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Continuer la lecturePlan social chez Prisma Media : Arnaud Lagardère montre les dents
Alors que la justice vient d’invalider un premier plan de réduction des effectifs, le président du groupe de presse a pris à partie un élu SNJ-CGT.
Arnaud Lagardère a sorti l’artillerie lourde. Le vice-président de Louis Hachette Group, également président de la filiale Prisma Media (Capital, Femme Actuelle, Voici, Geo…) depuis la fin août, s’en est pris à un délégué syndical. L’altercation a eu lieu début novembre lors d’un comité du groupe de Louis Hachette alors qu’il intervenait depuis New York en visioconférence. L’ire du sexagénaire s’est portée sur Emmanuel Vire, délégué syndical SNJ-CGT de l’éditeur. L’élu venait de saisir la justice début octobre pour faire annuler le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) de cet été touchant 54 postes chez Prisma Media. Une méthode peu appréciée par l’héritier de la famille Lagardère qui s’est attaqué à lui publiquement. Selon plusieurs témoins de la scène, il aurait notamment indiqué : « Avec vous, ça commence toujours bien et ça se termine toujours mal. »
La teneur de l’échange a tellement heurté les représentants du personnel présents qu’il a donné lieu à une plainte par mail de la part du secrétaire CFDT du comité de groupe de Louis Hachette (filiale du groupe Vivendi). Dans ce message adressé au PDG, Jean-Christophe Thiery, et dont l’Informé a obtenu copie, il est indiqué : « M. Arnaud Lagardère a personnellement pris à partie, et pendant de longues minutes, un membre de l’instance. Notre collègue s’était simplement exprimé (...) en relayant les inquiétudes de salariés de Prisma. (...) Nous pouvons avoir de profondes divergences sur certains faits ou situations. Cependant, il est nécessaire que nos échanges restent cordiaux et (...) éviter toutes formes de stigmatisation personnelle. » De son côté, le dirigeant a répondu ne pas partager cette vision « sur le dialogue intervenu (...) à l’occasion de la réunion. M. Lagardère (...) s’est contenté de répondre à ses interpellations et ses commentaires ».
La tension risque de ne pas retomber lors de la prochaine réunion prévue fin janvier avec la présentation du plan stratégique de Prisma Media. Car entre-temps, Emmanuel Vire a réussi son coup. Le tribunal administratif de Cergy Pontoise a estimé le 19 décembre dernier que la direction de l’éditeur, à l’époque présidée par Claire Léost, avait manqué « à son obligation d’information » à l’égard du Comité social et économique (CSE). Il a donc invalidé le plan social de l’été dernier.
La raison invoquée par le magistrat porte sur le rachat à CMI France des titres France Dimanche et Ici Paris, annoncé peu après la validation du plan social par le directeur régional et interdépartemental de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Drieets) et un mois après l’avis rendu par le CSE. Or, cette opération d’un montant estimé à 11,8 millions d’euros conduit à l’intégration des 37 salariés des deux magazines, dont les emplois sont en partie similaires aux 54 postes supprimés dans le cadre du PSE. « Cette information sur l’opération en cause était susceptible de modifier l’appréciation portée par le CSE (...) qui n’a pas disposé de toutes les informations nécessaires pour se prononcer en toute connaissance de cause », avance le juge. Et d’ajouter, « cette omission (...) a entaché d’irrégularité la procédure d’information et de consultation ». En revanche, le défaut d’information sur le déménagement des équipes de Capital et de Harvard Business Review de Gennevilliers vers les locaux de la chaîne CNews dans le sud de Paris, décidé peu après le plan, n’a pas été retenu.
Cette invalidation aura peu d’impact puisque tous les départs volontaires ont déjà eu lieu depuis cet été. Sans compter que Prisma Media peut encore faire appel. Emmanuel Vire l’a même déjà annoncé aux salariés réunis lors d’une assemblée générale le 18 décembre dernier. L’objet de la réunion portait surtout sur un nouveau plan social d’une bien plus grande ampleur, de 220 à 240 postes soit un tiers des effectifs, prévu en 2026. « Bon courage pour convaincre la direction de l’emploi d’un second plan social », a-t-il lâché devant l’assemblée réunie avant les vacances de Noël. « Un véritable coup de massue », s’époumone un journaliste.
Cette troisième réorganisation, après une rupture conventionnelle collective en 2024 et le plan social de 2025 annulé par la justice, s’explique, selon la direction, par la situation compliquée du secteur de la presse. Le chiffre d’affaires de Prisma Media sur les neuf premiers mois de l’année 2025 était en recul de 6,6 % à 201 millions d’euros. Et le troisième trimestre a été marqué par un recul de 14,4 %. Toutefois, cette filiale devrait continuer à dégager des bénéfices de l’ordre de 6 millions d’euros sur l’ensemble de l’exercice. « On va toucher de la participation l’année prochaine alors qu’on nous demandera de partir », ironise un salarié.
Contactés, Prisma Media n’a pas souhaité faire de commentaire, tandis que Louis Hachette Group n’a pas répondu à nos sollicitations au moment de la parution de cet article. De son côté, Emmanuel Vire n’a pas souhaité s’exprimer.