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Médias - Culture

Chantal Goya devra bien payer sa dette au Crédit municipal de Bordeaux

La chanteuse et son époux, Jean-Jacques Debout, avaient été condamnés à verser plus de 2 millions d’euros à l’établissement public en 2025. Ils prétendaient ne pas pouvoir payer cette somme, malgré leurs confortables revenus.

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Berzane Nasser / Berzane Nasser/ABACA

Chantal Goya racontait en juin 2024 sur C8 n’avoir que « 600 et quelques euros » de retraite. Sept ans plus tôt, elle faisait déjà part de ses difficultés financières à La Voix du Nord : « Je n’ai rien devant moi, pas de maison. Par contre, j’ai des hangars où sont stockés les beaux costumes, et je d...

Le début de l’affaire remonte à 2018. Cette année-là, Chantal Goya et Jean-Jacques Debout doivent 1,65 million d’euros au fisc. Pour s’acquitter de cette dette, ils souscrivent un prêt à la consommation auprès du Crédit municipal de Bordeaux, un établissement public à vocation solidaire. « J’ai emprunté de l’argent pour payer mes impôts, parce que c’était comme ça dans ma tête, c’était important », expliquera l’interprète de Bécassine quelques années plus tard sur le plateau de Touche pas à mon poste. Les époux obtiennent 2,2 millions d’euros en mettant en gage les droits Sacem du compositeur - pas ceux de la chanteuse. Ils devaient rembourser le prêt cinq ans plus tard. Mais en 2023, lorsque le Crédit municipal leur demande de régler une ardoise de 2,47 millions d’euros - le montant du prêt, auquel s’ajoutent des intérêts non payés et des indemnités contractuelles -, le couple refuse et saisit le tribunal judiciaire.

Chantal Goya et Jean-Jacques Debout affirment alors ne pas avoir été suffisamment informés des risques d’endettement excessif de ce prêt. Ils soutiennent qu’étant donné leurs difficultés financières, la banque n’aurait jamais dû le leur accorder. En plus de demander l’effacement de leur dette, ils réclament 60 000 euros de frais de procédure et 200 000 euros pour violation du secret bancaire et préjudice d’image, suite à des articles de presse « diffamants », « les présentant comme des personnes malhonnêtes, ayant escroqué la banque des pauvres ». En août 2025, le juge des contentieux et de la protection rejette finalement la plupart de leurs demandes, comme l’a révélé Sud Ouest. Il considère que le couple connaissait les risques et les avantages de ce crédit, étant conseillé à la fois par un avocat et un courtier en financement, la Cafpi. Dans sa décision, le tribunal constate que les époux Debout avaient choisi l’emprunt « en toute connaissance de cause, étant pressés de régler leur dette auprès du Trésor public afin d’éviter de subir des majorations ».

Il juge cependant que les torts étaient partagés et reconnaît que le Crédit municipal s’est montré négligent dans l’analyse de leur dossier. L’emprunt du couple Goya-Debout faisait d’ailleurs partie des dérives de la banque communale épinglées lors d’une enquête de la Cour des comptes, qui a conduit à la condamnation du directeur général du Crédit Municipal de Bordeaux et de son adjoint à des amendes de 20 000 et 10 000 euros respectivement. Selon la cour, l’établissement bancaire manquait d’éléments sur la situation patrimoniale et financière du couple : aucun élément sur leurs charges ni leur patrimoine ne figurait au dossier, excepté leur impôt sur le revenu et leur loyer annuel. La Cour des comptes estimait que la nature et la fragilité des revenus du couple, de même que leur « lourd endettement » et leur inscription au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP), aurait dû conduire la banque communale à refuser le prêt. Le tribunal en conclut que le Crédit municipal n’avait pas examiné sérieusement la solvabilité des emprunteurs, et accepte d’effacer une partie des intérêts qu’ils devaient - un peu moins de 75 000 euros. Le 19 août 2025, Chantal Goya et Jean-Jacques Debout sont condamnés à payer les 2,18 millions d’euros restants au Crédit municipal de Bordeaux, ainsi que 15 000 euros de frais de procédure.

40 000 euros par mois

Mais les deux artistes n’ont pas pour autant baissé les armes. À peine le jugement était rendu que le duo a fait appel au fond et a aussi lancé une procédure en référé pour ne rien débourser avant le verdict de la cour. Devant les magistrats, ils ont expliqué être incapables de payer, « du fait de leur endettement et en dépit de revenus apparemment conséquents ». Ils ont fait valoir que leurs revenus étaient insuffisants pour couvrir toutes les charges, « si bien qu’ils sont dans l’incapacité de payer leurs impôts ». Quant à leur maison, s’ils ont remboursé leur prêt immobilier en novembre 2025, elle est aujourd’hui hypothéquée, pour 480 000 euros. Des arguments qui n’ont pas convaincu les juges d’appel, selon nos informations. Ils ont noté que le couple disposait de revenus confortables, biens supérieurs à ceux déclarés dans les médias : 40 000 euros par mois en 2024, auxquels s’ajoute le portefeuille de droits d’auteur de Jean-Jacques Debout, évalué à 3,78 millions d’euros en 2018. La cour a jugé que les époux ne démontraient pas leur incapacité à s’acquitter de leur dû et les a condamnés à payer 3000 euros de frais de procédure supplémentaires au Crédit Municipal de Bordeaux. Contacté via son avocate, Me Sandra Graslin-Latour, l’établissement indique à L’Informé réserver ses prises de parole à l’institution judiciaire. Du côté de Chantal Goya et Jean-Jacques Debout, Me Andrée Fougère n’a quant à elle pas souhaité commenter une affaire relevant, selon elle, du domaine privé.

Des problèmes fiscaux anciens

Chantal Goya et Jean-Jacques Debout n’en sont pas à leurs premiers démêlés avec le fisc. En 2005, l’administration fiscale les avait assignés devant le tribunal de grande instance de Paris pour fraude. Le fisc leur réclamait 311 000 euros pour l’année 2000 : 254 000 euros d’impôts sur le revenu et 57 000 euros de TVA. Eux expliquaient que leur expert-comptable s’était trompé dans leurs déclarations de revenus, et qu’ils pensaient que leur TVA avait été déclarée par Universal, à qui ils avaient cédé des droits d’auteur. En 2007, le tribunal a rejeté leurs arguments. Il a rappelé que les époux connaissaient leurs obligations déclaratives, puisqu’ils avaient déjà fait l’objet de redressements en 1995 et en 1996. Il a ajouté que l’interprète de « Pandi Panda » avait reconnu, dans ses dernières déclarations, n’avoir pas fourni toutes les pièces nécessaires à son comptable et à son expert comptable pour accomplir leur mission : « Il est vrai que j’ai fait preuve d’une grande négligence… Je me rendais bien compte qu’elle déboucherait sur des problèmes avec les services fiscaux. » Jean-Jacques Debout expliquait quant à lui souffrir de problèmes de santé et se désintéresser de la gestion financière du ménage. Le couple a finalement été condamné à 20 000 euros d’amende et 18 mois d’emprisonnement avec sursis pour fraude fiscale. Le jugement, obtenu par l’Informé, mentionne que Jean-Jacques Debout avait déjà été condamné précédemment au pénal. Contacté, leur avocat de l’époque, Me François Ponthieu, n’a pas voulu dire si le couple avait fait appel de la décision.