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Continuer la lectureL’opérateur funéraire OGF inquiet de la prochaine parution du livre Les Charognards
Dans une note interne adressée à ses salariés, la direction du numéro un français des obsèques donne des consignes strictes sur le traitement à réserver aux questions embarrassantes.
Coup de froid dans les services funéraires. Un livre à paraître le 17 octobre prochain, Les Charognards (Éditions Le Seuil), suscite des frayeurs chez le leader du secteur, OGF, qui a adressé une note interne titrée « IMPORTANT » à ses salariés le 3 octobre. Cette missive, que nous nous sommes procur...
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Il précise avoir pu consulter un résumé et « quelques passages de ce livre » jugés « profondément injustes et heurtants ». Et d’ajouter « il constitue une atteinte à l’intégrité avec laquelle vous accomplissez votre mission chaque jour ». Afin d’éteindre d’éventuelles polémiques, Alain Cottet demande aux employés de diriger de futures demandes de journalistes vers le service de presse. Et de, si besoin, rassurer les familles « quant au sérieux et à l’implication » des équipes. Contacté, OGF souligne avoir pris connaissance d’une partie du manuscrit en ligne. « C’est sur cette base que nous avons informé nos collaborateurs, en leur rappelant notre confiance dans la qualité du travail qu’ils accomplissent chaque jour auprès des familles endeuillées. »
Sans doute le président garde-t-il en mémoire la déflagration engendrée par un autre livre. Les Fossoyeurs (Éditions Fayard) de Victor Castanet dénonçait les maltraitances dans les Ehpad davantage obsédés par la rentabilité que par les soins prodigués aux résidents. Son retentissement fut tel que le patron d’Orpea avait dû quitter ses fonctions. Car Les Charognards, sous titré « Pompes funèbres, Enquête sur le business de la mort », détaille, lui aussi, avec minutie les pratiques commerciales et parfois les manquements des sociétés privées. Un passage est particulièrement édifiant. Fin décembre 2020, un responsable régional d’OGF a adressé à ses équipes un message intitulé « LE MILLION » dans lequel il les félicite d’avoir dépassé les objectifs financiers fixés pour l’année. En pleine crise Covid, l’activité avait de fait été portée par la hausse des décès. « Cette performance, c’est la vôtre, concluait-il dans ce message. La mortalité est un facteur que vous avez su exploiter pour tirer profit et dépasser nos objectifs. » Glaçant…
Les Charognards visent les deux principaux acteurs du secteur, soutenus par des fonds d’investissement et qui ont grossi ces dernières années à coups d’acquisition. Ainsi, OGF possède PFG, Maison Roblot, Dignité funéraire… tandis que son concurrent Funecap détient Roc Eclerc, France Obsèques, Rebillon ou encore Anima Care pour les animaux de compagnie. Les deux auteurs listent également plusieurs dérapages relevés lors de leur enquête : l’arrivée en retard d’un cercueil, différent de celui commandé, l’inversion des corps ou encore une mauvaise urne rendue à la famille qui doute toujours de l’authenticité des cendres du défunt. Une bataille juridique est toujours en cours à ce sujet.
Mais ils décrivent surtout la « toile » commerciale dans laquelle les familles tombent lors du décès d’un proche. En moyenne les obsèques coûtent 4 000 euros et s’il existe, en théorie, une liberté de choix et de mise en concurrence, dans les faits les circonstances contraignent les familles, en situation de vulnérabilité, à prendre des décisions rapidement. À cela s’ajoutent aussi les contrats obsèques passés avec des assureurs en cheville avec OGF ou Funecap, le business des crématoriums, etc. Avec cette question qui traverse les 200 pages : la mort est-elle un business comme un autre ?
L’ouvrage se penche aussi sur la situation des salariés. Les conditions d’exercice du métier peuvent aussi peser sur leur moral et certains vivent mal la « course aux résultats imposée par leur hiérarchie ». Chez Funecap, un tiers des employés quitte la société au bout d’un an même si cela s’expliquerait, selon sa directrice des ressources humaines, par les spécificités de ce métier.
Les deux sociétés n’ont pas tenté de faire interdire le livre avant publication mais elles restent sur le qui-vive. Interrogé sur la suite qu’il compte donner à ces révélations, OGF nous indique « respecter pleinement la liberté d’expression. À ce stade, nous n’envisageons aucune action ; nous prendrons connaissance de l’ouvrage dans son intégralité à sa parution. » Manière, sans doute, de se réserver le droit d’agir plus tard.