L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lecturePrès de 300 franchisés Fnac et Darty se rebiffent contre la direction
Ils soupçonnent le distributeur et sa centrale d’achat de capter à leur place une partie des marges arrières accordées par les fournisseurs et des avantages prévus par contrat. L’enjeu financier atteint plusieurs millions d’euros pour le groupe piloté par Daniel Kretinsky.
Comme nombre de ses concurrents, Fnac Darty a fait de la franchise un de ses principaux leviers de développement. Par ce biais assez peu gourmand en capitaux, le groupe de produits techniques et culturels cumule les bénéfices : il encaisse des redevances en échange de l’usage de ses marques et accroî...
Mais les relations entre la tête de réseau et ses partenaires ne vont pas sans mal. Selon nos informations, 242 franchisés Darty et 44 Fnac, soit quasiment les trois quarts des troupes, ont choisi de poursuivre la maison mère jusque devant les tribunaux. Leur objectif ? Obtenir plus de transparence sur le reversement des avantages et marges arrières (les sommes versées par les fournisseurs en échange de la mise en avant d’un produit par exemple). Une défaite en justice pourrait coûter à terme au groupe plusieurs millions d’euros.
Explications. Plusieurs fois par an, les franchisés touchent de la Fnac ou de Darty des montants variables en fonction des ventes qu’ils ont enregistrées (un bonus appelé marges sur vente) ou en fonction du volume des achats qu’ils ont réalisés auprès du groupe (les marges sur achat). Or, c’est là que le bât blesse : les frondeurs, regroupés sous l’égide du Groupement des franchisés Fnac Darty, estiment que ces versements et leur mode de calcul sont opaques. Les documents et récapitulatifs comptables transmis par la Fnac et Darty seraient ainsi « très lacunaires » et « ne permettent pas aux franchisés de retracer les marges reçues » selon les patrons de magasins concernés. Les commerçants déplorent aussi ne pas connaître le prix d’achat réel des produits, puisqu’ils ignorent le niveau de marge arrière lorsqu’ils passent commande. Ce qui les pénaliserait pour gérer leur magasin, leur assortiment et leur marge de manière optimale.
Remontés, ils ont fini par attaquer Fnac Darty en justice en 2025, cinq ans après de premières escarmouches (voir encadré). Ils réclament la désignation d’un expert, qui devra faire la lumière sur les éléments chiffrés, et avoir accès à de nombreux documents, pour pouvoir déterminer les modalités de calcul des différents reversements et vérifier si la totalité des marges arrière et avantages prévus leur ont effectivement été versées entre 2019 et 2024. Les vendeurs en colère semblent déplorer un manque de… franchise du groupe, laissant entendre que la maison mère se serait approprié discrètement une part du gâteau. Leur demande a été déboutée en référé mais le dossier reste à être tranché sur le fond.
Le sujet est d’autant plus sensible que ces reversements sont souvent vitaux pour les magasins. Pour un franchisé Fnac, ils représentent en moyenne 200 000 euros par an, et 56 % de la marge sur les articles techniques en 2024 (les produits dits éditoriaux, comme les livres, n’étant pas concernés). Un apport important d’autant que, selon un document interne sur l’état de santé des franchisés Fnac, 57 % seulement de ces points de vente avaient un résultat d’exploitation positif en 2024. Côté Darty, idem : les marges arrières sur vente représentent environ 25 % de la marge totale, voire la totalité sur certaines familles de produits stratégiques comme la télévision, la téléphonie ou le multimédia.
Des échanges pour améliorer la lisibilité des contrats ont bien eu lieu, mais sans trouver de terrain d’entente. Depuis janvier 2025, les franchisés Fnac ont accès au détail des sommes reversées par référence dans leur outil de gestion. Mais sachant qu’ils peuvent avoir, sur un seul trimestre, des milliers de produits concernés (et donc des milliers de lignes à vérifier), la simplification n’est pas encore en marche. Chez Darty, où la situation financière des magasins serait de plus en plus tendue, l’exaspération tient aussi à des dysfonctionnements et plantages réguliers du système informatique, avec des erreurs de calcul, des anomalies et oublis.
Et deux visions continuent de s’opposer. Les franchisés estiment que le groupe est leur mandataire : en tant que tel, il devrait lever le capot sur ses calculs et tout dire ou presque de ses accords avec les fournisseurs de nature à générer de belles remises. La tête de réseau, de son côté, brandit le secret des affaires, en tant que centrale d’achat. Si la demande d’expertise était validée et débouchait sur des résultats probants, tout indique que les commerçants lésés pourraient demander réparation… Contacté, le groupe Fnac Darty nous a précisé ne pas souhaiter apporter de commentaire sur ce sujet. Également joint par l’Informé, Frédéric Loquin, président du groupe des franchisés Fnac Darty, n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Une relation parfois tendue entre le distributeur et ses franchisés
En juillet 2020 déjà, des magasins accompagnés par le Groupement des franchisés Fnac Darty avaient attaqué la tête de réseau. Sur deux points. Le premier concernait un différend estimé à 2,2 millions d’euros sur le traitement des ventes en ligne récupérées en click & collect chez les franchisés, ces derniers dénonçant des prix de vente au consommateur parfois inférieurs à leur propre prix d’achat, compte tenu de l’obligation de s’aligner sur les conditions commerciales fixées par le groupe. Après l’intervention du conciliateur du tribunal de commerce de Paris et plusieurs réunions de conciliation, un accord a fini par être trouvé mi 2021.
Le deuxième litige portait lui sur une valeur de 12,8 millions d’euros. Des franchisés reprochaient à Fnac Darty un comportement déloyal pendant le confinement marqué par la fermeture des magasins. Comment ? En ayant privilégié ses propres activités de vente en ligne au détriment de celles des franchisés partenaires. Ces derniers affirmaient qu’ils auraient pu continuer à prendre des commandes et à réaliser du click & collect. Dans son dernier rapport annuel 2024, le groupe Fnac Darty, qui précise avoir contesté les fondements de cette demande, indique que ce litige a d’abord été débattu en conciliation devant le tribunal de commerce de Paris - sans succès -, avant que les demandeurs ne soient déboutés en 2023. Si le Groupement des franchisés Fnac Darty n’a pas contesté ce jugement, les franchisés parties au dossier, pugnaces, ont fait appel. Et à l’issue de plusieurs réunions de médiation, un terme définitif a été mis à ce différend, avec la signature, le 5 novembre 2024, « d’un protocole transactionnel provisionné dans les comptes 2024 en résultat non courant » indique la communication financière du groupe coté à la Bourse de Paris.