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Grande conso

ME Group (Photomaton) soupçonné de fraude fiscale

Bercy suspecte l’entreprise anglaise de gérer une partie de son activité depuis la France sans y effectuer les déclarations comptables nécessaires. Une manière de minorer ses impôts.

MATHIEU THOMASSET / Hans Lucas via AFP

Peu probable que vous connaissiez ME Group. Et pourtant vous passez devant ses produits quasiment tous les jours. ME Group est le roi des photomaton (la marque lui appartient), mais exploite aussi des laveries autonomes et sème ses kiosques automatiques à pizzas partout dans le monde. La société angl...

Durant l’été 2025, des perquisitions ont eu lieu dans ses filiales installées sur le sol tricolore, qui représentent une bonne partie de l’activité de la société (cf. encadré) : les agents de la direction nationale d’enquêtes fiscales soupçonnent un non-respect des obligations réglementaires. Les limiers du fisc estiment que Photo-Me Limited, l’entité centrale du groupe installée au siège social anglais qui gère notamment les facturations de services et redevances de marque, n’a que des moyens matériels et humains limités à cette adresse. Son centre décisionnel serait localisé en France et s’appuierait sur les ressources et les équipes de ses différentes filiales tricolores (ME Group France, Kis et ME group GSS) pour réaliser l’intégralité de son activité commerciale, une partie conséquente des activités de R&D, ainsi que les tâches administratives, comptables, marketing, et de support informatique.

Conclusion, selon les éléments du dossier que nous avons pu consulter, Photo-Me Limited est présumée exercer à partir du territoire national une activité de service aux entreprises non déclarée dans l’Hexagone. Une telle fraude, si elle était avérée durant l’enquête, permettrait à l’entreprise d’économiser des impôts commerciaux et entraînerait donc un manque à gagner pour l’État.

Le groupe est dans le viseur des services de Bercy depuis plusieurs années déjà. Il y a 3 ans, le fisc français avait demandé une assistance administrative internationale à son homologue anglais. La comptabilité de la société opérationnelle ME Group France, qui exploite cabines photos et laveries, a été épluchée, donnant lieu à une proposition de rectification, autrement dit un redressement fin 2024. Car la direction des vérifications nationales et internationales, spécialisée dans le contrôle fiscal des grandes entreprises, s’est déjà penchée sur le sujet. Elle estimerait que les prix de transfert c’est-à-dire le niveau de facturation des services entre la maison mère et ses filiales- ne seraient pas de pleine concurrence et seraient plutôt gonflés, minimisant artificiellement les résultats de l’entreprise taxables en France. Ce sujet technique est un motif classique de discorde entre les administrations et les entreprises. ME Group, contacté, n’a pas souhaité faire de commentaires, le groupe coté en bourse nous indiquant être en pleine « quiet period », avant la publication prochaine de ses résultats annuels 2025. Bercy n’avait pas non plus répondu à nos questions au moment de la publication.

La France, pays clé de ME Group

Bien installé sur le territoire, ME Group compte plus de 10 000 cabines photos et plus de 3 400 laveries en France, soit près de la moitié de son parc européen. Les différentes filiales situées dans l’Hexagone représentent le gros de son activité : Kis, qui fabrique et vend des bornes de développement photo, des laveries et des machines à pizza, a généré 85 millions de revenus en 2024. ME Group France, chargé de l’exploitation des cabines photos et laveries (ce dernier business étant en pleine expansion), a enregistré un chiffre d’affaires de 182 millions d’euros, soit environ la moitié des revenus de ME Group.
Les Français sont aussi très présents dans l’organigramme, du fait de l’histoire de la société. Le PDG de l’entreprise, Serge Crasnianski, est un ingénieur français qui a inventé la première machine automatique à reproduire des clés en 1963, avant de lancer avec succès  un appareil de tirage et reproduction de photos en moins d’une heure. Dans les années 90, il a fusionné sa société, Kis, avec l’anglais ME Group, leader mondial des photos d’identité. Il en est aujourd’hui le principal actionnaire avec 36,6 % des parts. Présent dans le classement des fortunes de Challenges, cet entrepreneur peut compter sur ses proches présents dans l’équipe dirigeante, le conseil d’administration ayant lui aussi une forte coloration française, avec 5 Français sur 9 administrateurs, dont René Proglio, ancien patron de Morgan Stanley en France.