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Médias - Culture

LSA, l’Usine Nouvelle… la justice retoque le remplacement des journalistes par l’IA

Infopro Digital, le premier groupe de presse professionnelle français, veut remplacer plusieurs postes de journaliste par l’intelligence artificielle. Son plan est suspendu.

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HENRIQUE CAMPOS / Hans Lucas via AFP

Gros revers pour la direction du groupe Infopro Digital. L’éditeur de presse professionnelle avait annoncé la suppression de tous les postes de secrétaires de rédaction (SR) en mai dernier, soit 19 au total, au sein des 26 publications du groupe pour les remplacer par l’IA. L’objectif est de lui conf...

Mais le tribunal judiciaire de Créteil vient de suspendre ce projet de réorganisation à la demande de Gisi. Le comité social et économique (CSE) avait saisi la justice en référé en juillet dernier pointant des « risques pour la santé et la sécurité des salariés » en raison de défaillances sur l’évaluation de cette réorganisation. Pour eux, « aucune analyse précise de l’évaluation antérieure de la charge de travail et des transferts de charge » n’a été faite car la société n’a « procédé à aucune simulation réelle de l’utilisation des nouvelles fonctionnalités de l’outil ». Autre récrimination : aucune « analyse par titre » n’a été réalisée « niant la diversité des publications et des rédactions ». La direction a « reconnu qu’un travail humain de contrôle » des tâches « effectuées par les nouvelles fonctionnalités de l’IA en lieu et place des secrétaires de rédaction serait indispensable et elle ne peut donc nier la charge de travail supplémentaire qui en résulte. » En s’appuyant sur une expertise, le CSE a démontré « des risques de surcharge de travail (...) et une baisse de la qualité du travail fourni, de l’autonomie et du conflit de valeur, de la perte de sens et de l’altération du collectif. »

Ces arguments ont fait mouche auprès du juge au vu d’un trouble manifestement illicite. Il a demandé « la suspension du projet de réorganisation (...) et du projet de licenciement collectif (des 8 secrétaires de rédaction) ». Il réclame « la réalisation des tests en situation réelle et l’élaboration de numéros 0 (des tests) permettant de confirmer les évaluations sur la proportion des tâches des secrétaires de rédaction assurées par l’outil d’IA générative et celles ne pouvant pas être reprises ». En cas de non-respect de cette décision, le groupe devrait payer une astreinte de 8 000 euros par jour de retard sur trois mois. En revanche, les dommages et intérêts réclamés ont été rejetés.

Qui plus est, cette décision de justice devrait avoir un impact sur l’autre filiale d’Infopro Digital, le groupe Moniteur, dont le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) est en cours de validation par la direction du travail. Cette dernière pourrait à son tour demander un gel du PSE. « C’est une victoire pour nous mais aussi pour l’ensemble des journalistes de toutes les rédactions de France », indique un représentant du personnel. « Il s’agit d’une décision historique qui souligne les manquements importants de notre direction, estime Pablo Aiquel, journaliste au Moniteur et délégué syndical du SNJ-CGT. Quand les élus saisissent la justice, nous gagnons à chaque fois face à la surdité déraisonnable de nos dirigeants. Je rappelle que notre actionnaire TowerBrook affirme que les managers doivent embarquer l’entreprise et tous les salariés avec eux face à l'IA, à l’inverse de ce que fait pourtant notre direction. »

Cette dernière peut encore faire appel. Contactée, elle n’a pas encore donné suite à nos sollicitations. L’an dernier, la justice l’avait déjà contrainte à ouvrir un processus d’information consultation auprès des élus sur l’usage de l’IA et son impact.