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Médias - Culture

Le licenciement pour sexisme d’Alain Vernon (Stade 2) confirmé

Figure historique de l’émission sportive, le journaliste avait attaqué France Télévisions, affirmant avoir été « sacrifié pour l’exemple ». La cour d’appel de Paris lui a donné tort.

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Colin Max / Colin Max/ABACA

L’affaire avait secoué France Télévisions… et des générations de fans de Stade 2. Mi 2020, trois journalistes de l’émission historique de France 2 étaient renvoyés pour des faits de harcèlement moral et de sexisme, mis en évidence dans une enquête interne sur le service des sports du groupe public. C...

En effet, s’il disait avoir été « sacrifié pour l’exemple », sans que la chaîne ne vérifie les faits, la cour d’appel considère au contraire que le rapport du cabinet Interstys, mandaté pour enquêter sur la direction des sports, avait permis d’établir les « propos ou agissements à connotation sexiste ou sexuelle récurrents reprochés au salarié ». Différents employés ont en effet révélé « dans des termes circonstanciés, concordants, précis » des comportements d’Alain Vernon « dont ils ont été personnellement victimes ou témoins ». Une journaliste a par exemple fait part d’une scène à laquelle elle a assisté : « On regardait des émissions sportives sur les autres chaînes de télé, Canal+ ou Bein, il dit aux stagiaires en parlant d’une journaliste femme « je la baiserais bien celle-là” ». Inversement, la même apprentie indique qu’Alain Vernon lui a lancé plusieurs fois, lors du visionnage de compétitions, la phrase « tu te le ferais bien » en parlant d’un journaliste ou de quelqu’un à l’écran.

Des paroles qui font écho au récit d’une autre collègue : « Un stagiaire m’a raconté qu’un jour, alors que j’étais sortie d’une salle, Alain Vernon lui a dit : “tu crois que je peux me la taper celle-là car j’aimerais bien” ». La même reporter témoigne aussi d’une allusion de la part de l’ex-présentateur : « S’il y avait un mot pour te décrire, ce serait lascive. » Face à l’énervement d’une personne présente qui l’interpelle sur ces paroles, il aurait répliqué : « Si tu ne veux pas qu’on te fasse de compliments, viens avec un scaphandre à la rédac. » De son côté, un collègue, qualifiant dans son audition Alain Vernon de « sexiste, misogyne » , assure que celui-ci « balance des blagues de cul et ne s’en rend pas compte ». « Un lundi matin, avant la conférence de rédaction, Alain Vernon va raconter qu’il a fait l’amour à sa femme : “tiens ce que j’ai mis à maman hier”, cite-t-il comme exemple. C’est lourd. Je suis un garçon, ça me gêne. Alors, j’imagine pour une fille. Les autres rigolent. Personne ne dit rien. Dans le service, jusqu’aux années MeToo, c’était classique. »

Le rapport du cabinet, qui avait procédé à 107 auditions, avait en effet mis au jour le machisme répandu dans la direction des sports, comme l’avait révélé Mediapart. Vingt-cinq personnes auteures de ces agissements y sont nominativement mises en cause. Un délégué syndical entendu dans l’enquête interne, indiquant avoir recueilli les confidences de jeunes consœurs au sujet d’Alain Vernon, regrette d’avoir vu trop de femmes « pleurer, partir », du fait du climat ambiant. Affirmant « qu’il n’y a aucune raison que le passage dans cette rédaction soit une blessure pour beaucoup de femmes », il assurait qu’un des problèmes de la direction des sports réside dans l’homogénéité d’un groupe majoritairement masculin et se connaissant depuis longtemps, dont il est difficile de briser l’unité. Au point qu’il affirme avoir reçu « des messages tournant à l’intimidation ». Une journaliste fait d’ailleurs part d’un paradoxe dans le cadre de l’enquête : « Alain Vernon fait partie du syndicat des journalistes. Un jour il m’avait dit “si tu as des problèmes, tu peux venir m’en parler”. Comment aller lui en parler alors qu’il est lui-même à l’origine ? »

Une chasse à « l’homme blanc de plus de 50 ans »

L’ex-figure de Stade 2, de son côté, conteste l’ensemble des propos qui lui sont reprochés, ayant seulement reconnu, lors de l’entretien précédant son licenciement, « quelques blagues de mauvais goût ». Au contraire, l’homme - qui n’a pas souhaité s’exprimer auprès de l’Informé - assurait dans le cadre de la procédure en justice avoir toujours pris fait et cause pour les femmes au cours de sa carrière. Que ce soit en sa qualité de délégué du personnel, qui a soutenu « les journalistes féminines victimes de harcèlement et/ou de sexisme ». Ou en sa qualité de journaliste sportif, toujours prêt à mettre en avant le football féminin. Il produit au dossier des témoignages de collègues « choqués » par sa sanction et des lettres de soutien faisant état « de ses qualités humaines et de son exemplarité ». Il faut dire que le journaliste est respecté pour avoir enquêté sur les plus gros scandales dans le sport de la fin du XXe siècle, comme le dopage dans le cyclisme ou l’affaire OM/VA ayant mené à la condamnation de Bernard Tapie.

Devant la justice, il accusait France Télévisions de discrimination, affirmant que l’interview de Clémentine Sarlat avait servi de prétexte pour poursuivre la politique de chasse à « l’homme blanc de plus de 50 ans ». Convaincu que cette condition lui avait coûté son poste, le journaliste a exhumé des déclarations de Delphine Ernotte en 2015 quand, fraîchement devenue patronne de France Télévisions, elle avait appelé à plus de diversité en ces termes : « On a une télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans et ça, il va falloir que ça change. » Selon lui, la présidente aurait donc profité de la polémique pour se « débarrasser » de trois journalistes ne correspondant plus « à l’image voulue par la direction de la société ».

Des arguments battus en brèche par la décision de la cour d’appel, qui écarte les accusations de discrimination, et rappelle que France Télévisions a fait le choix de faire appel à un cabinet agréé par le ministère du travail pour diligenter une enquête, « dont le sérieux et l’objectivité ne sont remis en cause par aucun élément de la procédure ». L’arrêt précise que les témoignages recueillis « mettent en exergue la gêne, le malaise, voire la honte ressentis par les témoins et victimes » mais aussi « les pleurs », « la souffrance » et le « silence longtemps gardé à ce sujet ». « Dans ces conditions, et compte tenu de l’obligation de sécurité qui pèse sur l’employeur », mais aussi des responsabilités qu’avait Alain Vernon dans l’équipe, « la mesure de licenciement prise à son encontre est proportionnée et justifiée par une cause réelle et sérieuse » selon la cour.

Le reporter, parti avant les JO de Paris 2024 qu’il imaginait comme le point d’orgue de sa carrière, avait aussi demandé des indemnités pour le caractère brutal et vexatoire de son renvoi. Sans plus de succès. Contacté, le groupe France Télévisions ne souhaite pas commenter cette décision. Pour sa défense, notamment des accusations de discrimination, le groupe télévisuel avait fait valoir dans le cadre de la procédure que le discours de Delphine Ernotte faisait écho en 2015 aux constats du CSA et à ses délibérations et rapport incitant à atteindre la parité « homme/femme » au sein de chaînes de radio et de télévision.