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Continuer la lectureDéparts, objectifs révisés… la mauvaise passe de Mantra Investment Partners
Offre professionnelleCréée il y a bientôt 20 ans par le fondateur de Triago, la société de gestion a été contrainte de revoir son organigramme et a réduit les objectifs de levée de deux de ses fonds.
Les temps sont durs pour l’industrie du non coté. Confrontés à un environnement de levée morose, les pros du private equity ne prennent quasiment plus le risque de créer de nouvelles sociétés de gestion, tandis que des acteurs lancés il y a près de 20 ans vivent une période de turbulences inédite depuis 2008. Mantra Investment Partners fait partie de ceux-là. La structure spécialisée dans le private equity de « niche », créée en 2007 par Antoine Dréan, le fondateur de l’agent de placement Triago (revendu à Houlihan Lokey il y a deux ans), a essuyé deux départs importants l’année dernière, qui s’ajoutent à celui de l’associé responsable des investissements secondaires Fabrice Moyne en 2022. Comme révélé dans nos colonnes en janvier, ses successeurs, Olivier Gervais‑Blondel et Jérémy Desdouets, ont rejoint Momentum Invest.
Si un désaccord stratégique est évoqué, Mantra a aussi dû composer avec des difficultés à lever. Pour ses véhicules Mantra Primary Opportunities III (MPO III) et Mantra Secondary Opportunities IV (MSO IV), le gérant espérait initialement réaliser des premiers closings au cours du 1er trimestre 2024, avec des objectifs finaux respectivement fixés à 250 millions de dollars et à 250 millions d’euros. En juin 2024, Antoine Dréan avait accordé une interview à Mergermarket, évoquant être « très proche » du cap du premier closing pour ces deux véhicules. Las, cette étape n’a finalement été franchie qu’en décembre 2025 selon le patron - lequel n’a pas souhaité nous répondre sur les montants levés. A l’occasion de son Investor day d’octobre dernier, la société de gestion a toutefois apporté des éléments de réponse.
Dorénavant, un fonds « ombrelle » baptisé Mantra Special Investments (MSI) chapeaute les deux véhicules d’investissement : MPO III a été rebaptisé MSI-P et a un nouvel objectif final à 100 millions de dollars, tandis que MSO IV se voit transformer en MSI-S et vise désormais 150 millions d’euros. Soit un total de 250 millions, deux fois moins important que le projet initial. Pour compenser, un mécanisme d’overflow est mis en place. Concrètement, si une opportunité d’investissement se présente et qu’elle s’avère trop grosse pour l’un de ces véhicules (qui n’est pas censé injecter plus de 10 % de ses capacités dans un deal), l’excédent est mis via un Special purpose vehicule (SPV) géré par Mantra. De quoi permettre aux investisseurs d’augmenter leur exposition sur un deal qu’ils apprécient, sans surcoût. « Cela correspond à la demande actuelle des LPs, pas seulement les nôtres, pour les investissements au cas par cas, explique Antoine Dréan. Le véhicule central du dispositif est [Ndlr, depuis l’été dernier] notre fonds « Mantra Special Investments » qui a déjà fait deux investissements et est proche d’en faire deux voire trois autres.«
« Avant ça, nous avions une équipe à Paris qui faisait surtout du secondaire avec MSO, et une équipe aux Etats-Unis qui faisait surtout du primaire avec MPO, détaille le gérant. Or notre équipe secondaire se devait d’aller sourcer davantage aux Etats-Unis. Cette fusion des stratégies et des équipes répond donc à cette logique. » Toutefois, si « la stratégie MSO affiche des résultats souvent bien classés par rapport à ses pairs » selon une source, des proches de la société de gestion pointent du doigt des performances en demi-teinte des fonds MPO, et plus particulièrement du premier millésime. Une réalité minimisée par Mantra, au point de s’accorder quelques largesses en matière de communication financière. MPO I, qui compte parmi ses principaux investisseurs le fonds de pension de l’Église de Rhénanie-Westphalie KZVK, a réalisé ses deux premiers deals en août et octobre 2018 (chez Westhook Capital Partners et Digital Alpha Value). A ce titre, Mantra avait prévu de consacrer 2 millions d’euros dans chacune de ces opérations. A fin 2018, il avait ainsi commencé à abonder ces deux fonds américains respectivement à hauteur de 187 000 et 513 000 euros, soit 10,3 % du total provisoire de MPO I (il n’avait alors pas encore réalisé son closing final à 41 millions de dollars). Un fonds millésimé 2018 comme présenté dans les documents annuels transmis aux investisseurs jusqu’en 2022. Mais l’année suivante, le gérant a changé son fusil d’épaule en décidant de le présenter comme un millésime 2019. Un tour de passe-passe qui lui permet d’afficher une position bien plus flatteuse dans le classement Cambridge Associates, le benchmark de référence de l’industrie.
Avec dix opérations au compteur, MPO I affichait au 30 septembre 2025 un DPI (distributions rapportées au capital investi) de 0,26x en dollar - la monnaie de référence du fonds. Largement suffisant pour apparaître dans le premier quart des fonds millésimés 2019 les plus performants. Et Mantra le fait savoir dans ses rapports. Mais pour les véhicules créés en 2018, comme MPO I, ça ne serait pas passé : le multiple minimal à atteindre pour figurer en haut du panier est de 0,32, selon le barème établi au troisième trimestre 2025 par la firme américaine. Le même son de cloche émane de l’observation du TVPI (la valeur totale rapportée au capital investi) au 30 septembre. Le fonds affiche un multiple de 1,32 en dollar et figure ainsi dans le troisième quartile du benchmark pour les millésimes 2019… mais dans les 25 % les moins performants (sous les 1,39x) pour les véhicules nés en 2018. A cet égard, Mantra fait savoir que seul 2 % du fonds a été mis au travail en 2018 et qu’il est donc légitime d’avoir modifier la date du millésime à 2019. Le calcul des 2 % correspondant aux sommes réellement décaissées en 2018 sur la somme totale finalement amassée par MPO I. Cambridge Associates qualifie pourtant sans ambiguité sa méthodologie : « L’année de millésime est définie comme la date du premier flux de trésorerie du fonds, c’est-à-dire la date de la première contribution d’un investisseur (LP). Toute activité d’investissement réalisée avant cette première contribution d’un LP n’est pas prise en compte. »
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