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Médias - Culture

Mauvaises ondes chez Espace Group (M Radio, Virgin Radio, Générations…)

De nombreux animateurs, journalistes ou cadres du groupe de Christophe Mahé témoignent d’un climat de travail infernal. Ils mettent directement en cause leurs dirigeants.

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Espace Group

M Radio, Virgin Radio, Jazz Radio ou encore Générations… Peu importe que vous soyez davantage branché chanson française, jazz, pop-rock ou encore rap : vous êtes forcément déjà tombé sur l’une de ces stations. Mais ce que vous ne saviez peut-être pas, c’est qu’elles appartiennent à une seule grande e...

Le siège du groupe se dresse sur les quais de Saône, dans le quartier lyonnais de la Confluence. On y trouve aussi le Dock 40, restaurant également détenu par Christophe Mahé. Espace dispose aussi de studios parisiens, d’où émettent M Radio et Générations. Et l’affaire fonctionne plutôt bien : en 2024, selon nos calculs, les diverses entreprises qui composent le groupe et dont nous avons pu consulter les comptes ont dégagé au moins 22 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour un bénéfice net d’1,8 millions d’euros.

Mais ce bilan financier enviable masque un profond malaise interne. « J’ai fait plein de radios différentes, c’est un milieu compliqué, glisse un ancien animateur. Mais là, c’est l’expérience la plus hardcore de toutes celles que j’ai vécues, et de loin. À chaque fin de saison on se dit que ça ne peut pas être pire. Mais à chaque fois ça l’est. » Burn-out, humiliations, peur des réprimandes… à en croire la quinzaine de témoignages de salariés et d’ex-salariés du groupe recueillis par l’Informé ainsi que les nombreux jugements de prud’hommes consultés, le quotidien des employés d’Espace Group serait un véritable cauchemar. Les témoins interrogés par l’Informé décrivent quasi unanimement un climat violent, et une forte souffrance au travail au sein de cette entreprise qui, pourtant, en a d’abord séduit beaucoup. « À mon arrivée, j’avais des étoiles dans les yeux, se souvient l’un d’entre eux. Mes collègues m’ont tout de suite dit que j’allais vite déchanter, et ça a été le cas ». Et la situation n’est pas cantonnée à une radio : les personnes interrogées viennent de diverses stations du groupe. Une seule personne interrogée, Bertrand Fissot, indique avoir « passé 5 bonnes années à Espace Group », où il a « beaucoup appris ».

« Ferme ta gueule, le patron ici c’est moi »

Immédiatement, lorsque nous échangeons avec les témoins, un nom revient : celui du PDG, Christophe Mahé. « Tous ceux qui bossent avec lui ont l’habitude des soufflantes », glisse une voix de l’antenne. « Tout le monde est sur ses gardes quand il est dans les parages, ajoute un ancien. Quand il arrive, on se tait. Il sourit gentiment mais on sait que derrière, ça peut partir à n’importe quel moment. » C’est ce qu’a vécu ce journaliste : « Il m’a parlé pire qu’à un chien, m’a dit que je servais à rien », ou encore celui-ci : « Il insulte les gens devant tout le monde, dit des choses comme ‘ferme ta gueule, le patron ici c’est moi’ ». Beaucoup expliquent avoir directement assisté à ces coups de colère. L’un d’entre eux se souvient avoir dû rassurer une salariée « terrifiée » par Christophe Mahé : « elle pleurait, tremblait, était en panique. » Et gare à qui ne rangerait pas son poste de travail : « Le vendredi soir, il passe dans les bureaux, si quelque chose traîne il le dégage ou le jette à la poubelle, se rappelle un salarié. Vous ne pouvez pas personnaliser votre espace de travail, vous arrivez avec vos affaires le matin et vous repartez avec le soir. » Tous se sentent impuissants face aux coups de sang de leur patron, seul maître à bord et peu prompt à la remise en question. « Les gens me disaient, ‘on ne peut rien faire, c’est un lion en cage’ », se souvient un ex-employé. Un animateur se souvient pour sa part d’une phrase glaçante : « Une fois, il m’a dit, avec un calme déconcertant : ‘Parfois je me demande pourquoi tous les gens se barrent, peut-être que je suis un mauvais patron ? Puis je me dis que je m’en fous car il y aura toujours des gens pour bosser’. »

Le sentiment d’être « interchangeable » ne quitte ainsi pas les équipes, qui courbent l’échine pour éviter de faire les frais d’une des colères du grand boss. « Personne n’ose rien dire car on est sur des sièges éjectables, se souvient une ancienne animatrice. Si on parle trop, on sait qu’on peut être virés. » « C’est la politique de la peur, résume un autre. Les gens vont bosser avec la boule au ventre ». Parfois jusqu’à l’épuisement : les burn-out sont monnaie courante au sein de l’entreprise. « Je vois les gens tomber comme des mouches », soupire une salariée. L’une des victimes de burn-out suite à son passage dans l’entreprise se souvient : « J’ai fait une crise de tétanie chez le médecin en expliquant mon histoire. Ça m’a fait un déclic. » Tous déplorent une surcharge monstre de travail. « On est dans une usine, il faut être multitâche. Sur chaque poste, on pourrait en réalité mettre quatre personnes », explique une employée. « Quand on donne 10, on nous demande de faire 1 000 et on vous met la pression, se souvient un ancien cadre. Les cadres ont des objectifs à la fois non signés et inatteignables ». Certains salariés tentent régulièrement de défendre leurs droits auprès du conseil des prud’hommes, souvent avec succès, selon plusieurs décisions consultées par l’Informé. Des sociétés du groupe ont ainsi été condamnées pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ou pour travail dissimulé. « Tout le monde garde des preuves, au cas où il faille aller jusque-là », explique un salarié.

« Il n’y a pas de règle »

Selon une ancienne journaliste le boss justifierait la précarité des conditions de travail par le manque de moyens de la société : « chez Espace, ils prétendent qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent. » La radinerie semble être en effet un des piliers de la culture maison. « Plusieurs ordinateurs sont tombés en panne, Christophe Mahé a refusé les devis pour les changer, se souvient un ex-animateur. On achetait nous-même les stylos pour les tableaux. » « Pour une note de frais qui ne convenait pas, il nous a déjà dit qu’on allait faire couler la boîte », se souvient un autre. Certaines économies voulues par la direction finissent par poser de gros problèmes : « On n’a pas accès à toutes les données Médiamétrie, alors que c’est hyper important d’avoir accès aux audiences précises, explique un animateur. J’ai fait plusieurs radios, mais jamais une qui ne nous donnait pas accès à Médiamétrie, c’est lunaire. » Aussi, des salariés dénoncent le traitement des données des auditeurs : Espace Group s’affranchirait largement du RGPD, le règlement européen qui impose une durée de conservation limitée et justifiée des données personnelles, des clients ou auditeurs par exemple. « Tout est gardé, on ne nous a jamais dit de supprimer quoi que ce soit », confirme une ancienne animatrice. « Il n’y a pas de règle, on conserve tout », abonde un de ses collègues.

Face au management de leur tout-puissant patron, les salariés d’Espace Group sont très isolés. Christophe Mahé a pris soin de saucissonner son empire en une myriade de petites sociétés : RVA développement, Virage metropole, Soc Paris radiodiffusion culturel music, ou encore EG Active… « J’étais employé par deux sociétés différentes selon la radio où je bossais », explique un ex-salarié. Pour lui et ses collègues, pas de doute : cet éclatement s’explique par la volonté de museler toute contestation. « Du fait de cette division, on ne peut pas monter de CSE », explique l’un d’entre eux. La création de ce comité devient en effet obligatoire seulement lorsqu’une entreprise atteint 11 salariés, or aucune n’atteint ce seuil. Résultat ? « On n’a aucun avantage social. Pas de RTT, pas de ticket-restaurant, pas de télétravail. » Le sort des nombreuses personnes en statut de prestataire est encore plus précaire. « La direction leur impose plein d’obligations, comme à des salariés, y compris les jours de vacance » constate l’un d’eux. Pour ces raisons, beaucoup dénoncent ainsi un véritable « salariat déguisé ».

« C’est la descente aux enfers »

Le climat s’est encore davantage tendu depuis l’arrivée du nouveau n° 2 du grand patron, Jérôme Soleymieux. Arrivé en septembre 2024 suite au départ du directeur général Julien Fregonara, son remplaçant fait tout sauf l’unanimité. « Depuis la nomination de Jérôme Soleymieux, c’est la descente aux enfers, lâche une prestataire. On a zéro liberté, il nous met tout le temps des bâtons dans les roues. » « Il a une manière de gérer inhumaine, même les clients disent que ce n’est pas facile », souffle un ancien cadre. Alors que son prédécesseur Julien Fregonara faisait parfois « tampon » entre les troupes et le caractériel chef d’entreprise, Soleymieux semble loin d’assurer ce rôle. « C’est le même management que Mahé : beaucoup de chiffres et pas d’humain », indique un salarié. « On ne comprend même pas pourquoi il est là. Il n’a pas d’expérience, c’est juste un bon petit soldat ». Et les méthodes du nouveau DG posent question. « Depuis qu’il est là, on a des relations dégueulasses avec les attachés de presse parce qu’il veut faire payer les artistes pour venir », explique une voix de l’antenne.

Globalement, une sensation de gâchis anime les nombreux témoins qui se sont confiés à l’Informé. « C’est un groupe à fort potentiel, reconnaît l’un d’entre eux. On pourrait en faire une boîte où tout le monde veut travailler. Mais avec cette direction, c’est impossible. Le salaire, le management, les conditions ne font pas envie. » « Ils ont de l’or entre les mains, regrette un ancien journaliste, mais ils font n’importe quoi… c’est hallucinant ». « On se serre les coudes, mais on se dit tous qu’on ne fera jamais rentrer un ami dans l’entreprise, indique un autre témoin. On a peur qu’un jour, il y ait un drame. »

Contacté, Jérôme Soleymieux n’a pas souhaité répondre à nos questions, se contentant d’affirmer : « ces allégations sont fausses ». Christophe Mahé n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

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