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Médias - Culture

Michel Cymes, l’homme-sandwich qui valait des millions

Le plus célèbre médecin de France a monétisé avec succès son nom et son image dans une multitude de produits dérivés forts lucratifs. Une petite entreprise à lui seul dont l’Informé dévoile les chiffres.

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PIERRE-JEAN GROUILLE / Photo12 via AFP

« J’ai été proche du burn-out parce que je faisais trop de choses », confiait Michel Cymes en 2016. L’ORL le plus célèbre de France en a-t-il tiré la leçon ? Pas franchement ! Certes, il a arrêté ses consultations à l’hôpital il y a trois ans. Il a aussi réduit ses apparitions à la télévision, suite ...

Depuis les débuts de Michel à la télé, en 1991, la fratrie est devenue maîtresse dans l’art de faire fructifier la notoriété de l’animateur. Magazines, livres… Via leur société Club santé débat, le doc et son cadet, ancien responsable du merchandising chez France Télévisions, ont imaginé tout un tas de produits à commercialiser. Avec un succès certain. Revendue en deux temps à Webedia (62,5 % du capital ont été cédés en 2019, le solde l’an dernier), la petite entreprise a fait la fortune du duo. Lors de la première transaction, elle s’est vue valorisée pas moins de 17,9 millions d’euros.

Il faut dire que sous la houlette de Franck, directeur général de la structure jusqu’à sa démission l’année dernière, Club santé débat a affiché une forme insolente. Au-delà d’un éphémère coup de mou en 2020 dû au covid (et peut-être aux déclarations polémiques de Michel Cymes minimisant l’épidémie), le chiffre d’affaires a plus que doublé en quatre ans, pour atteindre près de 7,5 millions d’euros en 2022, selon nos informations. L’activité est aussi très rentable, avec une marge nette de 30 % en 2021.

Parmi les concepts les plus performants du binôme, on retrouve Dr Good, bi mensuel dédié aux questions de santé lancé en 2017. Antidote à la crise de la presse, sa diffusion a encore grimpé l’an dernier de 16 %, à 185 490 exemplaires, selon l’ACPM. Il a été rejoint par le bimensuel Dr Good c’est bon, tiré à 110 499 exemplaires, et - avec moins de réussite - par deux trimestriels : Dr Good veto (qui n’a duré que deux numéros) et Dr Good kids (arrêté au bout de six éditions). À l’origine, ces magazines étaient édités par la filiale française de Mondadori, rachetée ensuite par Reworld. Mais Michel Cymes a finalement préféré conclure une série d’accords avec Vivendi. D’un côté, la filiale presse du groupe, Prisma Media, a repris la licence du magazine. De l’autre, sa société d’édition Editis s’est mise à publier les œuvres de l’infatigable ORL : chez Solar, plus de quarante Cahiers Dr Good, et chez Gründ, deux albums jeunesse ou encore des jeux de cartes Dr Good Kids (précédemment, d’autres jeux de société avaient été commercialisés avec Lansay).

Loin des kiosques et des librairies, la marque Dr Good est aussi déclinée en ligne, via un site web, une newsletter, des podcasts, mais aussi des chaînes sur YouTube, Instagram, Facebook, TikTok, Twitch et LinkedIn qui totalisent un million d’abonnés et 16 millions de vidéos vues en 2021. Sur ces réseaux sociaux, l’animateur a aussi lancé d’autres talents, comme TikTok Doc, la dermatologue Dermato Drey, et le kiné Major Mouvement (qui a parallèlement été recruté par Michel Cymes comme chroniqueur dans l’éphémère émission Antidote sur France 2). Les posts sont régulièrement financés par divers annonceurs : Axa, Orange, Isigny, Braun l’Oréal, Activia, Qare… Flexible, le VRP de luxe produit également des vidéos destinées aux réseaux sociaux des marques : des recettes pour Lidl par exemple, ou des contenus pédagogiques pour les Produits laitiers ou les eaux Quézac… Il fournit aussi des séquences destinées à la télévision, comme le programme court Bien évidemment, financé par Auchan et diffusé par France Télévisions en 2017. Ce que les pros du marketing appellent le brand content. À toutes ces marques, les commerciaux promettent de maîtriser « les best practices de chaque réseau social. Notre équipe pourra vulgariser, conseiller, trouver l’angle le plus pertinent pour atteindre vos audiences cibles. Nous partons de vous et de vos objectifs pour les transformer en messages à destination de notre communauté. »

La liste des prestations est si longue qu’on en oublierait presque : le présentateur fournit aussi des textes sur la santé au travail à l’application Sport Heroes. Et c’est sans compter les contenus réalisés par ses équipes sous « marque blanche », c’est-à-dire sans mettre en avant la vedette ou même la marque Dr Good. Pour resserrer encore plus les liens avec les annonceurs, Michel Cymes a même créé en 2020 un « Collectif des entreprises engagées de Dr Good » qui rassemble Essity, Lidl, L’Oréal, Qare, Center Parcs et Asics. Objectif officiel : « appuyer la prise de parole des entreprises autour de la prévention santé/bien-être. »

Mais ce n’est pas tout. Depuis 2012, l’homme-sandwich s’est aussi diversifié dans l’événementiel. Il anime des conférences médicales (aujourd’hui baptisées Dr Good show) sponsorisés par des groupes aussi variés qu’Harmonie Mutuelle, Qare, Biogaran, ou le site de rencontres Disons Demain. Il a aussi accolé son nom à la Semaine feel good, un programme de 5 jours « pour se ressourcer en pleine nature » proposé par Center Parcs. Il vient aussi de créer un prix du meilleur influenceur dans la santé, sponsorisé par Axa. Il y a un an, il avait annoncé un autre trophée sur l’exercice physique avec Prisma, mais le projet « n’a pas abouti, faute d’entreprises/organisations prêtes à y participer », indique la filiale de Vivendi.

Contactés à de nombreuses reprises, les frères Cymes n’ont pas répondu. Interrogé en 2018 par l’Obs, l’animateur répondait que ses revenus relèvent de « la vie privée. En France, c’est mal vu de réussir. J’ai lu des trucs sur mes revenus “indignes”, mais je n’ai pas couché avec les Allemands ! Si j’avais voulu gagner dix fois plus, j’aurais pu… » Sur ses rapports avec les annonceurs, il ajoutait : « depuis quinze ans, je suis extrêmement pointilleux. Je refuse toute publicité pour des labos, mais aussi pour des produits qu’on ne veut pas défendre, comme les sodas. C’est vrai pour le Magazine de la santé mais aussi pour Dr Good. Si j’avais l’impression que ces conférences étaient problématiques, j’arrêterais, mais tant que personne ne m’oblige à dire des choses en contradiction avec mes valeurs, je ne vois pas ce qui est gênant ».

Et maintenant fleuriste

À côté du Dr Good, Michel Cymes multiplie les investissements les plus divers. Avec son frère Franck, il avait investi dans l’application de suivi médical Betterise (rebaptisée Résilience MD). Il a revendu ses 20 % pour 50 000 euros fin 2019.

La même année, il s’est associé avec Rodolphe Borgniet, ancien comédien devenu patron de l’entreprise de parfums Luxury Fragrances Made in Paris, et adjoint LR au maire du 16e arrondissement de Paris. Précisément, il a pris 49 % de la société Romi, qui détient un magasin de fleurs rue Pierre Guerin dans le 16e arrondissement de Paris.

Enfin, il vient de créer une société d’investissement baptisée La French Capital, détenue à 50/50 avec son fils Romain.

Décidément multicartes, il propose aussi des cours en ligne (payants) pour perdre du poids avec la start-up Mentor Show.

Dernièrement, son implication pour les Jeux olympiques a favorisé d’autres prestations. Membre du conseil d’administration et du comité « sport et société », il a ensuite été nommé « ambassadeur santé ». Dans ce cadre, il a fourni des contenus dans le cadre des semaines olympiques, puis remis à des entreprises (Allianz, Orange…) les trophées Go for 30 lancés par le comité d’organisation.