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Continuer la lectureLe Média : nouvelles turbulences après l’arrêt d’une émission phare
Après une interview de Sophia Chikirou, un journaliste star de la chaîne, Mourad Guichard, a mis fin à son rendez-vous hebdomadaire « l’Œil de Moumou ». Il avait fait l’objet de vives critiques de la part de certains de ses collègues.
« Quand vous, on vous dit “il faut faire 50 heures” […] une nouvelle génération dit non. » Le 17 février dernier, Sophia Chikirou, candidate à la mairie de Paris, est reçue dans son ancienne maison, Le Media, pour l’émission politique « Face aux Indés ». Si l’interview a beaucoup fait réagir, notamme...
Pour tout comprendre, retour en arrière. En 2017, Sophia Chikirou cofonde Le Média avec le psychanalyste Gérard Miller et le réalisateur Henri Poulain. En conflit avec ses associés et empêtrée dans une crise aiguë qui bouscule la chaîne, la communicante quitte le navire en 2018. Mourad Guichard, lui, commence à y animer l’Œil de Moumou, une chronique sur le paysage médiatique français, en 2023. Petit à petit, la capsule trouve son public et devient une émission à part entière, dans laquelle le chroniqueur reçoit des invités. Dans ce cadre, Mourad Guichard décide d’inviter Sophia Chikirou à quelques semaines du premier tour des municipales. L’initiative fait polémique parmi les équipes, où la fondatrice a laissé un souvenir amer à plusieurs salariés. Un comité éditorial exceptionnel est finalement organisé pour statuer sur les conditions de la venue de l’ex-patronne. Il est décidé qu’elle sera reçue par deux journalistes, Mourad Guichard et Cyril Lemba, dans l’émission « Face aux Indés ». « Mourad a vécu ce débat comme une censure », analyse un salarié. Le jour du tournage de l’émission, une sortie hors-antenne du chroniqueur sur la tenue du comité éditorial, décrit comme un événement où les salariés votent à main levée comme des « nazis », choque une partie des troupes.
Dans ce contexte déjà compliqué, une remarque de Mourad Guichard à un technicien va mettre le feu aux poudres. Juste avant l’enregistrement, alors que l’insoumise indique qu’elle aurait aimé avoir un verre d’eau, le chroniqueur se tourne vers un technicien, lui lançant « ah bah oui, c’est quoi ce bordel ». Ce dernier, parti chercher le nécessaire, est finalement remercié par le journaliste, mais c’est pour lui la goutte de trop. « Je n’ai aucun problème à apporter à boire à un invité. Mais au vu de la dégradation générale des relations avec Mourad ces derniers temps, la manière dont cela a été demandé n’est pas passée », explique-t-il à l’Informé « Je ne visais pas le technicien, assure pour sa part Mourad Guichard. C’était une erreur collective, j’aurais pu aller chercher le verre d’eau moi-même. »
Après l’enregistrement de l’émission, deux techniciens décident de s’isoler avec le journaliste pour lui adresser l’ensemble de leurs griefs : « On voulait lui parler depuis un moment, assure l’un d’entre eux. L’idée était de discuter, pour que les choses changent. » Les employés évoquent alors l’incident du verre d’eau, mais aussi les retards récurrents du journaliste, leur impression de devoir être « à son service », d’être des « techniciens sans prénom ». « On a senti que le dialogue était impossible », relate notre témoin. « On m’a accusé de choses dérisoires, voire paranoïaques, qui dataient parfois de plusieurs mois, voire années », estime de son côté Mourad Guichard, dénonçant un « piège ». « Si les choses étaient aussi graves, pourquoi ne pas les avoir signalées plus tôt ? » questionne le chroniqueur.
Un fait avait toutefois été signalé au directoire du Media : une jeune femme alternante s’étaient plaint de devoir systématiquement maquiller Mourad Guichard avant son émission, à sa demande, alors que la mission ne relevait pas de ses compétences : « il me l’a demandé un jour car la lumière tapait un peu, et par la suite il voulait systématiquement que je le fasse. J’essayais de refuser mais, étant alternante, c’était compliqué. » Le directoire a par la suite rappelé Mourad Guichard à l’ordre. « Elle est allée se plaindre au directoire, alors qu’il suffisait de me le dire, regrette pour sa part le journaliste pigiste. Après, si maquiller quelqu’un est avilissant et misogyne… »
Suite à son rendez vous avec les techniciens, Mourad Guichard demande au directoire par mail s’il est possible de parler de ses conditions de départ du Média et annonce sur X avoir fait sa « toute dernière chronique » sur la chaîne. Réactions immédiates de ses followers, qui interpellent pour certains directement le média : « c’est quel niveau de bêtise par les temps qui courent d’arrêter une émission qui marche et qui relève le niveau ? » ; « ils sont complètement cons ou quoi ? » ; « dans ce cas ciao @LeMediaTV ».... Des anciens du Média partis en mauvais termes apportent aussi leur soutien au chroniqueur. Ces réactions continuent de pleuvoir les jours suivants, notamment suite aux nouveaux propos postés par le chroniqueur au sujet de la fin de l’émission.
Le 2 mars, Mourad Guichard conseille ceci sur X à son employeur : « Faites vraiment attention @LeMediaTV Vous avez une responsabilité. On ne s’improvise pas gestionnaire de boîte et de personnel. Vous allez perdre des plumes si vous vous braquez. » Selon nos informations, une membre du directoire a exercé son droit de retrait et une autre a pris rendez-vous avec la médecine du travail et alerté les représentants du personnel, suite à ce qu’elles considèrent comme du harcèlement reçu sur les réseaux sociaux. « Je ne suis pas comptable des tweets de personnes extérieures », balaie le journaliste à l’Informé. Dans un communiqué, le 3 mars, le directoire du Média indique que Mourad Guichard n’a pas été licencié, que son émission prend fin, et rappelle ne tolérer « aucune pression ou attaque visant ses équipes ».
— Le Média (@LeMediaTV) March 3, 2026
Sous la pression, et alors qu’une enquête interne devait pourtant débuter, le directoire du Média décide finalement d’accorder une rupture conventionnelle à son salarié. « Notre priorité est de protéger le collectif, explique Lisa Lap, membre du directoire. La rupture conventionnelle est la façon la plus rapide de se quitter. Nous dénonçons cette mise sous pression publique. » « J’ai arrêté d’en parler sur les réseaux car j’ai obtenu gain de cause, assume pour sa part le journaliste. J’ai dû partir pour me protéger. » Et la suite ? « Il y a des pistes ouvertes, indique Mourad Guichard à l’Informé. Mais le Média et moi, c’est définitivement terminé. Je ne pourrai plus jamais travailler avec des gens comme ça. Le Média ne mérite pas un tel management, une telle incompétence... ils pensent que parce qu’ils sont de gauche tout va bien, et ils s’improvisent patrons de presse. » On a pu, depuis, voir le chroniqueur participer à un exercice de communication sur la chaîne youtube de Sophia Chikirou. Mourad Guichard assure ne pas avoir été payé et avoir simplement « dépanné » la candidate de façon bénévole, et qu’il l’aurait fait pour « n’importe quel autre candidat ».