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Médias - Culture

Vente de Challenges à LVMH : RSF et les syndicats ne lâchent pas l’affaire

La justice a débouté l’ONG et plusieurs syndicats de journalistes qui avaient dénoncé l’acquisition de l’hebdomadaire économique par le groupe de Bernard Arnault au nom du pluralisme. Mais celles-ci poursuivent leur combat.

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LUDOVIC MARIN / AFP

« L’indépendance et le pluralisme ne sont pas à vendre ». Mi-décembre, plusieurs syndicats de journalistes (SNJ, SNME CFDT) associés à Reporters sans frontières (RSF) annonçaient avoir saisi le Tribunal administratif de Paris et l’autorité de la concurrence au sujet de la vente du magazine économique...

Une situation qui limiterait le « droit des citoyens à une information fiable, pluraliste et indépendante », principe affirmé dans le règlement européen sur la liberté des médias. Ce texte précise ainsi que « les États membres établissent, dans leur droit national, des règles de fond et de procédure permettant d’évaluer les concentrations sur le marché des médias susceptibles d’avoir un effet important sur le pluralisme des médias et l’indépendance éditoriale. » C’est précisément sur ce point que RSF et le SNJ ont finalement déposé une requête d’urgence devant le tribunal administratif de Paris le 15 décembre dernier.

Quelques jours plus tard, le 19 décembre, la juridiction a rejeté leur demande, estimant qu’elle relevait davantage du Conseil d’État, selon nos informations. RSF, le SNJ et le SNJ CGT ont donc par la suite saisi la plus haute juridiction en référé… qui a finalement rejeté à son tour leur demande le 30 décembre dernier. En clair, les organisations réclamaient que le Conseil d’État ordonne au Premier Ministre de prendre des mesures afin que soit conduite une évaluation des effets de la cession de Challenges à LVMH sur le pluralisme et l’indépendance éditoriale. Toutefois pour la juridiction, cette demande ne relevait pas du juge des référés…

Hasard du calendrier, ce même 30 décembre, le groupe de luxe, déjà actionnaire à 40 %, a annoncé avoir finalisé l’acquisition des Éditions Croque Futur, qui publient Challenges, Sciences et Avenir ainsi que La Recherche. Les délégués syndicaux des trois magazines, ainsi que leurs SDJ et CSE ont réagi dans un communiqué. Ils y expliquent avoir l’impression d’être « acculés à un saut dans le vide », et assurent qu’une « véritable défiance » s’est installée entre les salariés et LVMH, appelant leur nouvel actionnaire à « revoir son discours intransigeant et à donner enfin des gages de bonne volonté aux rédactions du groupe ».

Même si le combat semble mal engagé, les syndicats et RSF ne baissent pas les armes. « Certes, l’idéal aurait été d’obtenir des garanties avant la cession, reconnaît Antoine Chuzeville, délégué syndical du SNJ en charge du dossier. Mais il n’est pas trop tard, et nous considérons que tout reste possible, dont une intervention de l’État. » Les organisations référentes entendent donc continuer à lutter pour qu’un « cadre protecteur garant de l’indépendance éditoriale » soit instauré, et devraient « saisir prochainement le Conseil d’État sur le fond du dossier », indique le directeur général de RSF Thibaut Bruttin. Leur requête devant l’autorité de la concurrence est par ailleurs toujours en cours. « Nous avons également envoyé des lettres au Premier Ministre et au ministère de la Culture, poursuit Thibaut Bruttin. Elles sont restées sans réponse. »