Offrez un coup d’avance à vos collaborateurs

Médias - Culture

Time France à peine lancé, sa rédactrice en chef déjà débarquée

Deux mois à peine après avoir présenté son premier numéro en grande pompe, le patron de la licence française du magazine Dominique Busso a déjà chamboulé l’équipe.

Dominique Busso, éditeur de Time France.
Dominique Busso, éditeur de Time France. Domine Jerome / ABACA

Cocktail dînatoire signé Alain Ducasse, alcools Moet Henessy, orchestre live… Le 15 décembre dernier, au Petit Palais, des centaines d’invités triés sur le volet ont célébré en grande pompe la naissance du tout nouveau Time France. Fraîchement arrivé dans les kiosques tricolores, le magazine américain a confié sa première licence française à 360BusinessMedia, la société de l’entrepreneur Dominique Busso, déjà éditrice de Forbes et d’Oniriq. La soirée de lancement a été l’occasion de présenter au parterre de VIP présents la première une du périodique : Angelina Jolie y met en avant les cicatrices de sa double mastectomie et présente le film faisait écho à son histoire Coutures.

Un joli coup d’Elisabeth Lazaroo, nommée rédactrice en chef de Time France en septembre dernier. Cette ancienne rédactrice en chef lifestyle chez Paris Match a piloté de A à Z ce premier numéro, rédigé à l’aide de journalistes pigistes chevronnés. « Elle a réussi ce pari fou et a bossé comme une dingue », estime l’une de ces plumes, interrogée par l’Informé. « Le numéro a d’ailleurs connu un écho vertigineux », assure un de ses collègues. Pourtant, selon nos informations, quelques semaines après la sortie en grande pompe du n° 1, Elisabeth Lazaroo a déjà été remerciée par son patron Dominique Busso.

« C’est incompréhensible. Pour ce premier numéro, elle aurait dû obtenir des félicitations et une augmentation, pas être remerciée », peste une collaboratrice. « Faire sauter la red’chef d’un nouveau magazine comme ça, sans ménagement, c’est inédit, lâche de son côté un auteur qui a également contribué au lancement. Je n’ai pourtant pas l’impression qu’elle ait démérité. » Un avis partagé par tous les journalistes consultés par l’Informé, qui ne travaillent d’ailleurs pas sur le second numéro en mars, certains attendant encore d’être payés pour leur contribution initiale. « J’y suis allée parce qu’elle était venue me chercher, explique l’un d’entre eux. Mais la façon dont ils l’ont traitée est détestable. »

Certains croient voir dans ce désaveu une différence de vision du métier. « Ils n’ont pas la même conception du journalisme, et je pense qu’Elisabeth n’adhérait pas au mélange des genres que Dominique Busso pratique entre communication, publicité et journalisme, » pense savoir une plume. Illustration, pour certains, de ce « mélange des genres » qui serait propre à l’entrepreneur ? À l’occasion du prochain festival de Cannes, moyennant finances, des entreprises sont invitées dans une « TIME France House » à participer au « Cannes&Connect », une soirée de « networking qualitatif, immersif et non scénarisé » organisée par l’agence de brand content Médias France, en partenariat avec Time et Oniriq. À la clé, selon la formule choisie - essentiel, premium, expérience ou signature - des articles sur les sites d’un ou des deux magazines, une photo professionnelle sur le photocall, une apparition dans le « book officiel » ou encore, la chance d’obtenir « un accès à un défilé Oniriq sur l’année ».

Sur Instagram, entre plusieurs posts où on le retrouve sur un tapis rouge, dans un resort de luxe ou aux côtés d’Eva Longoria pour un dîner au profit d’une organisation de charité, Dominique Busso confiait il y a quelques semaines que son ambition pour Time était de « proposer un journalisme rigoureux qui éclaire les grands enjeux qui façonnent notre société ». Alors, maintenant sa rédactrice en chef congédiée, quid de la suite ? « J’imagine qu’ils diffuseront moins d’articles originaux et davantage de contenus traduits de l’édition américaine », avance une source proche du dossier. « Quelqu’un de chez eux m’a rappelé pour le second numéro, explique un contributeur. Il bafouillait, ne me disait pas qu’Elisabeth était partie, ne pouvait pas me dire sa fonction… C’était très amateur », souffle un rédacteur auprès de l’Informé. « Pour moi, tout cela a juste confirmé quelque chose que je sentais depuis le début, glisse une journaliste. Les gens à la tête de 360BusinessMedia ne veulent pas faire du journalisme, mais du business au détriment de la déontologie et des valeurs journalistiques. »

Ce chambardement chez Time n’est pas la seule crise que Dominique Busso a eu à gérer ces derniers mois. Épinglé par Marianne sur ses troubles méthodes au sein de Forbes, l’homme d’affaires/l’éditeur a finalement perdu le droit d’exploiter la licence du magazine américain. S’il expliquait dans les Echos que cette décision avait été prise d’un commun accord avec Forbes US, elle aurait en réalité fait suite à des manquements éthiques, a révélé La Lettre le 12 février dernier.

Contactés, ni Dominique Busso ni Time US n’avaient répondu à nos sollicitations à la publication de cet article. Elisabeth Lazaroo n’a pas souhaité commenter.

Vous souhaitez entrer en contact avec le ou les auteur(e)s de cet article pour réagir ou apporter des informations complémentaires ? Cliquez-ici