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Continuer la lectureLa Poste multiplie par deux la rémunération de ses administrateurs
La nouvelle PDG, Marie-Ange Debon, dit vouloir s’aligner sur les pratiques d’autres groupes publics, comme EDF ou la SNCF.
Les facteurs ne seront pas aussi bien traités que les administrateurs de La Poste cette année. La direction du groupe détenu par l’État (34 % du capital) et la Caisse des dépôts et consignations (66 %) a proposé à ses troupes des augmentations de salaire limitées à 0,7 % pour 2026. Mais, de leur côté...
« Le nouveau système de rémunération permet de réduire le décalage avec les pratiques des autres groupes comparables, beaucoup plus favorables, défend un administrateur. L’objectif est d’attirer les personnalités qualifiées du plus grand talent au conseil d’administration. » Il est vrai que les émoluments de La Poste n’avaient pas été augmentés depuis 15 ans : les membres du conseil recevaient chacun 1300 euros bruts par réunion et 2000 euros pour les présidents des quatre comités thématiques (audit, qualité et développement durable, nominations, rémunérations et gouvernance, stratégie et investissements). Sur l’année, la rétribution moyenne s’établissait à 17 500 euros.
Dans le détail, les administrateurs se sont votés pour eux-mêmes une augmentation avec une rémunération désormais fixée à 2500 euros par séance. Les présidents des comités toucheront eux 4500 euros pour chaque réunion de leur groupe de travail. S’y ajoute une part fixe de 5000 euros, qui sera versée même si l’administrateur ne se présente pas aux réunions. Un garde-fou a toutefois été apporté : cette somme annuelle sera réduite de moitié en cas d’absence à plus 50 % des séances.
Le groupe postal justifie la création de ce complément fixe de rémunération en invoquant un alignement avec les pratiques du marché : des entreprises comme Orange, la SNCF ou la Française des Jeux (FDJ United) l’ont en effet institué. Reste qu’EDF, par exemple, rémunère ses administrateurs, depuis 2024, uniquement via des jetons de présence. La « complexité » du fonctionnement d’un groupe comme La Poste est aussi invoquée pour expliquer le versement des 5000 euros fixes. « Chaque administrateur doit investir beaucoup de temps et d’attention pour maîtriser les rouages complexes d’un groupe aussi vaste, qui va du courrier à la banque, à l’assurance, à la logistique et au numérique », argue une source proche du dossier.
Au total, le changement de système aboutit à une rémunération moyenne de 41 000 euros par administrateur, soit une augmentation de 134 % en une seule fois. Cette aubaine est « en fait un rattrapage, argumente un administrateur. L’enveloppe est beaucoup plus importante dans tous les autres groupes [à capitaux publics]. La Poste reste largement en dessous. » Selon les chiffres transmis aux administrateurs, la rémunération moyenne serait en effet de 51 000 euros à EDF, 58 000 euros chez FDJ United et de 60 000 euros à la SNCF et Orange.
On peut toutefois remarquer que les administrateurs d’Aéroports de Paris, une autre entreprise publique (détenue à 50,63 % par l’État) et cotée à la Bourse de Paris, touchaient en moyenne 39 000 euros en 2024. Soit 2000 euros de moins que le système désormais en vigueur à La Poste. Le groupe présidé par Philippe Pascal précisait aussi, dans son rapport annuel, que cette « attribution est strictement liée à la présence » aux réunions du conseil d’administration. Sans part fixe donc.
À noter que seule une partie des 20 administrateurs de La Poste perçoivent des émoluments pour leur travail au conseil : les élus représentants les salariés ne sont pas rémunérés, de même que les agents de l’État et de la Caisse qui ont été désignés au conseil d’administration. « La Caisse a renoncé à une rémunération pour ses salariés qui la représentent au conseil d’administration », précise un proche du dossier. L’augmentation ne concerne donc que les six personnalités qualifiées du conseil. Avec ce mécanisme, l’enveloppe du fonctionnement du conseil d’administration n’augmente pas, ce qui était une attente de la CFDT « à l’heure où on demande aux postiers de faire des efforts ».
Enfin, la nouvelle présidente du conseil d’administration et directrice générale du groupe La Poste, Marie-Ange Debon, n’est pas non plus concernée. Sa rémunération annuelle de 450 000 euros est plafonnée par un décret datant de 2012. Nommée fin octobre, Marie-Ange Debon avait fait modifier son contrat de travail en décembre en y ajoutant un « parachute doré », ainsi que l’avait révélé l’Informé. Ce dispositif lui octroyait une indemnité d’un an de rémunération brute à la fin de son mandat de cinq ans et, en cas de départ anticipé, deux ans de rémunération. Une disposition inédite au sein du groupe postal mais qui correspondait aux conditions de son précédent contrat de travail, chez l’opérateur de transports publics Keolis, s’était défendu la dirigeante.
Jack Azoulay entre au conseil d’administration de La Poste
Un siège d’administrateur représentant l’État était vacant depuis le 12 octobre dernier et l’entrée au gouvernement de Jean-Pierre Farandou, l’ex-PDG de la SNCF. Le conseil d’administration de La Poste du 12 mars a validé l’entrée de Jack Azoulay pour lui succéder. Cet inspecteur des finances passé par l’Agence des participations de l’État est aujourd’hui managing partner du fonds européen de private equity Argos. Mais le groupe postal ne lui est pas inconnu : il en a été, de 2010 à 2016, directeur général adjoint du Courrier, chargé du marketing et des grands comptes, puis directeur des nouveaux services. Proche d’Emmanuel Macron, il a été membre des cabinets de plusieurs ministres de la transition écologique lors de son premier quinquennat : François de Rugy, Élisabeth Borne et, comme directeur de cabinet, Barbara Pompili.