L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLa compagne du fondateur de L’Harmattan licenciée, l’éditeur condamné
Alessandra Fra estime avoir été renvoyée à cause de sa proximité avec Denis Pryen, le créateur de la maison d’édition en conflit ouvert avec son neveu qui a repris l’entreprise. Elle vient de gagner, en partie, devant les prud’hommes.
C’est une guerre familiale qui secoue le monde littéraire depuis plusiseurs années maintenant. Elle oppose Denis Pryen, fondateur de la célèbre maison d’édition l’Harmattan en 1975, et son neveu Xavier, repreneur de l’affaire à la maladie de son oncle : nommé en 2010 président de la holding propriéta...
C’est dans ce contexte qu’un autre contentieux familial a éclos selon nos informations, devant le conseil des prud’hommes cette fois. Renvoyée de L’Harmattan en 2023, après 13 ans de maison, la compagne de Denis Pryen, Alessandra Fra, estime avoir injustement fait les frais de cette opposition entre son conjoint et son employeur et a donc contesté son licenciement. Auprès de l’Informé, elle dénonce « un ciblage du fait de (sa) proximité avec le fondateur de l’Harmattan » et une « expérience de déstabilisation et d’acharnement ». « Tous mes proches ont été poussés vers la sortie, renchérit Denis Pryen. Alessandra Fra a été la seule personne licenciée du fait qu’elle n’est pas partie d’elle-même malgré les pressions subies. » En justice, la quadragénaire réclamait environ 268 000 euros d’indemnité. Le conseil vient de reconnaître un licenciement sans cause réelle et sérieuse… Sans pour autant répondre à toutes ses demandes.
Alessandra Fra n’est pas une inconnue. Ecrivaine, elle a publié six romans, dont l’un a reçu le prix Contrepoint de littérature (Un Suicide, L’Harmattan, 2007) et un autre traitait d’un sujet brûlant : PPDA et moi (Capucine, 2023), un livre dans lequel l’autrice raconte ses « recontres muvementées » avec le journaliste accusé d’agression et de viol par plusiuers femmes (des violences qu’il conteste). Engagée à L’Harmattan le 1er juin 2010 comme responsable du développement numérique, elle en a été licenciée pour faute le 6 octobre 2023. C’est « un règlement de compte qui élimine l’une des dernières proches de Denis Pryen, après la démission de son fils Guillaume, en octobre 2022 », a plaidé Harold Lafond, son avocat devant les prud’hommes. Selon lui, la jeune femme, qui a su développer le pôle numérique « de 200 000 euros de chiffre d’affaires à son arrivée à près d’un million d’euros » à sa sortie, a fait l’objet d’une mise à l’écart forcée et d’un harcèlement.
Il a rappelé qu’elle avait remis en cause son « rattachement » à une nouvelle responsable commerciale recrutée en 2022 et indiqué avoir subi un entretien annuel « à charge » par cette dernière. « Elle se plaint de sa situation et reçoit en retour un avertissement », a souligné Me Lafond, avant de retracer les 6 mois qui ont précédé son licenciement : le 25 juillet 2023, Alessandra Fra reçoit un organigramme où elle constate une rétrogradation, elle n’est ensuite pas invitée à un déjeuner avec l’un de ses clients historiques, ni aux réunions du comité stratégique, sa demande de congés prend du temps à être validée et elle est retirée de la photo collective envoyée aux auteurs. Le point d’orgue est atteint le 19 septembre 2023 : placée en arrêt de travail quelques jours plus tôt, elle est convoquée à un entretien préalable puis licenciée. De quoi, selon Me Lafond, réclamer 134 159 euros au titre de la nullité du licenciement, 22 359 euros au motif de la violation de la liberté d’expression « pour avoir contesté sa rétrogradation » et 22 359 euros pour harcèlement moral.
« C’est une réalité alternative », a contre-attaqué Guillaume Roland, l’avocat des éditions l’Harmattan. Alessandra Fra « nous dit qu’elle serait la victime collatérale d’un conflit qui la dépasse, ce qui est faux », a-t-il affirmé. Pour lui, l’arrivée de la nouvelle directrice commerciale « entre Xavier Pryen et elle » n’est pas une rétrogradation. « Ce n’est pas la seule à être concernée par un échelon intermédiaire. Ses fonctions ne sont pas modifiées, il n’y a pas de déclassification. Au contraire, en avril 2023 elle est promue cadre. » Me Roland a également insisté sur « l’opposition systématique au fonctionnement de l’entreprise » d’Alessandra Fra. Une « insolence » qui, selon lui justifie le licenciement pour faute.
Résultat ? Les prud’hommes n’ont finalement pas retenu le licenciement nul mais ont conclu à un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Les éditions L’Harmattan devront payer 20 000 euros à leur ancienne salariée ainsi que 1 500 euros d’article 700 (frais d’avocat). « Je suis très surprise par la décision rendue qui ne reflète en rien la gravité de mon licenciement ni les éléments versés au débat, déplore l’autrice. Je vais bien entendu interjeter appel de cette décision pour obtenir justice. » « J’ai eu la faiblesse de ne pas intervenir quand Alessandra Fra a été licenciée, je le regrette, confie pour sa part Denis Pryen. J’aurais dû manifester à Xavier Pryen mon désaccord avec cette décision, contraire à l’intérêt social de l’entreprise et visant à me cibler, lui rappeler (...) qu’Alessandra Fra avait fait un travail remarquable en développant le numérique à partir de zéro. »
L’avocat de L’Harmattan n’a pas répondu à L’Informé.