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Continuer la lectureCharlie Hebdo : onze ans après, la veuve d’une victime dénonce toujours la répartition des fonds
La veuve de Michel Renaud assassiné le 7 janvier 2015, accuse depuis des années l’hebdomadaire d’avoir lésé les familles des victimes. Elle vient d’être une nouvelle fois déboutée par la justice.
Il y a désormais plus de 11 ans, une onde de choc s’abattait sur la France. Douze personnes étaient assassinées par des terroristes dans un attentat visant Charlie Hebdo. Parmi elles, huit membres du journal, deux policiers ainsi qu’un technicien de maintenance, mais aussi un journaliste globe-trotteur, Michel Renaud. Le cofondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage n’était pas salarié de l’hebdomadaire, mais il avait été invité par Cabu à assister à la conférence de rédaction.
Les événements ont été suivis d’une immense vague de solidarité dans le pays, et le journal satirique, en extrême difficulté financière avant l’attentat, s’est finalement retrouvé à gérer plusieurs millions d’euros inattendus. Le fameux « numéro des survivants » sorti une semaine après les évènements s’est vendu à plus de huit millions d’exemplaires, rapportant au journal entre 10 et 12 millions d’euros, et 4,3 millions d’euros de dons ont également été récoltés par l’hebdomadaire. Cette dernière somme a par la suite été répartie parmi les familles des victimes.
Gala Renaud et sa fille ont à ce titre reçu près de 142 000 euros. Dans un courrier, la veuve du voyageur a alors demandé des éclaircissements sur les montants perçus par le journal après le 7 janvier 2015 et leur utilisation. Car oui, à l’écouter, le titre n’a pas respecté ses engagements : la veuve soutient mordicus que Charlie s’était au départ engagé à reverser aux familles des victimes non pas le montant issu des dons, mais celui issu des ventes du numéro des survivants. Selon elle, une fois que la direction a vu que le numéro rapportait bien plus que les dons, elle aurait changé d’avis. De fait, comme l’avait repéré Arrêt sur images, Zineb el Rhazoui, membre de la rédaction, avait déclaré le 14 janvier 2015 sur le plateau du Grand Journal que « les bénéfices du numéro seront versés aux familles des victimes ». La journaliste a par la suite exprimé publiquement son mécontentement concernant la répartition de l’argent perçu par Charlie Hebdo après l’attentat. Un article du Monde de l’époque précise aussi que « les recettes de ce prochain numéro seront entièrement reversées aux familles des victimes ». « Ils ont fait volte-face, et après ils veulent que les familles se taisent et soient d’accord avec cette réalité, dénonce auprès de l’Informé Gala Renaud. Mais les familles ne peuvent pas accepter, car elles sont meurtries, détruites. »
La veuve de Michel Renaud s’est lancée dans un long combat judiciaire. En 2016, elle poursuit d’abord l’hebdomadaire, à son nom et en celui de sa fille, pour abus de confiance aggravé ainsi que l’association Les amis de Charlie Hebdo pour complicité de ce délit, sans succès : la cour de cassation rejette définitivement ses demandes le 12 janvier 2022. La même année, elle décide de demander aux Éditions rotatives, société éditrice de Charlie Hebdo, une expertise pour chiffrer les gains liés à la vente du numéro hommage. Selon elle, comme « l’intégralité des recettes devait être reversée aux familles des victimes » et que la société n’a pas respecté cette promesse, sa « responsabilité délictuelle » est engagée.
Ici encore, sa demande est rejetée par le tribunal judiciaire, car considérée comme prescrite. Malgré une demande en appel, la veuve et sa fille se sont encore vues opposer un refus le 9 janvier dernier. La cour d’appel de Paris a à son tour estimé que leur demande était prescrite, et a condamné Gala Renaud et sa fille à verser 4 000 aux Éditions Rotative pour couvrir leurs frais de justice. « Parce que c’est Charlie, nous avons l’impression d’avoir été maltraités judiciairement, a réagi auprès de l’Informé leur avocat Jean-Hubert Portejoie. Tout le monde se renvoie la balle pour ne pas avoir à juger ce dossier, mais le droit est le même pour tout le monde. » Contacté, le conseil de l’hebdomadaire nous a indiqué que la société n’avait « pas de commentaire à faire à la suite de l’arrêt de la cour d’appel qui est très clair ».
Selon nos informations, si un pourvoi en cassation n’est pas encore certain, la femme de Michel Renaud n’entend pas arrêter son combat de sitôt. « Je ne me bats pas pour l’argent, insiste-t-elle. Le capital actuel de Charlie Hebdo a été fait sur notre dos, sur notre malheur et notre souffrance. C’est immoral et inacceptable. Je veux qu’ils reconnaissent les faits, demandent pardon aux familles… qu’ils soient justes. »