouvrir discrètement une structure commerciale cet été, Kyutai Transfer. Son objectif ? Valoriser et exploiter les résultats des technologies, innovations et découvertes du laboratoire, en vendant, notamment, des « prestations de conseil, d’expertise, de formation et d’assistance » selon ses statuts. La société pourra aussi créer ou prendre des participations dans des projets innovants afin de « trouver des applications dans le monde économique, dans le respect de l’engagement en faveur de la démocratisation de l’intelligence artificielle et de la promotion de l’open science. »
Doté d’une trentaine de chercheurs, dont certains passés par Google DeepMind ou Meta, le laboratoire a développé plusieurs modèles comme Moshi, un système conversationnel capable de répondre rapidement à une demande. Il a également élaboré Invincible voice, une IA permettant aux personnes touchées par la maladie de Charcot de communiquer. Sans vocation commerciale, les travaux de Kyutai ont tout de même donné naissance à une jeune pousse l’an dernier, Gradium. Portée par certains chercheurs de l’équipe, la start-up a pu aussi compter sur les mêmes actionnaires (Xavier Niel, Eric Schmidt et Rodolphe Saadé) pour lever 60 millions d’euros.
Grâce à Transfer, le labo compte bien, cette fois, tirer des revenus de ses recherches. Interrogée sur l’évolution de ce modèle, une porte-parole indique que cette filiale fonctionnera « de la même manière que celles de nombreuses autres institutions à but non lucratif tel que l’Institut Curie ou la Linux Foundation : au travers de partenariats, Kyutai valorise son savoir-faire et contribue ainsi à la pérennité de ses activités de recherche. » À ceci près qu’aucun de ces instituts n’a été créé et soutenu par des milliardaires aux poches profondes. « Tous les travaux, y compris ceux faisant l’objet de partenariats, sont et continueront à être publiés en open source / open science », précise-t-elle.
Kyutai emprunte-t-il là le même chemin qu’OpenAI outre-Atlantique ? Le créateur de ChatGPT était logé depuis 2015 au sein d’une association à but non lucratif. Sous la houlette de Sam Altman, l’éditeur de logiciels a ensuite évolué en 2025 en développant en parallèle une entreprise commerciale afin de lever des capitaux auprès, notamment, de Microsoft à l’époque. Des moyens nécessaires pour entraîner des modèles d’IA qui réclament des investissements colossaux dans des puces, les GPU. Cette évolution a suscité des oppositions en interne mais aussi celle d’Elon Musk : le milliardaire, qui avait soutenu financièrement OpenAI à ses débuts, est allé jusqu’à évoquer une trahison, la société s’éloignant de sa mission originelle. Il a même porté l’affaire en justice, sans succès. Interrogée, une salariée de Kyutai l’assure « notre démarche n’est pas comparable avec Transfer. »