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Finance - Conseil

La Poste : l’opération vérité de Marie-Ange Debon sur les comptes

Arrivée en octobre dernier, la PDG de La Poste va présenter une nouvelle feuille de route pour le groupe. L’occasion de revisiter l’héritage de son prédécesseur… sans tout bouleverser.

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JOEL SAGET / AFP

Le rendez-vous est pris depuis un mois : les 29 et 30 juin, Marie-Ange Debon présentera une nouvelle feuille de route pour le groupe qu’elle préside depuis octobre, a appris l’Informé. Les administrateurs se déplaceront exceptionnellement à Lille ces deux journées pour un séminaire stratégique qui se...

Selon plusieurs sources internes au fait des travaux, la PDG mise surtout sur ces deux journées particulières pour revisiter l’héritage de son prédécesseur Philippe Wahl et rappeler les promesses non tenues concernant la croissance des activités. L’arrêté des comptes 2025, en début d’année, a été un électrochoc : tous les indicateurs majeurs du groupe (chiffre d’affaires, résultat d’exploitation, résultat net, cash-flow) se sont retrouvés orientés à la baisse… alors que le budget prévoyait une progression. Seuls les bons résultats de La Banque postale, et surtout ceux de la filiale CNP Assurances, avaient permis d’éviter au groupe d’être plombé par des pertes.

La nouvelle patronne va en conséquence présenter aux administrateurs une trajectoire plus raisonnable de croissance des activités. « Elle a posé un œil neuf sur La Poste qui va recadrer les perspectives sur quelque chose de pragmatique, indique un dirigeant. Tous les ans, on refait la trajectoire avec un an de plus mais l’objectif restait inatteignable. Cette année, ce sera différent : Marie-Ange Debon dressera une nouvelle trajectoire jusqu’en 2031. » Le chiffrage branche par branche (courrier, colis, réseau et numérique, La Banque postale) n’est pas encore stabilisé. Il sera partagé à la fin du mois.

Premier élément marquant : le nouveau scénario devrait prévoir une baisse du chiffre d’affaires visé, qui sera « significative », selon certains dirigeants. Les projections précédentes qui fixaient à chaque fois une évolution positive seront remplacées par d’autres plus en accord avec les réalités du marché. « Ce sera une opération vérité pour les salariés et pour les actionnaires, salue un proche du dossier. On revient dans le réel et cela va faire du bien à la boîte. » Marie-Ange Debon reste toutefois attachée à booster les activités commerciales du groupe. « Il n’y a pas une ambition moindre sur le chiffre d’affaires, au contraire, tempère une source interne. Il s’agit plutôt d’être lucide sur les évolutions auxquelles est soumis le groupe. » Sont particulièrement citées : la baisse continue du courrier bien sûr, mais aussi la concurrence croissante sur le colis et les difficultés commerciales du réseau de bureaux de poste.

Autre ligne de force : le groupe doit adapter sa structure de coût à la réalité de chacun des marchés. C’est le message transmis depuis déjà quelques mois par la nouvelle PDG, faisant craindre à certains en interne que l’ex-magistrate à la Cour des comptes pousse une feuille de route de « cost killer » plutôt qu’une stratégie de développement. L’objectif de non-remplacement des départs devrait ainsi être maintenu. Certaines activités non rentables et dont le redressement ne peut être envisagé à moyen terme pourraient être fermées. Ce fut le cas dernièrement avec les tablettes pour seniors Ardoiz, comme l’avait révélé l’Informé. À leur tour, les investissements à l’étranger pourraient être revus de fond en comble, en particulier dans la branche colis. « La concurrence est féroce sur la distribution de colis, impactée par une phase de consolidation importante, mais cela reste un marché en croissance sur lequel La Poste va continuer de miser », précise un dirigeant.

La même logique devrait s’appliquer aux missions de service public. Chaque année, l’État verse une compensation à La Poste pour assurer le service postal universel, l’accessibilité bancaire, l’aménagement du territoire et la distribution de la presse. Mais, avec la baisse des volumes de courrier, ces activités accusent désormais un déficit de plus en plus important, alors même que l’État réduit d’année en année sa subvention. Résultat : la sous-compensation des missions de service public coûte plus d’un milliard d’euros par an à l’entreprise, se plaignait l’ancien PDG Philippe Wahl lors d’une audition au Sénat.

Sa successeure entend désormais adapter la présence postale sur le territoire aux contraintes budgétaires de l’État. Elle prévoit d’engager, dans le cadre de la mission d’information menée par la Commission des finances de l’Assemblée, une reconfiguration des missions pour les adapter aux besoins des usagers… tout en réduisant leurs coûts. « On peut désormais, dans les campagnes, envoyer des colis à partir de sa boîte aux lettres standardisée, avance un consultant. Le groupe doit désormais pivoter sur ces services, qui sont importants pour le client, plutôt qu’être arc-bouté sur le maillage territorial et le maintien d’un réseau immobilier coûteux. »

Il s’agit de trouver un nouvel équilibre entre réduction du coût et maintien du niveau de services de distribution de courrier et de colis. Les deux députés, Jean-René Cazeneuve et Jacques Oberti, remettront leur rapport le 1er juillet. « Cela sera une base de travail pertinente pour la suite, se félicite un consultant qui suit le dossier. On verra ce que la Caisse des dépôts (actionnaire majoritaire de La Poste, ndlr) et le gouvernement en retiendront. » Le sujet va, en tout cas, venir très vite sur la table, car la Commission européenne doit prochainement se pencher sur le nouveau schéma financier du service postal universel sur la période 2026-2030. Un feu vert de Bruxelles sera nécessaire pour sécuriser juridiquement les nouvelles aides d’État au service universel postal.

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