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Continuer la lectureDaniel Kretinsky renfloue encore Libération
Le quotidien devait rembourser à la fin du mois un prêt obligataire de 29 millions d’euros au milliardaire tchèque. Incapable de payer, le journal a rééchelonné cette dette et négocié un nouvel emprunt.
Daniel Kretinsky remet la main à la poche. Selon nos informations, le milliardaire tchèque vient d’accorder fin décembre un nouveau prêt au quotidien Libération de 17 millions d’euros. Le quatrième depuis son premier soutien au journal en 2022. Ce montant vient s’ajouter à un million d’euros versé so...
Mais ce n’est pas tout. Le quotidien devait aussi rembourser à la fin de ce mois de mars 29 millions d’euros liés à ces anciens emprunts mais n’en avait pas les moyens. Une nouvelle fois, l’homme d’affaires et président du Sparta Prague, dont les intérêts en France sont représentés par Denis Olivennes, sauve la mise au titre. Il a accepté de revoir son argent plus tard en lui laissant plus de temps pour se redresser. « Nous avons souscrit un avenant à l’emprunt obligataire non convertible et validé un rééchelonnement de la dette et des échéances de remboursement », confirme à l’Informé sa directrice générale, Amandine Bascoul-Romeu, qui n’a pas souhaité communiquer sur le nouvel emprunt.
Depuis 2022, le quinquagénaire francophile présent en France dans l’édition (Editis), la télévision (T18, participation dans TF1), l’énergie (participation dans TotalEnergies), ou encore la distribution (Casino, Fnac Darty…) a toujours soutenu le journal. L’argent frais servira, notamment, à financer le plan stratégique dévoilé il y a quelques jours à la rédaction par Dov Alfon, le directeur du quotidien. « Dix postes sont créés dont sept notamment pour les fonctions supports, en partie pour l’application mobile, mais aussi pour la vidéo. A cela s’ajoutent trois postes de journalistes dans le cadre d’une cellule sur l’intelligence artificielle rattachée au service Économie », indique un rédacteur.
Deux recrutements extérieurs ont été effectués et une mobilité interne est prévue. Des bonnes nouvelles tempérées par plusieurs salariés. « D’un côté, cet argent nous permet de continuer à travailler et à se développer mais d’un autre, ce n’est pas hyper rassurant de devoir faire appel une nouvelle fois à Daniel Kretinsky pour éponger les pertes », analyse l’un d’eux.
Le journal affiche quelques signaux positifs. Avec une diffusion en hausse de 6,5 % en 2025 à 110 271 exemplaires en moyenne par jour selon l’ACPM, Libération a vu sa diffusion numérique croître de 11 % (79 940 exemplaires), quand celle en kiosque chutait de 17 % (6 207 copies). Le chiffre d’affaires (hors filiales) est resté stable en 2025 autour de 30 millions d’euros, pour une perte nette réduite à 11 millions contre 12,74 millions d’euros en 2024. « On a toujours été endettés, mais nous sommes surtout concentrés sur notre mission, être le plus exhaustif possible avec moins de moyens que nos concurrents », explique une plume.
Reste à savoir comment cette dette obligataire pourra être un jour remboursée. Il faudrait des années de bénéfices pour la payer rubis sur l’ongle, ce qui semble peu probable vu les résultats du quotidien créé par Jean-Paul Sartre. La dette ne peut pas non plus être convertie en actions, les obligations étant non convertibles. Une telle opération poserait aussi un problème d’image : l’oligarque tchèque deviendrait alors directement propriétaire du quotidien, alors que ce dernier assure appartenir à une sorte de fondation, le Fonds de dotation pour une presse indépendante (FDPI). Elle est dirigée par un conseil d’administration comprenant un représentant de Daniel Kretinsky et deux de Patrick Drahi, ancien propriétaire du quotidien. Le magnat des télécoms avait mis en place ce montage en 2020, assurant alors : « Libération deviendra ainsi la propriété d’une structure non cessible et non capitaliste à but non lucratif ». Si le FDPI n’est en effet pas cessible, en revanche Libération et la holding intermédiaire baptisée Presse Indépendante peuvent tout à fait changer d’actionnaires. Mais l’homme le plus riche de la République tchèque avec une fortune estimée à plus de 10 milliards de dollars selon Forbes, n’en possède toujours aucune action. « Même sans être actionnaire, nous dépendons tout de même totalement de lui », note, résigné, un journaliste. Un autre s’inquiète surtout de la suite des événements. « Continuera-t-il d’être aussi généreux avec nous après la présidentielle de 2027, surtout si le Rassemblement national arrive au pouvoir ? ». La réponse à cette question arrivera d’ici plus d’un an.