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Intelligence artificielle : Mistral AI se fâche avec son fournisseur Sesterce

Les deux fleurons de la French Tech s’écharpent sur une facture de plusieurs millions d’euros.

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SAMUEL BOIVIN / NurPhoto via AFP

Un prix d’entrepreneur de l’année remis par le cabinet EY, un « grand plan d’investissement » d’un milliard et demi d’euros salué par la présidence de la République… Ces derniers mois, les fondateurs de Sesterce, Youssef El Mansouri et Anthony Tchakerian, sont les coqueluches de la French Tech. L’amb...

De l’aveu d’Anthony Tchakerian, « le différend porte sur l’interprétation et l’exécution d’un contrat ». Cet accord prévoit que la société marseillaise propose de la puissance de calcul à la licorne française et son IA générative, le Chat. À écouter le cofondateur de Sesterce, tout est toutefois apaisé : « Les échanges entre les parties et leurs conseils ont eu lieu et se poursuivent, et la relation de travail entre les équipes reste constructive, assure le jeune patron. Nous sommes en train de trouver une solution. » Mais du côté de Mistral AI, la version est toute autre. La société « conteste devoir une quelconque somme à Sesterce ». Et pour cause, l’entreprise d’Arthur Mensch estime « que le service fourni était gravement défectueux ». La qualité de la prestation serait telle que Mistral AI a « demandé au tribunal de condamner Sesterce à rembourser une partie du prix versé ».

Ce conflit oppose deux étoiles de la tech tricolore. Après une levée de fonds de 1,7 milliard d’euros en septembre 2025, la troisième, Mistral compte déjà parmi les décacornes, ces sociétés valorisées plus de dix milliards d’euros. Sesterce, de son côté, a surpris tout le monde en annonçant un plan d’investissement faramineux de plus de 50 milliards d’euros d’ici à 2030 pour offrir une alternative européenne à la puissance de calculs de Google, Amazon, ou encore Microsoft. Mais cette belle histoire a connu quelques mésaventures récemment. « Les fondateurs viennent du monde de la cryptomonnaie et se sont positionnés ensuite sur la vague de l’intelligence artificielle avec la création de data center, explique un acteur marseillais du cloud. Ils communiquent beaucoup et sont coutumiers des effets d’annonce, ils ont été reçus à l’Élysée et se sont affichés avec le maire de Valence. Mais on voit peu leurs réalisations. »

L’un de leur projet fait débat, symbole des tensions engendrées par le développement de l’IA et son empreinte écologique. Pas encore sorti de terre, son calculateur installé à Valence (Drôme) a déjà fait l’objet d’un recours. Le 18 février 2026, des riverains regroupés autour du collectif « AssezDC Rovaltain » l’ont attaqué devant le tribunal administratif de Grenoble. L’association demande en particulier l’annulation du permis de construire délivré en décembre 2025, en avançant plusieurs points : « problématique, voire insoutenable aux plans économiques, sanitaire, environnemental, ce projet développe surtout, très concrètement, chimères technologiques, mirages démocratiques et désastres écologiques. » Face à ces critiques, Sesterce tente de jouer l’apaisement. « Sur le projet de Valence, réagit Anthony Tchakerian, notre démarche est simple : répondre de manière factuelle aux questions techniques, réglementaires et environnementales qui peuvent être posées. » Jean-Claude Lemaire, du collectif des amis de la terre Drôme, soutient que plusieurs règles n’auraient pas été respectées. « Sesterce va par exemple réutiliser des bâtiments existants et en construire des nouveaux, dont l’un de près de 5 000 m2, qui n’a pas bénéficié de permis de construire. » Les requérants indiquent n’avoir toujours pas reçu de mémoire en défense.

Sesterce échappe à un redressement judiciaire après une bourde
À écouter Anthony Tchakerian, Sesterce a eu « très peu de litiges au regard de la taille et de l’activité du groupe ». Pourtant, ces derniers mois, deux prestataires l’ont tout de même poursuivi dans les prétoires. Le 24 janvier 2025, Hanson Search Limited, un chasseur de tête anglais, l’a attaqué devant le tribunal des affaires économiques de Marseille lui réclamant plus de 75 000 euros (dont 8 650 euros d’intérêts de retard). Le dossier est toujours en cours. Surtout, le Marseillais a fait l’objet d’un autre contentieux qui a entraîné son placement temporaire en redressement judiciaire, une bien mauvaise publicité pour la star. À l’origine, Kicklox, un autre cabinet de recrutement, rémunéré par honoraires (évoluant selon le succès de ces embauches) qui avait signé un contrat avec elle en 2024. Déplorant plusieurs factures en souffrance, Kicklox a réclamé la liquidation judiciaire de Sesterce Group ou à défaut, son redressement judiciaire. Le 15 janvier 2026, la juridiction a ordonné aux deux parties de comparaître début février, afin de permettre au débiteur défaillant de faire valoir ses explications et donner des détails sur sa situation financière, mais le jour dit, Sesterce ne s’est pas présenté. Durant l’ultime audience du 5 février, le créancier a considéré que son cocontractant était en état de cessation de paiements, mais sans démontrer que son redressement était « manifestement impossible ». La juridiction a donc préféré lui accorder une dernière chance plutôt qu’une sèche liquidation. Les juges ont chargé notamment un huissier de réaliser un inventaire de l’entreprise, en fixant au 6 août 2026 la fin de la période d’observation, étape cruciale de cette procédure collective destinée à dresser un diagnostic économique complet avec bilan de l’actif et du passif. Heureusement pour Sesterce, l’épisode a trouvé une issue heureuse le 5 mars dernier. L’entreprise marseillaise a fait tierce opposition et obtenu la rétractation de la décision. Elle a expliqué à la barre ne pas avoir eu la convocation pour la précédente audience, du fait d’un défaut de relais postal lors de son changement de siège social.