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Continuer la lectureLes Gouttes de Dieu (Apple TV +), une série au goût amer pour sa créatrice
Sophie Wittmer se bat depuis plus de quatre ans pour faire reconnaître son rôle dans l’adaptation du manga sur le vin, au succès mondial.
C’est une histoire d’héritage, de testament étrange et de grands crus. Mais après plusieurs années de bataille dans les prétoires, elle a laissé un goût de vinaigre à la productrice Sophie Wittmer. Depuis plus de quatre ans, cette ancienne journaliste tente de faire reconnaître devant la justice sa contribution à la série télé à succès, Les Gouttes de Dieu, diffusée dans de nombreux pays sur la plateforme Apple TV + et plus récemment sur France 2. Mais le jugement obtenu devant la cour d’appel de Paris, et repéré par Livres Hebdo, n’est qu’une victoire à la Pyrrhus.
Tout commence en 2016. Fan du célèbre manga japonais en 44 tomes et écoulé à plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde, Sophie Wittmer veut le porter à l’écran. « Lors d’un déjeuner avec Jean-Jacques Annaud, je lui parle de ce formidable manga sur le vin et la culture française pour lequel j’envisage une adaptation télé sous forme de série, se souvient-elle. Il me rappelle une heure plus tard et me propose de le faire ensemble. »
En plus du réalisateur du Nom de la rose, la productrice embarque avec elle plusieurs producteurs de renom : l’ancien dirigeant de TF1 et de Canal + Xavier Couture, Daniel Leconte (Film en stock) et Jean-Luc Berlot (Ad Line). Mais lorsque le premier devient directeur des programmes de France Télévisions fin 2016 et quitte le projet - il jure, depuis, ne plus s’être mêlé de cette affaire - un protocole d’accord est signé entre les partenaires restants. Ce document précise que Sophie Wittmer touchera 3 % des parts de coproduction, et aura un statut de productrice exécutive. Alors que Jean-Jacques Annaud a aussi quitté le navire, Jean-Luc Berlot acquiert les droits d’adaptation avec sa société Ad Line auprès de la maison d’édition japonaise Kodansha. Fin 2017, il fait monter Klaus Zimmermann à bord, et signe avec lui un accord de codéveloppement. Ce dernier signe à son tour une convention de développement avec France Télévisions et lance l’écriture d’un pilote. Mais, en 2019, le groupe audiovisuel public se retire, et Jean-Luc Berlot met fin à sa collaboration avec Sophie Wittmer. L’adaptation du manga sur le vin tombe à l’eau. Tout du moins temporairement.
« On arrête le projet puis, peu de temps après, j’apprends par un ami qu’un casting a débuté pour trouver les rôles d’une série sur Les Gouttes de Dieu et c’est là que j’ai compris que le projet n’avait pas été abandonné, mais se faisait sans moi avec le retour de France Télévisions, explique-t-elle. Je leur ai donc demandé de trouver une solution puis j’ai assigné la société de Jean-Luc Berlot en justice ». Entre-temps, France Télévisions s’est en effet ravisé et revient dans le jeu fin 2020. Dans la foulée, Klaus Zimmermann (avec sa société Dynamic) et Jean-Luc Berlot signent un nouveau contrat de coproduction. « Zimmermann a tout repris à zéro en s’arrimant avec le groupe américain Legendary et la plateforme Hulu au Japon [détenue par Disney, ndlr] », explique Manuel Alduy, directeur du cinéma et des fictions numériques et internationales de France Télévisions. Autant d’informations dont n’avait pas connaissance Sophie Wittmer, bien décidée à obtenir réparation.
Un premier jugement est rendu fin septembre 2023 par le tribunal de commerce de Paris. Les magistrats reconnaissent qu’elle est bien l’initiatrice du projet et doit toucher 3 % des parts de coproduction comme prévu dans l’accord. Mais ils estiment aussi que Klaus Zimmermann, arrivé plus tard, ne lui doit rien. Déçue de cette décision, Sophie Wittmer saisit alors la cour d’appel et étend même sa demande d’indemnités à la saison 2 des Gouttes de Dieu, en cours de tournage. Elle réclame aussi que son nom apparaisse au générique. Encore une fois, elle est toujours reconnue comme étant à l’origine de cette adaptation mais toutes ses autres demandes sont balayées par les juges d’appel. Certes, Sophie Wittmer a partiellement gagné, mais elle a finalement touché très peu d’argent. « À ce jour, la société de Jean-Luc Berlot m’a versé un total de 4 500 euros sur les 3 % des recettes nettes cumulées. Mais comme je n’ai pas eu accès aux comptes, je ne connais pas la réalité des chiffres. Cette affaire me pèse et il ne me reste plus qu’à tenter d’avoir la transparence des comptes. »
Pour sa part, Jean-Luc Berlot nous assure vouloir tourner la page. « Je ne conteste pas qu’elle ait participé à un moment à ce projet mais il s’est arrêté et a repris sous une autre forme et sans elle. D’ailleurs, le juge l’a bien compris puisqu’elle vient d’être déboutée d’une grande partie de ses demandes. Pour moi, il s’agit d’une non-affaire ». Et d’ajouter : « Au bout de cinq ans, j’ai envie de passer à autre chose ». L’affaire est d’autant plus amère pour Sophie Wittmer que la série est un carton. Elle a été sacrée l’an passé « meilleure série dramatique » aux prestigieux International Emmy Awards et Apple a acheté une suite. Bien décidée à ne pas mettre de l’eau dans son vin, Sophie Wittmer réfléchit à se pourvoir en cassation. Même si rien n’est encore tranché.