L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureImmobilier : une société du groupe Horizon soupçonnée d’escroquerie et d’abus de bien sociaux
Déjà sanctionné par l’AMF en 2023, le groupe d’investissement fait l’objet d’une enquête pénale. Plusieurs épargnants lui reprochent d’avoir dilapidé leur fonds.
Sur son site internet, Horizon Asset Management (AM) accueille le visiteur avec un bandeau inratable : la société de gestion y annonce fièrement sa victoire au prix Innovation ESG des Assises de la Pierre Papier. Elle explique aussi avoir été élue deuxième entreprise préférée des Conseillers en Gestion de Patrimoine des Pyramides de la Gestion de Patrimoine en 2025. Mais l’actualité du groupe Horizon dresse un tableau nettement moins flatteur… Selon nos informations, après plusieurs plaintes d’investisseurs, le parquet de Versailles a ouvert une enquête préliminaire sur une société du groupe, Horizon Oblig, pour des soupçons d’abus de biens sociaux, d’escroquerie, de pratiques commerciales trompeuses et de défaut d’agrément, a appris l’Informé.
La structure partage les mêmes dirigeants et actionnaires qu’Horizon AM et « fait partie du groupe Horizon » comme le précise le jugement du 23 juillet 2026 du tribunal des activités économiques de Versailles. Son objet est de lever des fonds auprès d’investisseurs privés pour les injecter dans des projets divers : immobilier de bureau, résidentiels, tourisme, coliving… Mais depuis de longs mois, des investisseurs ont constaté que leur argent était bloqué. Il s’avère qu’après l’échec d’une procédure de conciliation démarrée début 2026, Horizon Oblig a été placée en redressement judiciaire le 18 août. Et son administratrice et ex-unique associée, Horizon Engineering Management (HEM), qui abrite l’essentiel des salariés du groupe, est également en redressement judiciaire, depuis le 2 septembre 2025. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à lever des fonds. Ainsi, HEM vante encore les mérites d’un projet de réhabilitation à Fécamp, les « Villas bénédictines », lancé avec le renfort de médias locaux. Horizon avait racheté en 2025 les bâtiments à la marque Bacardi, propriétaire du Palais Bénédictine, une construction du XIX ° du style gothique où le spécialiste des spiritueux concocte une liqueur à base d’herbes réputée pour ses vertus digestives ou des cocktails, comme le Singapore Sling.
C’est visiblement une spécialité d’Horizon : promettre aux investisseurs d’acheter des parts de projets bien précis. C’est ainsi qu’un chef d’entreprise nantais s’est laissé convaincre d’investir 300 000 euros dans une résidence intergénérationnelle à Vanves et un ensemble hôtelier près du golf de Saint Gatien, à Deauville. Il s’est alors vu remettre des documents de compte individuels de souscription d’obligations pour chacun des projets. Mais lorsqu’en octobre 2025 Horizon Oblig le contacte en faisant état de difficultés financières, la société d’investissement évoque des problèmes concernant la réhabilitation des friches industrielles de Bull à Louveciennes, sur le site de l’ancien siège de l’OTAN… Rien à voir avec Deauville ou Vanves donc. Et les nouvelles de Louveciennes sont pour le moins inquiétantes : la valeur de l’actif est estimée à 10 millions d’euros, alors qu’Horizon Oblig a misé 27 millions d’euros dans l’affaire…
Les économies de l’entrepreneur se sont, au final, retrouvées dispersées dans des dizaines de projets dont les développements semblent tout aussi chaotiques. Et il y a pire. Selon le bilan comptable de la structure, Horizon Oblig ne dispose d’aucun actif immobilier, - contrairement à ce qu’elle a précisément assuré à des dizaines d’investisseurs. Elle aurait donc simplement servi à lever des fonds afin de les injecter dans d’autres sociétés sœurs.
Au total, l’entreprise aurait levé environ 67 millions d’euros auprès de 123 souscripteurs individuels. Or si l’on en croit le jugement de redressement judiciaire, consulté par l’Informé, « l’actif disponible d’Horizon Oblig est nul, alors que le passif est de 11,4 millions ».
En plus de cibler la personne morale Horizon Oblig, une des plaintes pénales déposées auprès du procureur de la République de Versailles, en l’occurrence par Maître Dimitri Pincent, cible ses deux principaux actionnaires : Franck Le Maitre et Mehdi Gaiji, deux anciens conseillers en gestion de patrimoine fondateurs d’Horizon AM. Mehdi Gaiji et Horizon AM ont déjà été sanctionnés par l’Autorité des marchés financiers (AMF) en 2023, par une amende de 90 000 euros pour l’entreprise et de 30 000 pour son ex-président. L’autorité leur a reproché d’avoir utilisé de simples sociétés par actions simplifiées pour faire des opérations impliquant des levées de fonds, alors qu’ils auraient dû, pour cela, être agréé en tant « Autre fonds d’investissement alternatif » (FIA). Un type de structure dont l’AMF encadre rigoureusement la gouvernance et la stratégie. Cette erreur de gestion se serait-elle répétée ?
C’est ce que suspectent les plaignants. Ils notent aussi que la directrice commerciale du groupe Horizon, Christine de Laval, anciennement conseillère en investissements financiers, proposait à ses clients des investissements Bio c’Bon et ICBS, des produits de la société Marne et Finance dont les dirigeants sont aujourd’hui accusés de pratiques commerciales trompeuses.
Ils reprochent enfin à Horizon d’avoir fait croire aux investisseurs que leurs nombreux véhicules disposaient d’un agrément AMF, alors que seule la société Horizon Asset Management, utilisée en façade des autres activités, en bénéficiait.
Mais la question de la responsabilité de l’Autorité financière se pose aussi. « Le dossier montre que l’AMF est permissive ! tempête Dimitri Pincent, défenseur d’une partie des investisseurs courroucés. En 2023, elle aurait dû interdire l’activité plutôt qu’infliger une sanction financière modeste, ce qui aurait évité qu’un schéma illégal ne se reproduise à l’identique. »
Contactés, les actionnaires et dirigeants d’Horizon Oblig, Franck Le Maitre et Mehdi Gaiji, ont répondu par le biais de leur avocat qu’ils contestent les accusations portées à leur encontre, et indiquent avoir déposé plainte pour dénonciation calomnieuse suite aux plaintes pénales. Les plaintes des deux parties ont été jointes pour l’enquête préliminaire, confiée au commissariat de St Quentin en Yvelines, situé à Élancourt. La directrice commerciale Christine de Laval n’a pas répondu.