Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Albin Michel : le plan social pour redresser Humensis crée de vives tensions

Repris en début d’année, l’éditeur derrière les maisons Puf, Belin ou encore Que sais-je ? est en train de finaliser un plan social. Le comité social et économique doit rendre un avis le 24 juillet prochain, 20 % des emplois sont menacés.

Photo
LIONEL BONAVENTURE / AFP

L’été est chaud chez Humensis et ses 11 maisons d’édition (Presses universitaires de France, Belin, Que sais-je ?, l’Observatoire…). Très chaud même. Racheté en janvier dernier par Albin Michel au réassureur Scor, le groupe est en train de boucler un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Le comité so...

La potion est amère. Car, selon les syndicats, ce PSE prévoit la suppression de 31 postes sur 154 CDI, soit un cinquième des effectifs. Des mobilités internes devraient être proposées à une partie des salariés concernés afin de réduire les départs contraints. À cela s’ajoutent 25 à 28 autres postes proposés au reclassement individuel dans quatre filiales nouvellement créées par l’éditeur contrôlé par la famille Esménard. Une réorganisation d’ampleur est prévue.

Au niveau structurel, la marque Humensis va disparaître comme l’avait évoqué la Lettre dès la mi-mai. Et les différentes maisons d’édition vont être éparpillées dans trois pôles. Les Éditions de l’Observatoire, les Équateurs et Passés composés rejoindront le pôle Littérature générale sous la direction de Muriel Beyer. Une maison Puf placée sous la responsabilité de Blandine Genthon va être créée. Gilles Haéri, président d’Albin Michel, chapeautera en personne ces deux entités. Et Belin, intégré au pôle Éducation piloté par Véronique Graal, sera dirigé par Yves Manhès.

Ensuite, la toute nouvelle structure HP Services regroupera les fonctions techniques, comptabilité et informatique tandis que l’équipe diffusion rejoindra Dilisco pour renforcer la force commerciale d’Albin Michel. Cette réorganisation devrait permettre de fortement réduire les pertes d’Humensis jusqu’ici de 5 millions d’euros par an. Mais elle ne sera pas suffisante pour retrouver le chemin de la rentabilité. D’où une nouvelle stratégie éditoriale. « Le pari est de relancer ces maisons en diminuant de 20 % le nombre de livres publiés chaque année », indique une source au fait des négociations.

Pour les élus, toutefois, le compte n’y est pas. Dans un tract interne titré « Pour qui sonne le glas », l’intersyndicale (CFDT et CGT) reconnaît que la décision de la direction était « inéluctable ». Mais, pour autant, les conditions de départ lui semblent insuffisantes au regard du contexte tendu du secteur de l’édition. Selon les données de NielsenIQ et GfK Market Intelligence, le marché du livre qui pesait 4,4 milliards d’euros l’an passé est en recul de 1 %. Les personnes licenciées risquent d’avoir des difficultés à retrouver un emploi. Les syndicats réclament notamment une somme minimum de 10 000 euros pour les personnes touchées par le plan, en plus des indemnités légales.

Ils craignent aussi d’autres licenciements concernant les salariés refusant un transfert de poste et qui viendraient grossir les rangs de la trentaine de départs contraints. La direction, elle, ne veut pas croire à un tel scénario. Elle a entendu une partie des revendications des élus mercredi soir et a proposé quelques avancées. Les personnes transférées bénéficieront d’une période probatoire de deux mois avant de décider de rester ou pas dans leur nouvelle affectation. Et tous les partants toucheront au minimum 10 000 euros mais en incluant les indemnités légales et extralégales (soit 4 mois de salaire pour certains). Cette dernière proposition n’a pas satisfait les élus qui ont évoqué la possibilité d’un mouvement social. Car le temps presse avant l’avis, purement consultatif, rendu par le CSE le 24 juillet prochain.

Les négociations sont menées au pas de charge avec la directrice des ressources humaines, Olivia Le Prévost, et le secrétaire général d’Humensis, Nicolas Bréon, tous deux touchés par le PSE. Leur objectif est de boucler la restructuration d’ici à la fin de l’année afin de repartir sur de nouvelles bases dès 2026. Près de trois fois plus gros qu’Humensis, avec un chiffre d’affaires de 92,7 millions d’euros en 2023, Albin Michel affiche au demeurant une bonne santé financière et veut digérer rapidement cette acquisition. Et tirer un trait sur l’ère Denis Kessler. Le président du réassureur Scor avait développé Humensis en mettant tout d’abord la main sur les Presses universitaires de France (Puf) en 2014. Depuis le décès en 2023 de cet emblématique dirigeant, Scor cherchait à se défaire de sa branche édition. Il s’en était désintéressé rapidement et l’a même cédé à Albin Michel pour un prix de vente négatif, après avoir renoncé à 14,7 millions d’euros apportés en compte courant, comme nous l’avions révélé en mai dernier. Comme nombre de ses concurrents, l’éditeur a été touché par la hausse du prix du papier et de l’énergie mais également par une politique de surpublication selon certains observateurs. Et son pôle éducation (Belin, Boscher, Boussole…), traditionnelle machine à cash, n’avait pas pu profiter de la réforme importante des programmes de l’éducation nationale qui lui auraient permis d’éditer de nouveaux manuels scolaires.