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Médias - Culture

Vie privée : BFM TV, Voici, Paris Match et Closer condamnés à payer 26 000 euros à Pierre Palmade

L’humoriste s’opposait à des publications sur son séjour à l’hôpital et sur ses premières sorties après l’accident qu’il avait provoqué.

Photo
ALAIN JOCARD / AFP

L’affaire avait captivé presse et télé des semaines durant. Le 10 février 2023, Pierre Palmade, sous l’emprise de stupéfiants, provoquait un accident de la route entraînant l’hospitalisation de trois personnes et la perte d’un enfant à naître. En 18 jours, le sujet avait alors été mentionné près de 3...

C’est devant le tribunal judiciaire de Paris que l’humoriste a assigné Prisma Media, éditeur de Voici, Reworld, dont dépend Closer, et Lagardère, qui détenait Paris Match avant son rachat par LVMH en octobre 2024. Selon le comédien, les publications portaient atteinte à son droit à la vie privée, parce qu’elles exposaient ses relations avec ses proches et fourmillaient de détails sur son quotidien, son état de santé et ses activités. Des éléments qui n’avaient, selon lui, « aucun rapport avec un éventuel sujet d’actualité ou d’intérêt général relatif à son accident et ses conséquences judiciaires », et qui ne visaient qu’à « satisfaire la curiosité d’un certain public sur l’intimité de [sa] vie privée ». Quant aux photographies qui les accompagnaient, elles ont été publiées « sans son autorisation à la seule fin d’exposer [sa] souffrance et [sa] solitude », et porteraient atteinte à son droit à l’image. Dans trois procédures distinctes, il demandait à chaque magazine 30 000 euros de dommages et intérêts : 15 000 euros pour atteinte à sa vie privée, 15 000 euros pour atteinte à son droit à l’image.

Il a obtenu gain de cause pour les articles sur sa première sortie de l’hôpital le week-end du 6 mai 2023. Closer avait publié un premier papier la veille, spéculant sur les activités auxquelles il pourrait s’adonner : « passer le week-end chez sa sœur » ou « poser ses valises chez sa mère », « dont il s’était éloigné ces dernières années ». Quand le comédien est finalement sorti le lendemain, les trois magazines se sont mis sur le coup. Paris Match a raconté qu’« après une balade en famille, Pierre est rentré au domicile de sa sœur où il a retrouvé sa mère, Réanne, pour dîner ». Un programme « sans surprise » pour Voici, « mais rassurant, qui devrait lui permettre de reprendre pied ». Pour Closer, il avait « presque repris le cours de sa vie ! » Les articles s’accompagnaient de photos du comédien dans les rues de Bordeaux. Près de deux mois plus tard, Paris Match consacrait sa une et un article de six pages à l’acteur, qui « tente de surmonter son impopularité et fait son chemin de croix ». On pouvait y voir Pierre Palmade sortant d’un cinéma ou d’une pharmacie, « où il a acheté des tests de dépistage de drogue à la suite de la publication de la vidéo le montrant dans une discothèque ».

Le tribunal a estimé que ces publications reposaient essentiellement sur le récit détaillé des faits et gestes de l’acteur et ses relations avec ses proches, dans le but de « spéculer sur son état d’esprit et ses perspectives d’avenir » et de « satisfaire la curiosité d’un certain lectorat ». Il est allé dans le même sens pour l’article de Paris Match après la sortie en boîte de nuit de Pierre Palmade.

Les clichés qui accompagnaient ces publications n’avaient quant à eux « aucun lien avec les faits objets de l’actualité judiciaire », et apparaissaient « dégradants et dévalorisants pour l’intéressé, le montrant le visage fermé, dans une tenue négligée et dans un état physique diminué ». Une dévalorisation accentuée, pour Closer et Paris Match, par les légendes qui accompagnaient les photos. Voici soulignait que « les antidépresseurs et les médicaments lui ont fait prendre du poids, mais c’est le cadet de ses soucis » ; Closer, qu’il est « apparu très épaissi, sans doute les effets de son lourd sevrage débuté il y a trois mois ». Prisma, Reworld et Lagardère ont été condamnés à payer à Pierre Palmade, respectivement, 4 000, 7 000 et 4 000 euros de dommages et intérêts pour atteintes à la vie privée et au droit à l’image. Prisma Media, éditreur de Voici, ne fera pas appel de la décision. Reworld ne souhaite pas apporter de commentaire sur l’affaire. Enfin, Paris Match n’a pas répondu à nos sollicitations.

Mais Palmade n’a pas gagné sur toute la ligne : il a été débouté concernant les articles de Paris Match et Voici sur son quotidien au sein de l’hôpital. Le 20 avril 2023, Paris Match avait consacré un papier de six pages, illustré par cinq photographies exclusives, sur ses conditions de maintien contraint au service addictologie de l’hôpital Paul-Brousse, à Villejuif. L’article revenait sur sa dépendance à certaines drogues, décrivait les conséquences de son addiction sur sa vie, et s’interrogeait sur son avenir : « Il espère secrètement revenir dans la lumière, se présentant en homme neuf, débarrassé de ses maux comme de ses vices, pardonné d’une vie d’excès et de catastrophes. Mais ça, c’est uniquement dans ses rêves. »

Le sujet avait été rapidement repris, notamment par BFM TV et Touche pas à mon poste. De quoi donner envie à d’autres rédactions de remettre une pièce dans la machine. Une semaine après l’article de Paris Match et alors que l’acteur venait d’être transféré au CHU de Bordeaux, Voici écrivait sur « sa vie secrète à l’hôpital » et publiait de nouvelles photos du comédien.

« Dans ces procédures, le juge met en balance deux principes très forts en France : le droit au respect de la vie privée et le droit à l’information du public, explique Me Olivier d’Antin, avocat de Voici. Pour que le droit à l’information dépasse le droit au respect de la vie privée, il faut qu’il réponde à des questions d’intérêt général. Ici, on est face à un fait divers tragique qui a suscité une émotion nationale. Et qui, parce qu’il impliquait une personnalité publique, a créé du débat et est devenu un sujet d’investissement informatif qui dépasse la personne de Pierre Palmade. »

C’est ce qu’a conclu le tribunal pour les deux publications. Si elles contiennent bien des informations sur sa vie privée, elles font suite à un événement « qui a suscité de vifs débats, tant sur l’accident en lui-même que sur la prise en charge judiciaire des personnes addictes ». Le fait divers avait même fait réagir le gouvernement de l’époque, qui avait annoncé vouloir doubler le nombre de contrôles de conduite sous l’emprise de stupéfiants, voire envisager la création d’un délit d’« homicide routier ». Pour les juges, il était donc légitime d’informer le public comme l’ont fait Paris match et Voici, « sans excès qui viendrait assouvir une curiosité malsaine », et en nourrissant un débat d’intérêt général sur des sujets de santé et de sécurité publiques, comme de politique pénale.

Contacté via son avocat Me de Margerie, BFM TV n’a pas répondu à nos sollicitations. Les avocats de Pierre Palmade, Mes Brotons et Barsikian, n’ont pas souhaité s’exprimer.

Nouvelle salve lors de la sortie de prison

Pierre Palmade a récemment lancé deux autres procédures, en référé cette fois, contre des images de sa sortie de prison diffusées par Voici et BFM TV, comme l’avait révélé le journaliste Clément Garin sur son site. Condamné le 20 novembre 2024 par le tribunal correctionnel de Melun à cinq ans de prison dont deux ans ferme pour blessures involontaires aggravées, il avait quitté le centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan le 16 avril 2025, pour purger sa peine à domicile sous surveillance électronique. Voici avait alors publié un diaporama de 17 clichés le montrant arrivant devant chez lui. BFM TV avait suivi son arrivée en direct dans l’émission « Apolline de 9 à 10 », alors qu’il venait d’être déposé en voiture par sa sœur, qui « habite exactement en face de sa maison », comme le précisait une interlocutrice de l’animatrice. La caméra balayait les environs et filmait les habitations en face de celle de l’humoriste. Les images avaient ensuite été diffusées dans l’émission « Parlons info », sur le site de BFM TV, son compte X, et ses chaînes YouTube et Dailymotion.
Des images qui, selon l’humoriste, pouvaient révéler au public la localisation de son domicile, et mettre en jeu sa sécurité. Il a d’ailleurs reçu un courrier anonyme qui expose à quel point il a été facile d’identifier son habitation par la suite : « d’abord, trouver ton adresse n’a pa [sic] été d’une grande difficulté, BFM avait donné assez d’éléments, plus leurs voleurs d’images qui faisaient le planton près de chez toi ». Pierre Palmade demandait la suppression des vidéos de BFM TV et de 11 clichés de Voici, ainsi que 15 000 euros de provision pour atteinte à la vie privée pour la chaîne, 10 000 pour le magazine people.
En septembre 2025, il a obtenu gain de cause concernant les images de BFM TV. Le tribunal a jugé que le lieu de vie de l’acteur y était clairement identifiable, avec des plans larges du boulevard, où l’on distingue une rue perpendiculaire portant un nom particulièrement long et des travaux en cours. Sans compter que le nom de sa ville de résidence est mentionné à plusieurs reprises. BFM TV a été condamnée à verser une première provision de 4 000 euros de dommages et intérêts pour atteinte à la vie privée et 1 500 euros de frais de procédure. Le site a eu 8 jours pour supprimer les images concernées. Il s’y est conformé, à l’exception des vidéos sur Dailymotion, toujours accessibles.
En revanche, le comique a été débouté dans le litige l’opposant à Voici : le tribunal judiciaire de Paris a jugé que les images ne permettaient pas de localiser précisément son domicile. Il n’a pas fait appel et n’a pas prévu de porter l’affaire au fond, selon l’avocat de Voici.