Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Finance - Conseil

La Poste : deux poids lourds du lobbying s’en vont

La PDG du groupe postal, Marie-Ange Debon, veut donner une nouvelle orientation aux affaires publiques, alors qu’elle s’engage dans de lourdes négociations avec l’État et les maires.

Photo
NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP

Ajout le 9 juillet à 9h15 de la réaction de Philippe Bajou à la suite de la parution de notre article.

La page Philippe Wahl se tourne encore un plus à La Poste. Selon nos informations, la nouvelle PDG, Marie-Ange Debon, qui vient de présenter une nouvelle feuille de route baptisée « Ambitions 2031 - Réussir ensemble », a décidé de se séparer de plusieurs piliers du lobbying installés par son prédécesseur. Selon nos informations, le secrétaire général et membre du comex Philippe Bajou, un diplômé de l’École nationale supérieure des PTT qui a fait toute sa carrière à La Poste, devrait quitter ses fonctions à l’automne. Ancien directeur général du réseau, il avait été choisi en 2015 par Philippe Wahl pour occuper les fonctions de directeur général adjoint chargé de la transformation du groupe. Il a été promu l’année suivante secrétaire général. Depuis, ses fonctions sont très étendues, allant du juridique à la conformité, en passant par la sécurité, les affaires publiques, l’immobilier, le développement territorial et les projets de transformation et de développement.

Grand chambellan du groupe, au fait de tous ses sujets, il avait même été choisi l’été dernier pour occuper quelques semaines la présidence par intérim, quand Philippe Wahl a été atteint par la limite d’âge et les actionnaires de La Poste (l’État et la Caisse des dépôts et consignations) n’étaient pas décidés sur le choix de son successeur. Depuis, « à la demande de Marie-Ange Debon, il a accepté d’assurer la transition des dossiers stratégiques, indique un proche de l’entreprise. La nouvelle patronne s’est d’ailleurs attachée à stabiliser son comex lors des premiers mois de son mandat. Sa préférence va à des remplacements au fil de l’eau plutôt qu’à un big bang. »

Philippe Bajou sera précédé vers la sortie par un de ses proches, Yannick Imbert, le directeur des affaires territoriales et publiques de La Poste, lui aussi âgé de 67 ans. Préfet, passé par le cabinet de Rachida Dati au ministère de la justice, Yannick Imbert pilotait depuis 2018 les relations institutionnelles du groupe ainsi que les négociations avec les élus nationaux et locaux. Il devrait quitter ses fonctions cet été. À la suite de la parution de l’article, Philippe Bajou a tenu à préciser auprès de l’Informé : « Mon âge et mes bientôt 47 années de vie personnelle et professionnelle consacrées à La Poste (ou au ministère des PTT au service duquel je suis entré en 1979) font qu’il est naturel que je puisse aspirer à prendre de la distance, dit autrement : ma retraite. (...) Les étapes de gouvernance de l’année 2025 que La Poste a connues m’ont conduit à repousser mes objectifs personnels, notamment en raison des 4 mois d’intérim [à la présidence du groupe] que j’ai dû effectuer (...). J’entends avoir une vie active après La Poste, au service de l’économie, de la société et de l’intérêt général, comme ce qui a toujours guidé ma vie. »

Selon plusieurs sources, son poste de secrétaire général devrait, dans le futur, être scindé en deux, la partie transformation étant désormais séparée des fonctions transverses (juridique, sécurité…). Des recrutements externes sont en cours pour les deux directions. Pour l’instant, aucun des trois postes n’est pourvu alors que l’entreprise se retrouve aujourd’hui face à de lourds enjeux institutionnels.

Dans un récent rapport, la commission des finances de l’Assemblée nationale appelle, en effet, à l’élaboration d’une nouvelle loi postale, plus de quinze ans après celle de 2010. Elle serait « nécessaire pour garantir la pérennité et la soutenabilité des missions de service public » de La Poste, dont l’équilibre financier se dégrade fortement depuis 2021 du fait de la baisse des dotations de l’État. Afin de réduire les coûts et les déficits, les députés plaident pour une distribution du courrier à J+4 (contre 3 jours après le dépôt actuellement) et pour « une redéfinition des missions de service public attribuées à La Poste et des modalités d’exécution de celles-ci ». À l’inverse, ils s’opposent à la création de nouvelles missions, comme un service public de soutien à l’autonomie des seniors (portage de repas, de médicaments et veille sociale) qui ne ferait qu’alourdir les pertes.

Cette analyse correspond en partie à la nouvelle feuille de route à cinq ans présentée le 30 juin dernier par Marie-Ange Debon. La patronne de La Poste vise, d’une part, à stabiliser la compensation financière de l’État pour les quatre missions réalisées (le service universel postal, la distribution de la presse, la contribution à l’aménagement du territoire et l’accessibilité bancaire). Elle compte, d’autre part, faire valider le passage d’une « logique de présence » sur l’ensemble du territoire à une « logique de services » maintenus.

Une manière, selon le groupe, de réaliser des économies tout en collant davantage aux usages… Mais le pivot devrait entraîner des négociations difficiles avec l’Association des maires de France (AMF) autour du prochain « contrat de présence territoriale ». Le précédent texte qui encadre la période 2023-2025 a été étendu jusqu’en 2026 au moins. « Il y a eu un accord avec l’AMF pour attendre le résultat des élections sénatoriales de septembre et probablement l’élection présidentielle en 2027, indique un proche du dossier. Il n’y a pas de raison de construire un accord sur du sable. »